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Un entretien avec Pascal Eysseric de la revue Éléments

23 février 2021

Temps de lecture : 4 minutes
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Un entretien avec Pascal Eysseric de la revue Éléments

Nous empruntons à notre confrère breton Breizh Info un entretien du 2 février 2021 avec le directeur de la publication d’Éléments, le magazine des idées qui vient de sortir son numéro 188.

À chaque sor­tie de la revue Élé­ments, nous vous pro­posons, comme ce mois ci, de décou­vrir le som­maire de la revue, son édi­to­r­i­al. Mais nous avons voulu vous en mon­tr­er encore plus, en inter­ro­geant le chef d’orchestre d’une revue qui touche un pub­lic crois­sant, dans des sphères très var­iées. Il s’agit bien enten­du de Pas­cal Eysser­ic directeur de la rédac­tion, qui nous a accordé un entretien.

Breizh-info.com : Com­ment se porte Élé­ments en ce début d’année 2021 ? Quel bilan tirez-vous de l’année dernière ?

Pas­cal Eysser­ic : Solide dans la tem­pête ! Depuis la nou­velle for­mule d’Élé­ments, nous avons mul­ti­plié par cinq nos abon­nés et par dix nos lecteurs en kiosques. Je le rap­pelle sou­vent à nos rédac­teurs, aujourd’hui, les trois-quarts des lecteurs d’Élé­ments ne nous con­nais­saient tout sim­ple­ment pas il y a qua­tre ans ! L’objectif des 15 000 acheteurs de notre mag­a­zine (abon­nés + kiosques + ventes inter­net) est en vue.

Plus nos con­frères s’enfoncent dans le poli­tique­ment cor­rect et le refus du débat d’idées, plus les lecteurs – et acces­soire­ment les intel­lectuels privés de tri­bune – nous rejoignent. C’est un cer­cle vertueux ! Notre plus grande fierté, c’est en effet d’avoir fait sauter le « cor­don san­i­taire » mis en place dans les années 1990 autour d’Élé­ments et d’Alain de Benoist. Pour vous don­ner une idée du boule­verse­ment en cours, dernière­ment, c’est le philosophe Matthew Craw­ford (Éloge du car­bu­ra­teur) qui nous a aidé à décrocher un entre­tien avec un grand his­to­rien améri­cain qui se fai­sait désirer…

Après qua­tre ans de crois­sance à deux chiffres avec des hauss­es en kiosque com­pris­es entre 15 et 25 % suiv­ant les années, le con­fine­ment a forte­ment ralen­ti notre pro­gres­sion dans les kiosques auprès des lecteurs occa­sion­nels, attirés par telle ou telle cou­ver­ture ; les mag­a­sins Relay en gare et dans les aéro­ports étant restés fer­més pen­dant de longs mois. En revanche, les abon­nements et la vente au numéro sur Inter­net ont con­tin­ué de croître, à un rythme très soutenu. Si nous avons dû réduire le tirage d’Élé­ments, nous n’avons jamais déserté les kiosques même au plus fort du pre­mier con­fine­ment. Pour con­tre­bal­ancer le boy­cott médi­a­tique dont nous faisons l’objet, nous avons tou­jours fait de notre vis­i­bil­ité chez les marchands de jour­naux une pri­or­ité absolue. Il faut le dire et le redire : Élé­ments doit une très grande part de son suc­cès actuel aux marchands de jour­naux qui ont osé met­tre en avant notre mag­a­zine. La bonne nou­velle, c’est qu’avec la sor­tie du numéro 188 sur la con­di­tion ani­male, nous revenons à notre tirage d’avant con­fine­ment, soit 25 000 exem­plaires, ce qui est pour une revue intel­lectuelle une per­for­mance remarquable.

Breizh-info.com : Vous pub­liez un dossier ce mois-ci sur la ques­tion ani­male, pou­vez-vous nous le présen­ter ? En quoi cette ques­tion est-elle cen­trale dans notre époque ?

Pas­cal Eysser­ic : Out­re le fait que la ques­tion ani­male est un thème récur­rent dans les colonnes d’Élé­ments, et même un thème his­torique de la Nou­velle Droite depuis ses débuts – le Prix Nobel Kon­rad Lorenz, théoricien du com­porte­ment ani­mal fig­u­rait au comité de patron­age de Nou­velle École, le biol­o­giste Yves Chris­ten est un pili­er de notre revue depuis sa créa­tion –, le bien-être ani­mal est aujourd’hui devenu un sujet éminem­ment poli­tique, économique­ment vital et haute­ment inflammable.

