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Pub­lié le 27 janvier 2016 | Éti­quettes : , , ,

« Salafistes » : France 3 refuse de diffuser son propre documentaire

Finalement, France 3 ne diffusera pas « Salafistes », le documentaire du mauritanien Lemine Ould M. Salem et du français François Margolin au cœur des mouvements jihadistes.

« Nous ne prendrons pas cette responsabilité dans le contexte actuel », a fait savoir France Télévisions. Depuis plusieurs jours, le film, cru et sans filtre sur l'horreur de la charia, fait polémique. Tourné de septembre 2012 à juillet 2015 au plus près des groupes terroristes du Mali et de Mauritanie, le film montre sans tabou l'application de la loi islamique dans ces pays.

Pendant plus d'une heure se mêlent des entretiens avec des chefs islamistes, des images violentes d'exactions et d'exécutions ainsi qu'un commentaire neutre et distancié. Ainsi entend-t-on Abou Mohamed, chef de la police islamique de Gao, au Mali, déclarer en toute tranquillité : « On est attentifs à tous. On n’a de mépris pour personne. Si on constate un péché, on agit avec sagesse et bienveillance. »

Sur les images diffusées pour illustrer la dite bienveillance, on peut voir des voleurs se faire trancher la main, un enfant fouetté en place publique, des hommes en armes traquer les buveurs d'alcool et les femmes non voilées. « L’homme est d’une nature rebelle à la volonté divine, il est esclave de ses passions, de ses intérêts personnels, alors il faut vraiment une action pour qu’il se soumette… », explique également le salafiste Oumar Ould Hamaha, l’un des chefs du Mujao puis d’Al-Mourabitoune et beau-père de Mokhtar Belmokhtar.

Aussi, le film donne longuement la parole à Mohamed Salem al-Majlissi, charismatique cheikh mauritanien abordant l'inégalité entre hommes et femmes, l'homosexualité puni de mort ou encore l'affaire Merah et les attaques de Charlie Hebdo. « Si la liberté d’expression est si ouverte en Occident, alors les trois jeunes martyrs [les frères Kouachi et Coulibaly, ndlr] n’ont fait qu’exprimer leur propre liberté d’expression », explique-t-il, sans jamais d'ailleurs que ne soit mentionnés ses liens avec l'État Islamique.

Projeté au Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) en avant-première le week-end dernier, le film a fait l'objet d'une vive polémique. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, avait d'ailleurs tenté d'en faire interdire la projection publique en intervenant auprès de la direction du festival. Finalement, la Commission de classification des œuvres du CNC (Centre national du cinéma) a préconisé son interdiction au moins de 18 ans, sort habituellement réservé aux films pornographiques ou ultra-violents.

Toujours dans l'attente de son visa d'exploitation, délivré par la ministre de la Culture Fleur Pellerin, pour une sortie en salles, le documentaire ne sera toutefois pas diffusé, quoi qu'il arrive, sur France 3. « Notre ligne éditoriale est claire, les images produites par Daech sont de la propagande et nous ne les montrons pas à l’antenne. A partir du moment où nous avons cette position, il ne serait pas cohérent de diffuser ce film en l’état alors qu’il contient des extraits de vidéo de propagande de Daech et des discours très structurés de responsables salafistes intégristes. Nous ne mettons pas en cause les intentions des réalisateurs et nous savons bien qu’ils ne sont pas dans la complaisance, mais nous pensons que ce sujet doit être traité différemment. Ici, il n’y a pas de recul, d’explication, de décryptage. Le problème n’est pas le sujet mais son traitement », assume la direction, quand bien même les images de l'assassinat du policier Ahmed Merabet devant Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ont été floutées à la demande de la famille.

Ainsi la chaîne refuse-t-elle de diffuser un film qu'elle a elle-même coproduit via sa filiale France 3 Cinéma. Une première. En interne, on explique que « France 3 Cinéma aurait demandé des modifications qui n’ont pas été faites. Il n’y a pas eu de vrai dialogue ». Mais pour François Margolin co-réalisateur, « le film a été validé en temps et en heure sans demande de coupe ». Il dénonce ainsi une injustice. Au Figaro, il déplore : « Nous avons failli mourir pour ces images, et nous nous retrouvons en position d'accusés. » Pour lui, « il faut absolument que l'interdiction aux moins de 18 ans soit levée, conclut-il. Sinon, c'est la mort du film. »

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