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Vidéo de Loopsider sur Michel Zecler : vérification des faits

1 janvier 2021

Temps de lecture : 7 minutes

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Vidéo de Loopsider sur Michel Zecler : vérification des faits

Vidéo de Loopsider sur Michel Zecler : vérification des faits

Pre­mière dif­fu­sion le 07/12/2020

L’affaire Michel Zecler, puisque c’est ainsi qu’on l’appelle, est emblématique des méthodes employées par la chaîne « Loopsider » où écrit David Perrotin qui traite de sujets d’actualité selon des angles bien spécifiques. Perrotin a depuis été engagé par Médiapart.

L’affaire est mon­tée en trois actes, trois vidéos « choc » afin de révéler ce que David Per­rotin con­sid­ère être des vio­lences policières.

Le pre­mier mon­tage ne mon­tre d’abord que de petits extraits de la vidéo d’intervention des policiers avec des asser­tions qui se révè­lent toutes fauss­es : démon­stra­tion avec 4 men­songes et des témoignages com­por­tant 4 affir­ma­tions sujettes à caution.

Pour mieux com­pren­dre sur quoi por­tent ces men­songes, il con­vient de rap­pel­er tout d’abord les faits attestés par la total­ité des vidéos actuelle­ment disponibles sur cet évène­ment mais aus­si les quelques points sur lesquels les témoignages des policiers et de Michel Zecler sont concordants.

Les faits : une interpellation dans la rue pour non port du masque qui se transforme en rébellion

Michel Zecler, pro­duc­teur de rap déjà con­damné à de la prison et ama­teur de paroles inci­tant au meurtre de policiers, est inter­pel­lé devant ses stu­dios pour non port de masque. Alors qu’il tente de se sous­traire à l’interpellation qui survient devant chez lui, il ouvre sa porte en entraî­nant dans les locaux le polici­er qui le cein­tu­rait déjà. Deux autres policiers arrivent en ren­fort et ten­tent d’extraire Michel Zecler de l’entrée de ses stu­dios. Celui-ci se rebelle et fait obsta­cle à son extrac­tion. Pen­dant 1’30, Michel Zecler résiste à son extrac­tion et passe un bras der­rière la porte d’entrée pour empêch­er les policiers de le maîtris­er et de l’extraire. Pour essay­er de par­venir à maîtris­er le prévenu, un des policiers ferme la porte. Pen­dant de longues min­utes, les policiers, porte fer­mée, ten­tent encore de maîtris­er Michel Zecler, qui empêche les policiers de rou­vrir la porte pour l’extraire. Des coups finis­sent par être portés par les policiers à Michel Zecler, qui s’accroche aux ram­bardes latérales, pour ten­ter de le faire lâch­er prise et l’extraire.

À par­tir de ce moment, Michel Zecler, tou­jours en rébel­lion, parvient à ouvrir un moment une sec­onde porte, située face à la porte d’entrée, qui donne accès à une cave où se trou­vent une dizaine de rappeurs. Ces derniers, appelés à la rescousse par Michel Zecler, remon­tent les escaliers et ten­tent de forcer la porte pour s’en pren­dre aux policiers. Les policiers pour leur part, ont appelé du ren­fort à la radio depuis plusieurs min­utes. La dizaine de rappeurs du sous-sol finit par forcer la porte et, en sur­gis­sant agres­sive­ment au rez-de-chaussée, provo­quent la fuite des policiers, 6 min­utes après le début de la ten­ta­tive d’interpellation. Dans la rue, les ren­forts de police sont arrivés et les policiers sont désor­mais au nom­bre d’une trentaine pour faire face à cette rébel­lion d’une douzaine d’individus. Ils ten­tent d’ouvrir la porte qui a été refer­mée par Michel Zecler et ses com­plices. Ce dernier, aidé par les rappeurs, fait obsta­cle à l’entrée des policiers. Finale­ment, un lacry­mogène est jeté dans l’entrée pour oblig­er les prévenus à sor­tir : la porte s’ouvre et les policiers peu­vent inve­stir les lieux : Michel Zecler et l’ensemble des rappeurs qui lui ont prêté main forte sont extraits sans vio­lence de la part des policiers. Dans la rue, Michel Zecler refuse de se met­tre au sol, mal­gré les injonc­tions des policiers : des coups à main nue lui sont portés par un polici­er pour le faire obtem­pér­er. La ten­sion est forte­ment mon­tée chez les policiers qui pou­vaient sus­pecter la déten­tion d’armes ou de pro­duits illé­gaux dans ces locaux. De fait, de la drogue sera retrou­vée le lende­main dans le bureau du pro­duc­teur de rap, après la perquisition.