Cette notion de « bien être ani­mal » par exem­ple est au cœur de toutes les préoc­cu­pa­tions de notre époque : évo­lu­tion du statut juridique de l’animal de « bien meu­ble » à « être vivant doué de sen­si­bil­ité », végan­isme, anti­spé­cisme, nour­ri­t­ure de syn­thèse, abo­li­tion de l’élevage, inter­dic­tion de la chas­se, des ani­maux de cirques, etc. Quel avenir pour notre agri­cul­ture ? Quid des scores des par­tis ani­mal­istes en Europe ? Toutes ces ques­tions ne sont pas du jus de crâne d’intellectuels, les enjeux économiques et poli­tiques sont con­sid­érables, comme l’a mon­tré Chris­t­ian Har­bu­lot, directeur de l’École de guerre économique, dans plusieurs de ses rap­ports, ou encore Joce­lyne Porcher dans Cause ani­male, cause du cap­i­tal.

J’aborde ces ques­tions dans un arti­cle sur les enjeux de la viande de syn­thèse, dont le développe­ment est soutenu par de gigan­tesques multi­na­tionales, mais aus­si dans le très bel entre­tien que nous a don­nés Marine Le Pen, trop sou­vent moquée par des demi-savants, qui ne voient pas l’importance poli­tique et philosophique d’une réflex­ion sur notre rap­port aux ani­maux. Car, oui il y a ici de la poli­tique ; oui, il y a de la philoso­phie ; et oui, il y a aus­si de l’anthropologie. Où com­mence l’homme, où finit l’animal ? Elle nous répond avec beau­coup de finesse, résis­tant aux thès­es de notre col­lab­o­ra­teur et biol­o­giste Yves Chris­ten, pen­chant naturelle­ment plus vers celles d’Alain de Benoist, pour qui les ani­maux n’ont pas de droits, certes, mais envers lesquels nous avons des devoirs.

Breizh-info.com : On a l’impression qu’Élé­ments est devenu plus acces­si­ble, peut-être moins éli­tiste, qu’à une cer­taine péri­ode, tout en gar­dant une hau­teur de vue et une qual­ité esthé­tique et rédac­tion­nelle. C’était une volon­té de votre part ?

Pas­cal Eysser­ic : Plus acces­si­ble, oui, vous avez rai­son, c’était l’une des promess­es que j’avais faite à Jean-Claude Val­la, le fon­da­teur d’Élé­ments, qui regret­tait l’inclination de ses amis, à par­tir des années 1990, à écrire un peu trop long et com­pliqué… Une promesse de jour­nal­iste à jour­nal­iste en quelque sorte, puisque Jean-Claude Val­la, grand pro­fes­sion­nel, a été le pre­mier directeur de la rédac­tion du Figaro Mag­a­zine, qui tirait à l’époque à 1 mil­lion d’exemplaires. Cepen­dant, l’histoire d’Élé­ments est pleine de sur­pris­es ! On a ten­dance à l’oublier mais pen­dant toutes les années 1970 et 1980, Élé­ments tenait plus du mag­a­zine que de la docte revue uni­ver­si­taire, avec des unes choc con­tre Jack Lang et la cul­ture gad­get, des bil­lets d’humeur, des enquêtes et des coups de têtes jour­nal­is­tiques, plus ou moins bien maîtrisés. Aujourd’hui, je crois que nous avons trou­vé le bon équili­bre entre ces deux tra­di­tions qui tra­versent et inner­vent Élé­ments depuis désor­mais presque cinquante ans, à savoir l’exigence intel­lectuelle et le savoir-faire journalistique.

Breizh-info.com : Com­ment est-ce que l’on con­stru­it sur deux mois un mag­a­zine comme le vôtre ? Êtes-vous aus­si pressés par le temps que nous pou­vons l’être dans la presse en ligne ?

Pas­cal Eysser­ic : Ce sont deux logiques diamé­trale­ment opposées : vous devez pub­li­er beau­coup et tous les jours pour exis­ter, alors que je suis con­traint de pub­li­er peu et une fois tous les deux mois ! Pour ma part, je con­stru­is Élé­ments à l’ancienne, en faisant et refaisant les chemins de fer d’un numéro (jusqu’à 15 ver­sions différentes).

Avec François Bous­quet, le rédac­teur en chef, nous con­sacrons notre temps à soupeser, argu­menter, choisir, couper, écarter, reporter des arti­cles. La direc­tion d’un mag­a­zine, c’est de l’assemblage, d’autant que nous recevons les con­tri­bu­tions d’une quar­an­taine de rédac­teurs. Le puz­zle se révèle le jour du bouclage, lorsqu’on envoie le numéro à l’imprimeur. Pour moi, la qual­ité d’un jour­nal, c’est d’abord l’épaisseur de son « mar­bre », ses arti­cles qui ne passent pas, qui peu­vent atten­dre six mois ou plus parce qu’un meilleur sujet est arrivé, ou parce que l’actualité ou l’opportunité l’exige. J’ai de quoi faire deux numéros, je m’efforce de pub­li­er le meilleur au jour J.

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