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Procès d’Éric Zemmour le 17 novembre 2021, un jour comme les Z’autres

22 novembre 2021

Temps de lecture : 3 minutes
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Procès d’Éric Zemmour le 17 novembre 2021, un jour comme les Z’autres

22 novembre 2021

Temps de lecture : 3 minutes

Le 17 novembre 2021, Éric Zemmour comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris. Il y était jugé pour ses propos sur les mineurs étrangers « isolés » lors d’une émission sur CNews en septembre 2020. Par un curieux concours de circonstances, les journaux d’information ont ce jour-là juxtaposé deux autres informations accréditant l’existence d’un péril venant de l’extrême droite. L’OJIM saisit cette occasion pour revenir sur un phénomène médiatique courant mais assez rarement présenté : l’effet de halo, qui aboutit dans le cas présent à renforcer la présentation négative du « polémiste d’extrême droite ».

L’impossible critique des mineurs isolés

En France, l’immigration béné­fi­cie auprès de l’oligarchie d’une per­cep­tion pos­i­tive qu’il est dif­fi­cile de ne pas respecter. Éric Zem­mour et CNews, après tant d’autres, en ont fait la cru­elle expéri­ence. En mars 2021, la chaine CNews était con­damnée à une lourde sanc­tion pécu­ni­aire — 200 000 euros  — pour des pro­pos d’Éric Zem­mour sur les mineurs étrangers. L’Observatoire du jour­nal­isme soulig­nait à cette occa­sion dans un arti­cle l’impossible ou la dif­fi­cile con­fronta­tion des idées à ce sujet.

Nous con­sta­tions que le CSA n’avait absol­u­ment pas tenu compte de la rec­ti­fi­ca­tion des pre­miers pro­pos très généraux d’Éric Zem­mour sur les mineurs non accom­pa­g­nés, « tous délin­quants », par Chris­tine Kel­ly et par le jour­nal­iste lui-même. Les ver­tus du débat et de la con­fronta­tion des idées qui per­me­t­tent de s’approcher de la vérité sem­blent des notions étrangères tant au CSA qu’à cer­tains mag­is­trats, comme en témoigne le réquisi­toire du pro­cureur de la République lors de l’audience du 17 novem­bre. Celui-ci a en effet req­uis une con­damna­tion de 10 000 euros d’amende à l’encontre d’Éric Zemmour.

Quoi de nouveau le 17 novembre ?

En ce 17 novem­bre, les médias de grand chemin ont lors des bul­letins d’information dis­pen­sé deux autres infor­ma­tions immé­di­ate­ment avant ou après la peine req­uise par le pro­cureur de la République con­tre Éric Zem­mour : la dis­so­lu­tion du col­lec­tif angevin l’Alvarium, sou­vent présen­té à l’instar de Ouest-France comme un « grou­pus­cule iden­ti­taire » d’extrême droite et l’arrestation de deux mil­i­tants de la mou­vance « d’ul­tra­droite » pour repren­dre les ter­mes de France Bleu, qui étaient selon le min­istère de l’intérieur prêts à com­met­tre un attentat.

Bigre, ce 17 novem­bre, nous avons donc enten­du par­ler lors de nom­breux jour­naux d’information à la télévi­sion et à la radio successivement :

  • du nou­veau procès « du polémiste d’extrême droite, jugé pour provo­ca­tion à la haine raciale », comme le présente BFMTV ,
  • de l’arrestation de deux mil­i­tants d’ultra droite (vous sai­sis­sez la nuance ?) prêts à com­met­tre un attentat,
  • de la prob­a­ble dis­so­lu­tion d’un « groupe iden­ti­taire », sans aucun doute pour ses activ­ité illicites voire dan­gereuses pour la société,

Voilà qui ne peut qu’inquiéter le pais­i­ble citoyen qui aspire au respect de la démoc­ra­tie et de l’ordre républicain.

L’effet de halo, arme des communicants

Le procès d’un polémiste d’extrême droite, la prochaine dis­so­lu­tion d’un col­lec­tif « iden­ti­taire », l’arrestation d’activistes d’ultra-droite, la jux­ta­po­si­tion de ces infor­ma­tions accrédite non seule­ment l’existence d’un péril d’extrême droite, voire d’ultra droite. Elle aboutit à créer un effet de halo qui rejail­lit néga­tive­ment sur le « polémiste » et pos­si­ble can­di­dat à la prési­dence de la République.

L’effet de halo est un procédé bien con­nu des spé­cial­istes du mar­ket­ing. Il désigne une logique d’ef­fet sec­ondaire ou d’in­flu­ence d’un élé­ment sur un autre qui selon les cas peut être favor­able ou défa­vor­able. La jux­ta­po­si­tion le même jour d’éléments présen­tant une car­ac­téris­tique com­mune, la prox­im­ité avec l’extrême droite aboutit à créer chez l’auditeur, le lecteur ou le téléspec­ta­teur la con­vic­tion qu’il existe une ten­dance générale, présen­tée comme inquié­tante. Peu importe que les reg­istres soient totale­ment dif­férents, le débat d’idées en ce qui con­cerne Éric Zem­mour, la démarche sociale et com­mu­nau­taire en ce qui con­cerne l’Alvarium (lire à ce sujet l’article de Présent qui per­met de rétablir un peu les faits), des vel­léités ter­ror­istes en ce qui con­cerne les deux mil­i­tants arrêtés le 16 novembre.

L’AFP donne le ton

Plusieurs élé­ments con­courent à créer cet effet de halo totale­ment négatif et inquiétant :

  • les élé­ments de lan­gage. A l’occasion du procès d’Éric Zem­mour, l’AFP a dis­pen­sé le kit des élé­ments de lan­gage dis­qual­i­fi­ants à son encon­tre : on retrou­ve en effet dans de nom­breux arti­cles, comme celui du Parisien, écrit à par­tir d’une dépêche de l’AFP, les ter­mes de « polémiste d’extrême droite ». Un polémiste qui par nature n’est pas con­struc­tif, et qui est sec­taire et extrémiste s’il est d’extrême droite.
  • l’absence de tout élé­ment con­tra­dic­toire ou allant dans le sens d’une mod­éra­tion des accu­sa­tions à l’encontre des per­son­nes incrim­inées : peu importe en effet qu’Éric Zem­mour ait mod­éré ses accu­sa­tions de délin­quance à l’encontre des mineurs étrangers, peu importe que les charges à l’encontre de l’Alvarium aient l’épaisseur du papi­er à cigarette,
  • la con­comi­tance des infor­ma­tions. On ne peut s’empêcher d’être songeur voire dubi­tatif sur le cal­en­dri­er retenu par le min­istère de l’intérieur pour annon­cer la dis­so­lu­tion prochaine de l’Alvarium et l’arrestation de deux per­son­nes qui auraient des vel­léités d’attentats ter­ror­istes, la veille du procès d’Éric Zem­mour, alors que ces infor­ma­tions sont pen­dantes depuis quelques temps.

On savait notam­ment depuis l’affaire Fil­lon en 2017 que les cam­pagnes élec­torales étaient prop­ices à toutes les manœu­vres et toutes les mis­es en scène. Les événe­ments récents nous mon­trent que la cam­pagne élec­torale en vue de l’élection prési­den­tielle en avril 2022 pour­rait ne pas être si différente.

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