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Victoire de Meloni : la presse européenne entre hystérie antifasciste et défense des règles démocratiques

1 octobre 2022

Temps de lecture : 5 minutes
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Victoire de Meloni : la presse européenne entre hystérie antifasciste et défense des règles démocratiques

1 octobre 2022

Temps de lecture : 5 minutes

Le ton était donné à quelques jours des élections, alors que la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen prévenait que la Commission aurait, le cas échéant, des instruments financiers pour ramener l’Italie endettée à la raison et qu’il s’agit des mêmes instruments que ceux utilisés en ce moment contre la Pologne et la Hongrie. C’est en Allemagne, où le leader de la gauche italienne Enrico Letta s’était rendu pour convaincre ses amis du SPD du danger que représenterait pour l’Europe une victoire de la droite avec Giorgia Meloni comme tête de proue, que l’hystérie a éclaté avec la plus grande force, sous la forme d’une couverture de l’hebdomadaire Stern sorti le 22 septembre (trois jours avant les élections italiennes) qui décrivait Giorgia Meloni comme « la femme la plus dangereuse d’Europe ». Le sous-titre de couverture : « La post-fasciste Giorgia Meloni peut gagner les élections avec l’aide des amis de Poutine. Cela aurait des conséquences extrêmes pour nous. »

Plus fort que les Français, les Allemands ?

Le quo­ti­di­en ital­ien de droite, Il Gior­nale, aura sans doute remar­qué com­ment le terme de « fas­ciste » et « post-fas­ciste » est util­isé à tort et à tra­vers par les médias français pour par­ler de Gior­gia Mel­oni, et il a con­sacré un arti­cle entier aux pro­pos tenus par la pre­mière min­istre française Élis­a­beth Borne qui avait assuré au lende­main des élec­tions ital­i­ennes sur BFMTV que la France et l’Union européenne seraient atten­tives au respect des droits humains et en par­ti­c­uli­er du droit à l’avortement en Italie.

Pour Il Gior­nale, et alors que la régu­la­tion de l’avortement ne relève pas des com­pé­tences de l’UE et qu’il est autorisé en Ital­ie, Mel­oni assur­ant ne pas vouloir l’interdire tout en promet­tant de mieux garan­tir le droit des femmes à ne pas se faire avorter quand elles ne le veu­lent pas, y com­pris par des aides économiques, « la France relance déjà les fake news ».

Mais pour ce qui est de la presse alle­mande, Il Gior­nale par­le car­ré­ment de « délire » dans un arti­cle du 26 sep­tem­bre inti­t­ulé : « « Pau­vre Ital­ie », « Le fas­cisme n’a jamais pris fin ». Le délire de la presse alle­mande ». Stern en prend pour son grade pour sa cou­ver­ture heb­do­madaire, mais aus­si Die Zeit, qui a juste­ment expliqué à ses lecteurs dans son édi­to­r­i­al du 26 sep­tem­bre que le fas­cisme avait tou­jours été là en Ital­ie et qu’il n’est donc pas en train de revenir avec Gior­gia Meloni.

Il Gior­nale relève encore le cas du Süd­deutsche Zeitung qui a évo­qué  en titre le « tri­om­phe des post-fascites », assur­ant que « Jamais dans l’histoire de l’UE un pays fon­da­teur n’avait eu un gou­verne­ment for­mé par l’extrême droite ».

On pour­rait en citer bien d’autres encore, en plus de ceux-là et des autres évo­qués par la jour­nal­iste scan­dal­isée d’Il Gior­nale, mais pour des raisons de place on se con­tentera du jour­nal Frank­furter All­ge­meine Zeitung (FAZ) qui a eu le mérite dans son arti­cle de Une du 26 sep­tem­bre de ne pas utilis­er le mot « fas­ciste », mais qui s’est tout de même inquiété, à l’unisson de la grande presse alle­mande générale­ment aus­si mono­corde sur les sujets impor­tants que sa con­trepar­tie française, des liens entre Fratel­li d’Italia, le par­ti de Mel­oni, et d’autres par­tis comme le RN français et surtout l’AfD alle­mande. Et FAZ de citer Katha­ri­na Bar­ley du SPD, qui est vice-prési­dente alle­mande du Par­lement européen : « Gior­gia Mel­oni sera une pre­mière min­istre dont les mod­èles poli­tiques sont Vik­tor Orbán et Don­ald Trump. La vic­toire élec­torale de l’alliance des par­tis de cen­tre-droit en Ital­ie est donc inquié­tante, (…) La “cam­pagne de l’Europe du bout des lèvres” de Mel­oni ne peut cacher le fait qu’elle représente une men­ace pour la coex­is­tence con­struc­tive en Europe. »

La presse britannique plus nuancée

Face à l’hebdomadaire de gauche Stern, il est intéres­sant de voir le titre et l’article beau­coup plus nuancés pub­liés par l’hebdomadaire bri­tan­nique égale­ment de gauche (au sens socié­tal, c’est-à-dire libéral-lib­er­taire, et acces­soire­ment anti-Brex­it) The Econ­o­mist qui, plutôt que d’affirmer péremp­toire­ment qu’on avait là affaire à « la femme la plus dan­gereuse d’Europe », demandait le même jour (le 22 sep­tem­bre) : « À quel point l’Europe doit-elle avoir peur de Gior­gia Mel­oni ? » Après avoir expliqué les craintes des libéraux et les raisons de ces craintes, The Econ­o­mist ras­sure : les mem­bres de Fratel­li d’Italia (FdI) sont pour beau­coup des catholiques, mais Mel­oni n’a pas l’intention d’interdire l’avortement, et c’est la même chose pour les unions civiles ouvertes aux cou­ples homo­sex­uels. Sur le plan économique, cela fait longtemps qu’elle a renon­cé à quit­ter l’euro et elle a l’intention de respecter les engage­ments du gou­verne­ment Draghi pour obtenir les fonds européens du plan de relance, et en out­re, « con­traire­ment à M. Salvi­ni et M. Berlus­coni, ou même à Mme Le Pen et M. Orbán, Mme Mel­oni n’est pas une fan de Vladimir Pou­tine », etc. etc.

