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Les médias vus par le public en 1975

13 mars 2020

Temps de lecture : 3 minutes

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Les médias vus par le public en 1975

Les médias vus par le public en 1975

Ressortons les archives ! Que pensait-on du journaliste il y a 45 ans ? À l’occasion des derniers chiffres en date réalisés par l’institut Kantar pour le 33ème baromètre de confiance des médias de La Croix, un lecteur attentif (qui se reconnaîtra) nous a communiqué un article de 1975, quand le journaliste Pierre Vial du Nouvel Observateur commentait un sondage d’opinion de la Sofres (futur Kantar) sur les médias, commandé par l’hebdomadaire. L’âge d’or de la confiance ?

Six questions

Le sondage porte sur six ques­tions, répon­dues oui, non ou sans opinion.

La pre­mière con­cerne l’in­ci­dence du jour­nal­isme sur l’in­for­ma­tion. À 52% le pub­lic estime que les jour­nal­istes relaient bien l’in­for­ma­tion et n’in­flu­ent pas sur son impor­tance, seuls 41% pensent l’inverse.

Deux­ième ques­tion : Dans l’ensemble croyez-vous au sérieux des jour­nal­istes, c’est-à-dire pensez-vous qu’ils s’efforcent de con­naître toute la vérité sur les choses dont ils parlent ? 

Oui 64%        Non 29%        Ne sait pas 7%

Les trois ques­tions suiv­antes por­tent le sceau de la croy­ance. Croyez-vous : qu’ils sont-ils 1- courageux pour décou­vrir la vérité ? 2 — hon­nêtes et croient vrai ce qu’ils dis­ent ? 3 — indépen­dants vis à vis de l’ar­gent et de la poli­tique. Si à la pre­mière ques­tion sur le courage on répond oui à 73%, on les estime hon­nêtes à 53% et seuls 43% les pensent indépendants.

Dernière ques­tion : En défini­tive, faites-vous plutôt con­fi­ance ou plutôt pas con­fi­ance aux jour­nal­istes pour vous informer ?

Plutôt con­fi­ance 58%        Plutôt pas con­fi­ance 32%        Ne sait pas 10%

45 ans plus tard, Sic transit gloria journalisti

Depuis 1987, La Croix a pris la relève du Nou­v­el Obs. Derniers chiffres en date : c’est 40% de con­fi­ance pour la télévi­sion, 46% pour la presse, 50% pour la radio. Toute­fois ces chiffres trait­ent les instances et non le jour­nal­isme en tant que tel. Selon le 10e baromètre annuel de la con­fi­ance du Cen­tre de recherch­es de la vie poli­tique (CEVIPOF), c’est plus de trois-quart des sondés qui n’ont pas con­fi­ance dans les médias et les jour­nal­istes en particulier.

  • 1975 Con­fi­ance dans les jour­nal­istes 58%
  • 2020 Con­fi­ance dans les jour­nal­istes 23%

Le pourquoi du comment de cet effondrement

À la ques­tion : pourquoi cette évo­lu­tion néga­tive ? L’ar­ti­cle du Nou­v­el Obs per­met un grossisse­ment his­torique. Les médias furent-ils plus déon­to­logues jadis qu’on leur accordât plus de crédi­bil­ité ? Les fron­tières parais­saient plus franch­es : on savait qui fai­sait quoi. Libéra­tion à gauche, Le Figaro à droite. Ensuite, on trie le bon grain et l’ivraie et on forge son avis. Par ailleurs, il paraît nor­mal qu’un démoc­rate-chré­tien doutât de l’indépen­dance d’un jour­nal­iste de L’Hu­man­ité par exem­ple, et inverse­ment. Au con­traire, l’en­quête du CEVIPOF et celle de La Croix font appa­raître un manque de con­fi­ance glob­al qui vient d’une homogénéi­sa­tion des ten­dances représen­tées chez les jour­nal­istes tran­chant avec la diver­sité appar­ente des années 1970. Homogénéité libérale lib­er­taire qui s’accompagne d’une cri­tique jus­ti­fiée d’un « sys­tème médi­a­tique, à la sol­de de mil­liar­daires, proche des sphères poli­tiques » qui paraît ne plus représen­ter grand-chose, sinon un « parisian­isme », déjà souligné dans les années 1970. Preuve en est, le nom­bre gran­dis­sant de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs qui vont s’informer sur inter­net, pour y chercher des con­tenus plus var­iés. Notam­ment chez les jeunes, à 75%.

L’ar­ti­cle de Pierre Vial de 1975 et les ques­tions du sondage, dans leur ton, con­no­tent la volon­té de pro­téger la pro­fes­sion. La six­ième ques­tion demande, non pas « avez-vous con­fi­ance ? », mais « avez-vous plutôt con­fi­ance. » Out­re un vocab­u­laire ten­ant plus de la foi que de la rai­son, ce plutôt ne sig­ni­fie pas une franche adhé­sion, mais le jour­nal­iste la lit comme telle. Par ailleurs, pour qual­i­fi­er la majorité rel­a­tive reje­tant l’indépen­dance du jour­nal­iste, les pon­cifs de l’époque ressor­tent, ce sont des « tics pou­jadistes » — aujourd’hui on dirait « tics pop­ulistes ». Au total Pierre Vial voit dans ces résul­tats « un vrai récon­fort », une opin­ion per­for­ma­tive que ses con­frères ne peu­vent plus guère reprendre.

Vous pou­vez con­sul­ter ici notre arti­cle du 17 jan­vi­er 2020 sur « pourquoi les Français boudent les médias ».

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