Les 4 mensonges formulés par David Perrotin dans ses commentaires

1er men­songe : « 20 min­utes, 20 min­utes d’un tabas­sage en règle d’une vio­lence inouïe » affirme David Perrotin.
Dans sa deux­ième vidéo, Loop­sider fini­ra par avouer que la bande orig­i­nale ne dure que 13 min­utes (qu’ils passeront en accéléré pour don­ner l’impression de gestes plus vio­lents chez les policiers). Sur ces 13 min­utes la durée totale des coups portés est de 18 sec­on­des en réal­ité (13 sec­on­des sur la ver­sion accélérée), et les policiers ne sont présents que pen­dant 6 min­utes 30 au con­tact de la pré­ten­due vic­time. Le compte est donc bien loin des « 20 min­utes de tabas­sage » assénées par David Per­rotin. Sur les pho­togra­phies que Michel Zecler prend de lui-même après son inter­pel­la­tion, ce dernier ne présente pas l’apparence de quelqu’un ayant reçu des coups sur le vis­age, mais celle d’une per­son­ne blessée sur le cuir chevelu et qui s’est volon­taire­ment abstenue de se net­toy­er le vis­age avant de se pren­dre en pho­to. La blessure au ten­don d’Achille alléguée dans des vidéos ultérieures par David Per­rotin a vraisem­blable­ment été occa­sion­née lorsque l’intéressé ten­tait de blo­quer avec son pied la porte menant au sous-sol, comme on le voit claire­ment dans la vidéo, et non par des coups.

2ème men­songe : « Roué de coups par des policiers sim­ple­ment parce qu’il ne por­tait pas son masque ».
Dans la deux­ième vidéo, il appa­raît claire­ment que les policiers ten­tent tout d’abord d’interpeller sans faire usage de la force Michel Zecler qui refuse de ressor­tir de chez lui. Ce dernier n’est donc plus en sit­u­a­tion d’infraction pour non port du masque mais en sit­u­a­tion de rébel­lion. Les policiers atten­dront de longues min­utes avant de porter les pre­miers coups, Michel Zecler s’étant en par­tie réfugié der­rière sa porte pour empêch­er son inter­pel­la­tion. Ils ne parvi­en­nent pas à maitris­er Michel Zecler et les coups qu’ils finis­sent par porter le sont prin­ci­pale­ment sur les mem­bres du sus­pect afin de l’empêcher de faire obsta­cle à son extraction.

3ème men­songe : « il [le pro­duc­teur] ne sait pas que les trois policiers en ques­tion sont sor­tis de leur voiture pour le suiv­re jusque devant les locaux. »
Lorsque le pro­duc­teur pénètre dans ses locaux il est aisé de voir qu’un polici­er tente déjà de le cein­tur­er et se fait entrain­er à l’intérieur du local, par la dif­férence de masse cor­porelle. Les policiers l’ont donc suivi jusque devant chez lui, et l’y ont inter­pel­lé, avant que le pre­mier polici­er soit emporté à l’intérieur de ses locaux, comme l’ont affir­mé les fonc­tion­naires de police dans leur procès-verbal.

4ème men­songe : « Sans dire un mot les policiers pénètrent de manière totale­ment illé­gale dans ses studios ».
L’entrée des policiers dans le local est légale. En effet le pro­duc­teur est en infrac­tion sur la voie publique (non-port de masque) et tente man­i­feste­ment de se sous­traire à l’interpellation qui a com­mencé dans l’espace pub­lic. Juridique­ment, les policiers ont un droit de pour­suite immé­di­at face à un indi­vidu pris en fla­grant délit.

Les 4 affirmations sujettes à caution dans les témoignages

La 1ère affir­ma­tion : « Je ne sais pas vrai­ment s’ils sont policiers ». « Je ne savais pas ce qu’il se pas­sait » déclare la sup­posée vic­time, Michel Zecler.
Trois policiers, dont deux en uni­forme, descen­dent d’une voiture de police en plein 17ème arrondisse­ment et ten­tent d’interpeller le pro­duc­teur qui, selon David Per­rotin, « comme il n’a pas de masque, (…) décide de ren­tr­er dans son stu­dio ». Il est donc con­scient de son infrac­tion mais aurait tou­jours un doute sur l’appartenance aux forces de l’ordre des per­son­nes qui l’interpellent, dont deux policiers en uni­forme ! Cette affir­ma­tion n’a aucune crédi­bil­ité, surtout venant de quelqu’un qui ayant déjà fait un an de prison, n’a pas affaire à la police pour la pre­mière fois de sa vie.

