Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
À 75 ans, Presse-Océan plus près de la tombe que de la renaissance

25 août 2019

Temps de lecture : 3 minutes
Accueil | Veille médias | À 75 ans, Presse-Océan plus près de la tombe que de la renaissance

À 75 ans, Presse-Océan plus près de la tombe que de la renaissance

À Nantes, le journal Presse-Océan fête ses 75 ans, sans tambour ni trompette. Malgré un texte triomphant, le journal historique perd au fil des années abonnées, lecteurs et influence. Cannibalisé par Ouest-France, il n’arrive guère à faire vivre ses sensibilités – anti-aéroport quand Ouest-France était à fond pour, pro-réunification bretonne quand Ouest-France glorifie les régions administratives et leurs confortables budgets publicitaires.

Concurrence aiguë

L’an dernier, l’abandon prévu de la rédac­tion de Saint-Nazaire par Presse-Océan a fait réa­gir jusqu’à la mairie du pre­mier port bre­ton. Saint-Nazaire ne manque pour­tant pas de médias locaux, mais seul Ouest-France sem­ble proche de la munic­i­pal­ité de gauche plurielle actuelle. Le tout nou­veau Saint-Nazaire News est plutôt dis­tant, tan­dis que Saint-Nazaire Infos est tenu depuis des années par Jean-Bap­tiste Rochard, certes en rup­ture de ban avec l’UMP locale, mais surtout héri­ti­er du gaullisme his­torique dans la ville. Plus à l’ouest, La Baule + est aus­si plutôt mar­qué à droite – et tient un jour­nal gra­tu­it qui est l’un des plus qual­i­tat­ifs de France, tout en étant incon­tourn­able pour qui veut s’insérer dans l’économie de la Baie.

Indif­férent aux dif­fi­cultés, l’éditorialiste fan­faronne : « depuis sa créa­tion, Presse-Océan reste fidèle à ses valeurs : démoc­ra­tie, République, respect des lib­ertés. Le jour­nal s’inscrit dans le long héritage de la presse en Loire-Atlan­tique […] mais il ne cesse d’évoluer pour rester au plus près des attentes de ses lecteurs […] en 1979, la couleur dans ses pages, les nou­veaux out­ils infor­ma­tiques au début des années 1980 ».

Même la can­ni­bal­i­sa­tion pro­gres­sive par Ouest-France, dénon­cée par l’ancien rédac-chef Herv Louboutin qui a ten­té sans suc­cès d’imposer son Nou­v­el Ouest, est repeinte en rose : « avec son inté­gra­tion au groupe Sipa Ouest-France en 2005, et le lance­ment du for­mat tabloïd en jan­vi­er 2009, Presse-Ocean s’est adap­té aux nou­veaux rythmes de la métro­pole nan­taise en pleine expan­sion ». On croirait lire un pro­gramme munic­i­pal.

Lectorat en berne et silence sur les sujets qui dérangent

Quant au lec­torat, pas un mot, l’éditorialiste préfère men­tion­ner « 2 mil­lions de vis­ites chaque mois » sur le site et l’application mobile, ain­si qu’une « com­mu­nauté de plus de 100.000 per­son­nes suit aujourd’hui les infor­ma­tions de Presse-Océan sur les réseaux soci­aux ».

Il y aurait pour­tant beau­coup à dire : en dix ans, Presse-Océan a per­du 20.514 exem­plaires, soit la moitié de ses lecteurs – et Ouest-France 1 sur 7 (108.000 exem­plaires). Par rap­port au milieu des années 1980, où Presse-Océan atteignait 80.000 lecteurs en Loire-Atlan­tique et en Vendée, chaque jour, la déperdi­tion est plus lourde.

Pis, « Presse-Océan a aus­si per­du la sen­si­bil­ité poli­tique qu’il por­tait à l’origine et qui le soute­nait aus­si  », témoigne un con­nais­seur de la presse locale à Nantes. « La droite mod­érée, chré­ti­enne, un peu tra­di­tion­nelle et affairiste de Louboutin n’existe pour ain­si dire plus. Il reste des bobos de droite, comme Gar­nier, qui font des scores minables aux élec­tions [8.46% aux européennes, autant que le FN], en par­tie parce que les électeurs de droite à Nantes préfèrent vot­er là où ils sont enten­dus – sur la côte et à la cam­pagne, en par­tie car leur base élec­torale est par­tie chez Macron pour les rich­es et chez Le Pen pour ceux qui sen­tent venir leur déclasse­ment, en par­tie aus­si car les gens de la classe moyenne droite-chré­ti­enne sont par­tis de Nantes et ont été rem­placés par des bobos parisiens ».

« Résul­tat, Presse‑O se cherche une nou­velle niche poli­tique. Un peu gauchiste – à fond pour taper sur les flics lors de l’affaire Steve, emmené par le dessi­na­teur Eric Chalmel, alias Frap. Raté pour eux car c’est leur con­cur­rent direct Breizh Info qui avait rai­son : vu l’endroit où le corps a été retrou­vé, les flics sont hors du coup. Un peu pro-migrants, mais le créneau est déjà pris par Ouest-France. Un peu pro-bre­ton, mais pas trop, c’est mal vu des plus gros annon­ceurs. Mais sur le seul créneau où ils pour­raient se dif­férenci­er – le traite­ment de la délin­quance qui explose à Nantes, la ges­tion des col­lec­tiv­ités locales PS, ils se taisent, ils font par­tie du sys­tème, de l’omerta. Pas éton­nant que leurs lecteurs se détour­nent ».

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Michel Denisot

PORTRAIT — Michel Denisot est né en avril 1945 à Buzançais en Indre, il est jour­nal­iste, pro­duc­teur et ani­ma­teur de télévi­sion, il a égale­ment été prési­dent de deux clubs de foot­ball français.

Laetitia Avia

PORTRAIT — Laeti­tia Avia : « Kara­ba la sor­cière, pourquoi es-tu si méchante ? » Née en 1985 à Livry-Gar­gan de par­ents togo­lais, Laëti­tia Avia a con­nu le par­cours qui fait l’orgueil d’une République s’efforçant pénible­ment de main­tenir un sem­blant d’apparences méri­to­cra­tiques.

Patrick Drahi

PORTRAIT — À la tête d’un empire économique colos­sal, Patrick Drahi a com­mencé à s’intéresser aux médias à par­tir des années 2000, rachetant Libéra­tion, L’Express, L’Expansion, Stu­dio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Clas­si­ca, etc., avant de lorgn­er vers le groupe Nex­tRa­dioTV.

Ivanne Trippenbach

PORTRAIT — Ivanne Trip­pen­bach est une jour­nal­iste de L’Opinion qui a fait de “l’extrême-droite” son cheval de bataille, a grand coups de dénon­ci­a­tions choc. Pour dia­bolis­er son adver­saire idéologique, la jour­nal­iste n’est pas à un détail près.

Paul Amar

PORTRAIT — Paul Amar est né le 11 jan­vi­er 1950 à Con­stan­tine (Algérie) de Charles (agent de la SNCF) et Julie Ghenas­sia. La famille sera rap­a­triée en 1961 et s’installera dans la région lyon­naise.