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Un Renaud Camus peut en cacher un autre. Première partie

2 décembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Un Renaud Camus peut en cacher un autre. Première partie

Il n’y a qu’un seul écrivain Renaud Camus, dont les prises de position choquent assez les médias convenus pour être régulièrement rappelées chaque fois qu’un tueur ou terroriste autre que musulman, une petite minorité à l’échelle du monde, comparativement aux meurtres de masse en cours, assassine quelqu’un. Un seul écrivain mais en cas de portraits, il semble qu’il y ait plusieurs Camus. Tout est dans la présentation. Illustration avec Le Monde et Valeurs Actuelles.

Renaud Camus pub­lie un nou­veau livre, Le petit rem­place­ment, chez Pierre-Guil­laume de Roux édi­teur. L’homme est affa­ble et tout sauf dan­gereux, chaque jour­nal­iste qui le ren­con­tre en con­vient, car main­tenant des jour­nal­istes vont le voir, ce qui ne fut pas tou­jours le cas, l’écrivain et l’homme ayant été rejetés au rang des pes­tiférés à la fin des années 90 du siè­cle passé. C’était une autre époque : Renaud Camus était une idole du monde lit­téraire dom­i­nant de gauche (comme si un monde lit­téraire dom­i­nant de droite était pos­si­ble en France), fai­sait la Une du Monde des Livres ou du Mag­a­zine Lit­téraire pour cette sim­ple rai­son qu’il était con­sid­éré comme l’un des meilleurs écrivains Français, le plus grand peut-être de l’époque, défenseur d’une langue française en cours de trans­mu­ta­tion, ce que ces médias ne voy­aient pas encore, de la civil­i­sa­tion européenne, déjà, du fait de son style, ce que ces médias ne pou­vaient pas encore voir. Pourquoi ?

Aux origines du mal : Paris, années 90.

Pour com­pren­dre la sit­u­a­tion actuelle de Renaud Camus, et l’impact que ses idées ont dans les médias, il faut revenir aux années 90 du 20e siè­cle. Ne par­lant pas encore de poli­tique, ne prê­tant pas le flanc à une attaque con­cer­nant des idées liées à des pop­u­la­tions exogènes, ne par­lant pas plus de com­mu­nautés religieuses, Camus cochait beau­coup de cas­es alors on l’aimait bien, comme celle-ci : il pub­lia trash, un livre por­tant sur sa pro­pre vie et son homo­sex­u­al­ité — car­ré­ment cru, comme livre. Le lecteur y voy­ait très clair. Il était alors inter­dit de le dire et même de le penser mais réus­sir sur la scène lit­téraire était plus aisé quand l’on était homo­sex­uel que le con­traire.

Deux coups de fil ont par exem­ple suf­fit à la rédac­tion de l’OJIM pour recueil­lir des témoignages affligeants dans ce domaine. Le pre­mier, de la part d’un écrivain alors débu­tant et main­tenant cinquan­te­naire qui, jeune trente­naire, était en rela­tions avec un cri­tique lit­téraire du Monde au milieu des années 90. Le cri­tique était de tal­ent mais n’était pas un grand écrivain, même s’il pub­li­ait des romans et des recueils de nou­velles, il était cepen­dant celui par qui entr­er dans le milieu, le temps d’une pre­mière petite recen­sion dans les pages du Monde des Livres alors dirigé par la papesse du Paris lit­téraire Josyane Sav­i­gneau. Cette dernière était faiseuse d’écrivains renom­més ou tueuse de car­rière, sa pro­fes­sion cachée. Le pre­mier, Hugo Marsan, ancien rédac­teur en chef de Gai Pied puis tout naturelle­ment Offici­er de l’Ordre des Arts et des Let­tres en 2012 est sor­ti des radars. La sec­onde offi­cie encore un peu, jouant de son influ­ence demeurée vivace quoiqu’en chute libre. Les deux étant aus­si homo­sex­uels, ce qui est de notoriété publique, assumés, et n’est heureuse­ment. aucune­ment inter­dit, Cha­cun est libre de sa sex­u­al­ité. Mais il en va du sexe comme de toute chose, ce n’est pas cen­sé servir à des fins de pou­voir. Ren­dez-vous fut donc pris par le jeune écrivain, notre pre­mier témoin des années 90, avec le cri­tique Hugo Marsan, chez ce dernier. Le cri­tique accep­ta le livre (pre­mier roman juste paru), l’écrivain fit mine de ne pas com­pren­dre à quoi pou­vait servir la liseuse con­fort­able sur laque­lle le cri­tique était allongé et l’on en res­ta là. Défini­tive­ment.

Sec­ond témoignage, celui d’un jeune édi­teur dont la petite mai­son située en province démar­rait fort dans la pre­mière décen­nie du 21e siè­cle. Ne man­quait plus qu’un coup de pouce de l’équipe du Monde des Livres. Ren­dez-vous fut donc pris dans un restau­rant ital­ien con­nu de Saint-Ger­main des Prés, aux frais de l’éditeur et du patron financier de la mai­son bien sûr, le jour­nal­iste lit­téraire de gauche appré­ciant l’invitation. Le hasard voulut que ce dernier fût vêtu à l’italienne années 50, le pre­mier tout en noir, cheveux rasés, jeune. On aurait dit, mais ce n’était pas voulu, une sorte de cou­ple. Le repas fut char­mant en com­pag­nie de Josyane Sav­i­gneau et d’un autre mem­bre alors influ­ent du Monde Jean-Luc Bar­ré. Méprise, l’éditeur et son patron furent pris pour mem­bres de la com­mu­nauté LGBT, ce qu’ils n’étaient pas, et le ren­dez-vous fit flop, mal­gré forts ser­rages de mains, bis­es et promess­es.

En ce temps-là, Renaud Camus, à son corps défen­dant, béné­fi­ci­ait de la sex­u­al­ité ambiante du milieu lit­téraire parisien. Pata­tras ! Renaud Camus pub­lie alors un ouvrage chez Fayard com­por­tant quelques lignes immé­di­ate­ment accusées d’être anti­sémites et par exten­sion la même accu­sa­tion est portée con­tre l’auteur. Renaud Camus a mis à dis­po­si­tion les doc­u­ments relat­ifs à cette affaire sur inter­net. Il indi­quait en réal­ité le fait que la majorité (50 % + 1) des inter­venants des émis­sions con­sacrées à la lit­téra­ture sur France Cul­ture fussent juifs. Le voici donc « anti­sémite », ban­ni du monde des let­tres etc. Et même qual­i­fié de « traître homo­sex­uel » par des mem­bres fon­da­teurs d’Act up. Quelques lignes vite inter­prétées avaient suf­fi. Avec le temps, beau­coup de choses ont été reprochées à Renaud Camus, mais plus trop l’antisémitisme — ce qui suf­fi­rait prob­a­ble­ment à dégon­fler la bau­druche de l’époque.

Par con­tre, de l’écrivain, Le Monde n’aime pas le « Grand Rem­place­ment ».

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