La 2ème affir­ma­tion : « Je ne veux pas sor­tir avec les policiers qui m’ont agressé »
Les trois policiers sont sor­tis sous la pres­sion des rappeurs venus en ren­fort, car ils auraient eu « peur » selon ces derniers, mais ils reviendraient seuls pour inter­peller à nou­veau le pro­duc­teur ? Du fait de la présence d’une vit­re vis­i­ble à côté de la porte d’entrée, la sup­posée vic­time ne peut que voir ce qui se passe au-dehors. Il y a alors près d’une trentaine de policiers dans la rue. L’affirmation de Michel Zecler selon laque­lle il ne voudrait pas sor­tir dans ces cir­con­stances est en con­tra­dic­tion totale avec une autre de ses déc­la­ra­tions dans laque­lle il affirme qu’il avait ouvert la porte de la cave, pen­dant la ten­ta­tive d’interpellation, pour deman­der à ses amis rappeurs d’appeler la police. Si telle avait été son inten­tion, puisque la police est là, et en nom­bre, il n’aurait dû avoir alors aucune rai­son de ne pas se rendre.

La 3ème affir­ma­tion : « Je vais rester à terre et je ne vais pas me relever » « C’est mon dernier jour je ne sais pas pourquoi »
Le pro­duc­teur sous-entend donc que sa vie a été mise en dan­ger par les forces de l’ordre qui ont cher­ché tout au long de la vidéo inté­grale à le maîtris­er et à l’extraire de son local. Cette affir­ma­tion sera relayée par le témoignage d’un voisin du dessus, dans une vidéo mise en ligne ultérieure­ment par Loop­sider, qui, au sim­ple motif qu’il a filmé toute la scène et livré les images à Loop­sider, est élevé au rang d’expert en risque létal pour les méth­odes d’interpellation : « ils auraient pu le tuer ».

La 4ème affir­ma­tion : L’avocate du pro­duc­teur affirme que son client « n’appelait pas de ren­fort mais appelait à l’aide … »
Un arti­cle de Valeurs Actuelles indique que maître Hafi­da El Ali, avo­cate choisie par Michel Zecler, a été visée par une procé­dure menée par le bar­reau de Nan­terre alors qu’elle n’avait pas le droit de plaider, ce qui donne une idée du crédit qu’on peut apporter à son témoignage. Il n’est donc pas sur­prenant qu’on ait du mal à saisir la nuance entre « appel­er à l’aide » et « appel­er du ren­fort » que l’avocate tente d’établir, avec l’aide de David Perrotin.

Le poids des mensonges et le choc des images tronquées

Au bilan de l’examen détail­lé de ces images, les accu­sa­tions d’avoir voulu pass­er à tabac le repris de jus­tice Michel Zecler par racisme ne sem­blent pas tenir, puisque les policiers ne cherchent pas à entraîn­er l’intéressé dans ses locaux, ils ne cherchent pas à fer­mer la porte, mais y sont con­traints par Michel Zecler pour ten­ter de le maîtris­er. Une fois la porte fer­mée, ils met­tent un long moment avant de porter les pre­miers coups. Pour le « racisme », à moins qu’ils aient mis, pour se ren­dre compte que Michel Zecler était noir, autant de temps que ce dernier affirme en avoir mis pour s’apercevoir qu’il avait affaire à des policiers, l’accusation ne tient pas.

Le poids des men­songes et le choc des images tron­quées ont toute­fois créé une telle pres­sion medi­ati­co-poli­tique que le pro­cureur et l’IGPN ont réori­en­té leurs appré­ci­a­tions des faits et mis en exa­m­en des policiers pour faux en écri­t­ure, alors que le détail de l’ensemble des images mis­es en ligne sur cette affaire sem­ble don­ner plus de crédit à leur dépo­si­tion ini­tiale qu’au témoignage, de toute évi­dence arrangé en fonc­tion des images de video­sur­veil­lance qu’il pos­sé­dait chez lui, de Michel Zecler. David Per­rotin a accom­pli l’exploit de pro­duire 100 % d’affirmations fauss­es dans sa pre­mière vidéo mise en ligne. Une vidéo qui a déclenché cette affaire médi­a­tique et a con­duit à la mise en garde à vue de qua­tre policiers et d’un autre côté au main­tien en lib­erté de la total­ité des prévenus que leur méti­er leur impo­sait de ten­ter d’interpeller.

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