Bien enten­du, la grande presse bri­tan­nique étant plurielle, on trou­ve des tons plus alarmistes, par exem­ple dans le jour­nal de gauche The Guardian, qui évoque dans un arti­cle pub­lié le soir des élec­tions les orig­ines sup­posé­ment « post-fas­cistes » du par­ti de Mel­oni (qui sont net­te­ment moins évi­dentes que voudraient nous le faire croire les grands médias français), et qui énumère toutes les raisons de s’inquiéter de l’arrivée de Gior­gia Mel­oni et de ses amis au pou­voir à Rome. Comme par exem­ple le fait que « ce mois-ci, les députés européens de Mel­oni ont voté con­tre une réso­lu­tion qui con­damnait la Hon­grie comme étant « un régime hybride d’autocratie élec­torale » ».

Dans le jour­nal « de droite » The Tele­graph (pro-Brex­it, libéral en économie, pro-Tories, mais très pro­gres­siste sur le plan socié­tal, même s’il cri­tique régulière­ment le total­i­tarisme Woke et du lob­by trans, notam­ment), un édi­to­r­i­al pub­lié le lun­di matin, juste après les élec­tions en Ital­ie, était inti­t­ulé : « L’UE paye le prix de sa sub­ver­sion de la démoc­ra­tie ital­i­enne ». « Mel­oni est détestée par les euro­crates comme Ursu­la von der Leyen »,  explique l’éditorialiste à ses lecteurs bri­tan­niques, « parce que – mal­gré le passé quelque peu dou­teux de son par­ti – un grand nom­bre d’Italiens la con­sid­èrent comme le vis­age accept­able de la droite. Son appel à la foi, au dra­peau et à la famille résume tout ce que l’UE con­sid­ère comme réac­tion­naire, arriéré et plébéien. »

Puis l’auteur du Tele­graph enfonce le clou : « Il n’est guère sur­prenant que des per­son­nal­ités comme Emmanuel Macron et Olaf Scholz préfèrent faire des affaires avec des éli­tistes comme le Pre­mier min­istre ital­ien sor­tant, Mario Draghi, ancien directeur de la Banque cen­trale européenne, qui n’a jamais été élu. Cette élec­tion est la pre­mière depuis 2008 où les électeurs ont réelle­ment choisi qui allait diriger leur gou­verne­ment. Les six derniers Pre­miers min­istres ital­iens étaient tous issus d’accords en coulisse. »

La presse conservatrice se réjouit en Pologne et en Hongrie

Si les médias de gauche de Pologne et de Hon­grie son­nent l’alarme comme tous les grands médias de France et d’Allemagne, les médias con­ser­va­teurs – présents dans ces pays jouis­sant, con­traire­ment aux idées reçues, d’un vrai plu­ral­isme des médias – se réjouis­sent de la vic­toire de la démoc­ra­tie évo­quée par l’éditorialiste du Tele­graph mais passée inaperçue des deux côtés du Rhin (mais pas sur les bor­ds du Tibre, où il y a aus­si un plus grand plu­ral­isme de la presse qu’en France ou en Allemagne).

C’est ain­si que le quo­ti­di­en con­ser­va­teur hon­grois Mag­yar Nemzet se félicite d’« une leçon ital­i­enne pour Brux­elles » tan­dis que l’hebdomadaire Mandin­er remar­quait au lende­main des élec­tions ital­i­ennes que « la révolte des électeurs ital­iens pour­raient amen­er un vrai change­ment de cap dans toute l’Europe ».

Côté polon­ais, on pour­rait citer par exem­ple deux longs titres évo­ca­teurs du site con­ser­va­teur wPolityce.pl car ils reflè­tent bien l’état d’esprit des médias con­ser­va­teurs en Europe cen­trale, après tant d’années d’attaques brux­el­lois­es con­tre les gou­verne­ments démoc­ra­tique­ment élus de Pologne et de Hon­grie : « La vic­toire du cen­tre-droit n’est pas une vic­toire pour Pou­tine, mais plutôt une défaite pour Brux­elles. Les Ital­iens ont per­du con­fi­ance dans l’UE il y a déjà plus d’une décen­nie » et « Ce sont les défenseurs de la démoc­ra­tie qui ont le plus de mal à accepter les résul­tats des élec­tions ital­i­ennes. Les élites de gauche exploitent l’héritage de Staline. »

Même le prési­dent polon­ais, Andrzej Duda, a exprimé sa frus­tra­tion dans un tweet rageur, à l’opposé des préoc­cu­pa­tions de la pre­mière min­istre française Élis­a­beth Borne : « Com­bi­en il faut avoir de sen­ti­ment de supéri­or­ité, d’orgueil, d’arrogance et de mépris des règles démoc­ra­tiques pour dire, à pro­pos d’élections dans un autre pays, organ­isées par une autre nation : “C’est la mau­vaise per­son­ne qui a gag­né ! Ils ont mal choisi ! Il faut attrap­er cet État et ce pou­voir à la gorge !”? »

Voir aus­si : Élec­tions lég­isla­tives en Ital­ie : l’AFP et la vic­toire du « post-fascisme »

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