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Enquête La Croix Kantar : les Français boudent les médias officiels ? Pourquoi donc ?

17 janvier 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Enquête La Croix Kantar : les Français boudent les médias officiels ? Pourquoi donc ?

Le 33e baromètre de confiance dans les médias réalisé par Kantar pour La Croix le montre : le niveau d’intérêt des Français pour l’information est à son plus bas niveau historique. Faut-il vraiment s’en étonner ?

Le quo­ti­di­en La Croix répond en par­tie mais en par­tie seule­ment à cette ques­tion en pub­liant son baromètre com­mandé à Kan­tar (ex-TNS Sofres) le 15 jan­vi­er 2019. Selon le jour­nal, c’est « l’intérêt des Français pour l’information » qui est au plus bas et non pas l’intérêt des Français pour une infor­ma­tion ori­en­tée et dif­fusée par des médias offi­ciels, ayant a très peu d’éléments près les mêmes avis sur toutes les ques­tions et don­nant chaque jour qui­tus aux dépêch­es de l’AFP. Inter­ro­geant la rela­tion des Français aux médias, ces derniers oublient une chose essen­tielle à chaque fois : se remet­tre en cause.

La méthodologie du 33e Baromètre de confiance dans les médias

Dates de ter­rain : l’enquête a été réal­isée par Kan­tar pour La Croix entre le 2 et le 6 jan­vi­er 2020.

Méth­ode : la méth­ode util­isée est celle des quo­tas, auprès d’un échan­til­lon de 1 007 per­son­nes, représen­tatif de l’ensemble de la pop­u­la­tion française âgée de 18 ans et plus.

Mode de recueil : les entre­tiens ont été réal­isés en face à face.

Un désintérêt des Français pour l’information ?

Il est vrai que cer­tains des chiffres pub­liés par La Croix sont ver­tig­ineux. Ain­si, « un an après l’émergence des gilets jaunes, 71 % des Français n’ont pas le sen­ti­ment que les médias ren­dent mieux et davan­tage compte de leurs préoc­cu­pa­tions ». Le mou­ve­ment des gilets jaunes étant le fait majeur de l’année écoulée, sur le plan social et poli­tique en France, il est nor­mal que le baromètre s’interroge à ce pro­pos. Cepen­dant, il y a bien longtemps que les Français ont per­du (presque) toute con­fi­ance dans des médias qui ne reflè­tent pas le moins du monde la diver­sité des opin­ions en vigueur dans le pays, affichant même des obses­sions aux­quels ne croient plus que ceux qui y ont un intérêt immé­di­at : d’un côté les grands méchants loups, comme le RN, les courants de la droite hors les murs, Pou­tine, Boris Jonhson, Trump, les per­son­nal­ités français­es con­ser­va­tri­ces ou pop­ulistes ; de l’autre, les gen­tils qui vont sauver le monde, de Macron à Gre­ta Thun­berg en pas­sant par France Inter.

Plus encore : qua­tre Français sur dix se détour­nent de l’information (offi­cielle, La Croix ne le pré­cise jamais). La perte de vitesse de l’intérêt est même mas­sive depuis cinq ans selon le même baromètre. Qui s’intéresserait le moins à l’information (offi­cielle) ? « Les jeunes (50 %), les femmes (53 %), les moins diplômés (54 %), les per­son­nes engagées poli­tique­ment (48 %), mais aus­si les ouvri­ers (53 %) ou les com­merçants et arti­sans (53 %) siso­lent le plus de linfor­ma­tion. » Un tel baromètre ne peut mesur­er un fait que chaque obser­va­teur con­cerné con­state autour de lui : si les moins diplômés fig­urent dans la caté­gorie des per­son­nes ayant décidé de ne plus s’intéresser à l’information, c’est en grande par­tie dans le cadre d’une demande implicite d’information moins uni­forme.

Les Français ne croient plus trop en la parole médiatique

De fait, le baromètre le recon­naît : les médias tra­di­tion­nels ne font plus référence — à com­mencer par la télévi­sion. Ain­si, 75 % des jeunes s’informent pri­or­i­taire­ment par inter­net et par les réseaux soci­aux, même si les sup­ports numériques de la presse ne sont pas en reste (30 %). Cela traduit une défi­ance vis-à-vis de l’indépendance des médias et des jour­nal­istes : 68 % des per­son­nes inter­rogées pensent que les jour­nal­istes ne résis­tent pas aux pres­sions des par­tis poli­tiques au pou­voir et 61 % aux pres­sions de l’argent. Dans ce dernier cas, il est dif­fi­cile de don­ner tort au résul­tat de ce sondage, au vu de l’extrême con­cen­tra­tion finan­cière des médias en peu de mains, con­cen­tra­tion qui pose en France de vraies ques­tions quant à la démoc­ra­tie et à la lib­erté d’expression. Voir nos info­gra­phies sur ce sujet.

Les médias sont jugés peu ou mod­éré­ment crédi­bles : la radio (50%), les jour­naux (46%), la télévi­sion (40%) et inter­net (23%). Le résul­tat con­cer­nant inter­net est typ­ique des méth­odes d’analyse offi­cielles : « inter­net » peut-il être con­sid­éré comme un seul type de média, et donc les sondés être inter­rogés à son pro­pos de la même manière que pour la presse ? Kan­tar ne devrait-il pas dis­tinguer les formes de con­tenus d’internet, puisqu’ il existe par exem­ple de très nom­breuses chaînes de télévi­sion, en par­ti­c­uli­er celles util­isées par les jeunes, qui ne peu­vent évidem­ment pas être assim­ilées à Twit­ter…

La cri­tique sans doute la plus frap­pante : les Français sondés con­sid­èrent que l’information est biaisée par le « sys­tème médi­a­tique », fait de manque de diver­sité d’opinion et de « parisian­isme », les deux étant évidem­ment liés, c’est une ques­tion idéologique. Pour­tant, les médias offi­ciels con­tin­u­ent de se présen­ter comme la seule cham­bre d’écho offi­cielle des affaires du monde, ne parais­sant pas s’émouvoir, peut-être même ne pas se ren­dre réelle­ment compte de l’entre-soi qui domine, un entre-soi qui plus est asso­cié aux milieux poli­tiques et cul­turels dom­i­nants. Il y a un monde, minori­taire, qui dit ce que « doit » être l’information (Pou­tine et Trump sont méchants, le Brex­it c’est mal) et le reste du pays, le décalage ne peut que se creuser.

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