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TV lobotomie, la vérité scientifique sur les effets de la télévision

9 juillet 2012

Temps de lecture : 4 minutes
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TV lobotomie, la vérité scientifique sur les effets de la télévision

Vous avez une télévi­sion ? (aus­si appelée téléviseur et le plus sou­vent « télé »). Dans votre pièce prin­ci­pale ? Dans votre salle à manger ? Dans votre cham­bre ? Vous dis­posez de plusieurs appareils ? Votre enfant/ vos enfants a/ont leur pro­pre écran télévi­suel ? Dans leur cham­bre ? Vous regardez comme tout un cha­cun en France le petit écran entre 3 et 4 heures par jour ? Ce livre est fait pour vous !

Michel Desmur­get, doc­teur en neu­ro­sciences, est directeur de recherch­es à l’IN­SERM. Auteur de Mad in USA (Max Milo, 2008), il a jeté en 2012 un pavé dans la mare télévi­suelle avec TV lobot­o­mie, armé de près de 1100 notes : un ouvrage sci­en­tifique… qui se lit comme un roman, un roman noir.

TV lobotomie, la vérité scientifique sur les effets de la télévision

Michel Desmur­get, TV lobot­o­mie, 318p, Max Milo, 2012.

La qua­trième de cou­ver­ture est un bon résumé de l’ouvrage : « … la télévi­sion est un fléau. Elle exerce une influ­ence pro­fondé­ment néga­tive sur le développe­ment intel­lectuel, les résul­tats sco­laires, le lan­gage, l’attention, l’imagination, la créa­tiv­ité, la vio­lence, le som­meil, le tabag­isme, l’alcoolisme, la sex­u­al­ité, l’image du corps, le com­porte­ment ali­men­taire, l’obésité et l’espérance de vie ». Ouf.

Baste ! L’auteur ne va-t-il pas trop loin ? Est-il en train de jeter le bébé télévi­sion avec l’eau du bain pub­lic­i­taire ? Sommes-nous en présence d’un dan­gereux mani­aque ? Est-il le pre­mier à jeter un cri d’alarme ? Dès 2002 Blan­dine Kriegel remet­tait un rap­port sur télévi­sion et vio­lence à Jean-Jacques Ail­lagon alors min­istre de la Cul­ture et de la Com­mu­ni­ca­tion. Ce rap­port pré­con­i­sait « un pro­gramme élar­gi de mise hors de portée des enfants des spec­ta­cles vio­lents et une sig­nalé­tique plus pré­cise proche de la moyenne européenne ». Tol­lé. Blan­dine Kriegel fut accusée de vouloir favoris­er la cen­sure, de ren­forcer le con­trôle de l’état, et pire d’ignorer le rôle des fac­teurs soci­aux. Qu’im­porte que toutes les études mon­trent, qu’au delà des vari­a­tions cul­turelles « le pat­tern glob­al de la vio­lence médi­a­tique est sim­i­laire à tra­vers l’ensemble du monde ». Le débat sci­en­tifique sur télévi­sion et vio­lence est ter­miné, « il y a des évi­dences claires selon lesquelles l’exposition à la vio­lence médi­a­tique con­tribue de manière sig­ni­fica­tive à la vio­lence du monde réel ». Pour­tant il y a encore de chauds par­ti­sans des pix­els en con­tinu pour nos chères têtes blondes : « …ceux qui n’ont pas une rela­tion priv­ilégiée au ver­bal et à l’acoustique ne se trou­vent plus oblig­és, comme par le passé, d’apprendre de force dans la peur et les larmes (sic)… Les enfants qui ont une rela­tion priv­ilégiée aux images ne sont plus prêts aujourd’hui à y renon­cer aus­si facile­ment que par le passé, dans la mesure où l’environnement audio­vi­suel les y con­firme chaque jour » (1). Autrement dit la fix­ette à l’écran selon Serge Tis­seron efface les avan­tages des class­es dom­i­nantes et favorisées, elle per­met à tous de devenir légère­ment plus abrutis. La démoc­ra­tie télévi­suelle aplan­it, aplatit, égalise, rabote … vers le bas, tou­jours vers le bas car pré­cise le Pro­fesseur Desmur­get « …la petite lucarne ne rend pas les enfants patem­ment débiles ou vis­i­ble­ment crétins, mais elle empêche assuré­ment le déploiement opti­mal des fonc­tions cérébrales ».

Mais vous n’êtes pas tout à fait con­va­in­cu ? Alors prenons l’obésité un mal qui touche large­ment nos amis améri­cains et qui se développe rapi­de­ment en Europe. Il n’est pas com­pliqué de com­pren­dre que plus de temps devant la télévi­sion = moins d’exercice = plus de con­som­ma­tion de pro­duits gras et sucrés = plus d’obésité. Une étude améri­caine récente a déter­miné com­bi­en out­re Atlan­tique les enfants entre 2 et 12 ans voient de pub­lic­ités ali­men­taires sur un an : suiv­ant les tranch­es d’âge, entre 4400 et 7600 spots PAR AN ! Sans compter la pub­lic­ité déguisée dans les films pop­u­laires et les séries. Pau­vres choux on com­prend que la Suède ait inter­dit toute pub­lic­ité vers les moins de 12 ans. On com­prend moins que Chris­tine Kel­ly mem­bre du CSA s’oppose en France à la sup­pres­sion de la pub­lic­ité ali­men­taire dans les pro­grammes pour enfants, ou alors on com­prend tout quand on sait que Madame Kel­ly a tra­vail­lé pen­dant neuf ans à LCI fil­iale de… TF1.

L’immense tra­vail de Michel Desmur­get est con­va­in­cant pour les autres items étudiés : le retard sco­laire, le tabag­isme, les trou­bles du som­meil s’ils ne sont pas les con­séquences de la seule télévi­sion dévelop­pent une cor­réla­tion pos­i­tive avec le nom­bre d’heures passées devant l’écran.

Il existe plus de 600 chaînes en Europe. Avec le développe­ment actuel nous attein­drons les mille avant 2016. L’auteur (et nous avec lui) n’a pas fini de s’inquiéter : « Le poste est un voleur de temps. Il est aus­si un fac­teur d’isolement social, une source de paresse intel­lectuelle, un agent de stéril­ité cog­ni­tive et un vecteur de déstruc­tura­tion psy­chique… on peut s’étonner de l’impunité accordée à Dame Télévi­sion ». Au moins les lecteurs de TV lobot­o­mie, un ouvrage de san­té publique, seront-ils prévenus.

Vidéo d’une conférence donnée par Michel Desmurget en janvier 2012 au Forum Social Local du Morbihan

(1) Serge Tis­seron, Les bien­faits des images, Odile Jacob, 2002.

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