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Viols à Huddersfield : après l’omerta, le silence des médias imposé par la justice

3 janvier 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Viols à Huddersfield : après l’omerta, le silence des médias imposé par la justice

Pre­mière dif­fu­sion le 05/11/2018 — L’Observatoire du jour­nal­isme (Ojim) se met au régime de Noël jusqu’au 5 jan­vi­er 2019. Pen­dant cette péri­ode nous avons sélec­tion­né pour les 26 arti­cles de la ren­trée qui nous ont sem­blé les plus per­ti­nents. Bonne lec­ture, n’oubliez pas le petit cochon de l’Ojim pour nous soutenir et bonnes fêtes à tous. Claude Chol­let, Prési­dent

Connaissez-vous Huddersfield ? Cette ville du nord de l’Angleterre fait plus parler d’elle par les résultats de son club de football que par des viols en série qui y ont eu lieu. Pourtant, l’affaire en question a défrayé la chronique outre-Manche. Tant en raison des faits eux-mêmes que de la censure qui a été exercée sur les médias.

À Huddersfield comme ailleurs

Ce qui s’est passé à Hud­der­s­field n’est pas un cas isolé en Grande Bre­tagne. Comme le rap­pelle la chaine publique anglaise de radio-télévi­sion BBC, les villes de Rother­ham, Oxford, Rochdale, Der­by, Ban­bury, Telford, Peter­bor­ough, Ayles­bury, Bris­tol, Hal­i­fax, Keigh­ley et New­cas­tle ont été le théâtre de vio­ls en série. Les car­ac­téris­tiques en sont com­munes : les vic­times sont très majori­taire­ment des jeunes femmes blanch­es de milieu pop­u­laire, les agresseurs sont des « asi­a­tiques », terme util­isé en Grande Bre­tagne pour désign­er des Pak­istanais. La par­tic­u­lar­ité des événe­ments qui ont eu lieu à Hud­der­s­field tient au fait que l’omerta, la loi du silence, a été imposée aux médias par déci­sion de jus­tice pen­dant le procès des agresseurs.

Dans des affaires sim­i­laires, de nom­breux obsta­cles ont con­tribué à dif­fér­er la révéla­tion des faits. Valeurs actuelles présente ain­si en mars 2018 quelques élé­ments de l’enquête menée par le jour­nal The Mir­ror con­cer­nant des vio­ls de jeunes femmes blanch­es. Il en ressort en par­ti­c­uli­er à Telford et Rother­ham que « les autorités locales étaient au courant, des médecins, des policiers, des assis­tantes sociales ain­si que des pro­fesseurs égale­ment. Et per­son­ne pour agir ou réa­gir. Pire encore, les jour­nal­istes pré­cisent que cer­taines autorités « ont ten­té d’entraver notre enquête ». Le jour­nal anglais éval­ue à un mil­li­er le nom­bre de jeunes femmes vic­times d’agressions sex­uelles, sur une durée de …40 ans. La loi du silence a ain­si non seule­ment dif­féré la révéla­tion des faits, mais a égale­ment per­mis que les agres­sions se per­pétuent et se mul­ti­plient.

Les faits à Huddersfield

L’Exam­in­er nous infor­mait en mars 2017 que l’enquête à Hud­der­s­field a com­mencé à la fin de l’année 2013 quand une mère a accom­pa­g­né sa fille à un com­mis­sari­at de Police pour dénon­cer les abus sex­uels dont elle a été vic­time. A la suite de l’enquête de la Police, pas moins de 31 per­son­nes ont selon l’Inde­pen­dant été inculpées pour vio­ls et abus sex­uels. Les trois procès qui ont été organ­isés à par­tir de la fin de l’année 2017 auront per­mis d’établir l’abus et le viol de 15 jeunes femmes entre 2005 et 2012, dont la plus jeune était âgée de 11 ans au moment des faits. Les agresseurs iden­ti­fiés et con­damnés sont au final au nom­bre de 20.

Loi du silence

À par­tir de novem­bre 2017, les autorités judi­ci­aires ont inter­dit toute cou­ver­ture par les médias du procès des vio­leurs pré­sumés, afin d’« éviter tout préju­dice et de pro­téger les audi­tions présentes et à venir », nous apprend le site de la BBC. Cette mesure, peu courante, a été prise en ver­tu d’une Loi adop­tée en 1981 (« Con­tempt of Court Act »). Elle a fait l’objet de nom­breuses cri­tiques out­re-Manche.

Bra­vant le black-out imposé aux médias, le leader de l’English Defence League a dif­fusé une vidéo en direct de l’ex­térieur du tri­bunal sur un compte Face­book, ce qui lui vau­dra d’être incar­céré, incar­céra­tion elle-même sous le coup d’une cen­sure imposée aux mêmes médias par la jus­tice anglaise. Le site de Bre­it­bart Europe nous apprend qu’il aura fal­lu qu’un groupe de médias anglais mène une action judi­ci­aire pour que la cen­sure soit enfin lev­ée.

150 viols moins importants qu’une main sur un genou

Ce n’est que le 19 octo­bre 2018 que le juge Guy Kearl a selon The Inde­pen­dent autorisé les médias à évo­quer l’affaire. Ce qui leur a per­mis de divulguer non seule­ment les iden­tités des per­son­nes con­damnées, le quan­tum des peines, mais égale­ment le nom­bre d’agressions, 150, le nom­bre de vic­times, 15, et le total des peines de pris­ons, 220 ans.

Ce qui ressort de cette affaire, c’est que la cen­sure des médias anglais révèle une fois de plus l’incapacité d’une frange de la société anglaise à évo­quer le moin­dre fait qui puisse ternir le mul­ti­cul­tur­al­isme, qui est un véri­ta­ble dogme en Grande Bre­tagne comme sur le con­ti­nent. Les autorités ont ain­si été tétanisées à l’idée de men­tion­ner des fac­teurs cul­turels — le patri­ar­cat, la faible con­sid­éra­tion de femmes blanch­es – ayant favorisé les agres­sions. Le site d’information en ligne Spiked souligne que la main qu’un secré­taire d’État anglais a posée sur le genou de Kate Mel­by, une jeune femme issue de la classe moyenne, a causé plus d’émoi dans l’opinion publique que l’abus sex­uel de jeunes femmes de la classe ouvrière par des hommes d’origine pak­istanaise.

Selon l’éditorialiste de Spiked, le ver­dict con­firme l’incapacité de la classe poli­tique anglaise à se con­fron­ter au prob­lème des gangs d’origine pak­istanaise. A la cen­sure des médias mise en place lors du procès des vio­leurs, s’ajoutent cer­taines réac­tions révéla­tri­ces : le secré­taire d’É­tat à l’In­térieur a été verte­ment cri­tiqué pour avoir men­tion­né l’origine des vio­leurs. On peut citer égale­ment une par­lemen­taire tra­vail­liste écartée du « cab­i­net fan­tôme » de son par­ti pour avoir écrit un arti­cle dans le jour­nal The Sun sur le prob­lème des gangs d’hommes d’origine pak­istanaise. Dans les arti­cles des jour­naux comme dans l’expression publique, la lib­erté d’expression a ses lim­ites.

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