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Pour les médias de grand chemin, une ultra droite armée menacerait la France

22 janvier 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Pour les médias de grand chemin, une ultra droite armée menacerait la France

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Pour les médias de grand chemin, une ultra droite armée menacerait la France

22 janvier 2021

Durant la semaine du 11 au 17 janvier 2021, nombre de médias de grand chemin se sont faits l’écho d’un danger imminent qui pèserait sur la France : il y aurait une ultra droite en train de s’armer. Heureusement, l’État et les médias veillent.

Un traf­ic, des armes, un peu « d’ultra droite », de quoi ren­dre heureux des médias per­suadés que le véri­ta­ble dan­ger qui plan­erait sur la France est une sup­posée mou­vance d’extrême droite rad­i­cal­isée, pour­tant bien dis­crète, plutôt que les ten­ants de l’islamisme déjà ample­ment passés à l’acte. Atten­tats et meurtres réguliers le mon­trent. Pour­tant, les médias de grand chemin, soucieux de lut­ter con­tre les « amal­games », ont besoin de trou­ver des preuves que les grands méchants ne seraient pas unique­ment musul­mans ou issus de l’immigration. Le moin­dre os leur suf­fit, fut-il petit et rare.

Coup de filet médiatique

Pour Le Monde, le 14 jan­vi­er, c’est d’ailleurs d’un « très gros coup de filet » dont il s’agit, réal­isé par « la brigade de répres­sion du ban­ditisme de la police judi­ci­aire parisi­enne dans les cer­cles dis­crets des pas­sion­nés d’armes. Dix per­son­nes ont été inter­pel­lées dans plusieurs régions de France et placées en garde à vue, mar­di 12 jan­vi­er, dans le cadre d’une infor­ma­tion judi­ci­aire ouverte en juin 2020 notam­ment des chefs d’acquisition, de déten­tion, de trans­port d’armes et d’association de mal­fai­teurs. Selon nos infor­ma­tions, six de ces inter­pel­lés sont des mil­i­taires en activ­ité ou de jeunes retraités du min­istère de la défense. » Des pas­sion­nés mais un « réseau atyp­ique par son ampleur et sa prox­im­ité avec les milieux du nar­co-ban­ditisme », qui aurait fourni des armes à des trafi­quants de drogue et « des sym­pa­thisants d’ultra droite ».

La suite immé­di­ate de l’article est un som­met de rhé­torique de grand chemin : « Les faits doivent encore être con­solidés par les gardes à vue mais pour cer­tains des inter­pel­lés, la ques­tion se pose de savoir si ces armes auraient pu servir à nour­rir, dans des délais encore à établir, un pro­jet d’action vio­lente. L’un d’entre eux était con­nu pour être un sym­pa­thisant d’extrême droite tan­dis qu’un autre était « fiché S » en rai­son de ses liens avec l’ultra droite ». Autrement dit, l’auteur de l’article ne sait rien, ce qui ne l’empêche pas d’affirmer sur la base de très vagues sup­pu­ta­tions que peut-être, un peut-être qui se voudrait assuré, un dan­ger d’ultra droite men­ace. Une men­ace d’autant plus inquié­tante selon l’article que plusieurs des inter­pel­lés sont des mil­i­taires en activ­ité, le fait a en pre­mier lieu été indiqué par TF1, et des mil­i­taires retraités. Dia­ble ! Un coup d’État en préparation ?

Out­re Le Monde et TF1, de nom­breux médias se sont pré­cip­ités vers l’os à ronger. RFI, Le JDD du 17 jan­vi­er, lequel croit savoir que « l’affaire est suiv­ie de près jusqu’au som­met de l’État » (sans doute une élec­tion approche-t-elle ?), bien que le jour­nal ne trou­ve pas plus de deux sym­pa­thisants sup­posés d’extrême droite, ce qui n’empêche pas de sup­put­er ain­si : « Selon nos infor­ma­tions, un onz­ième sus­pect se trou­ve actuelle­ment au Mali où il par­ticipe à l’opération Barkhane… ». Les points de sus­pen­sion dis­ent beaucoup.

Fran­ce­in­fo prône l’affirmative : « Traf­ic d’armes met­tant en cause des mil­i­taires : les cinq dernières per­son­nes mis­es en exa­m­en. Ven­dre­di, cinq pre­miers sus­pects par­mi les dix per­son­nes inter­pel­lées mar­di avaient été mis en exa­m­en. Ce réseau est soupçon­né davoir fourni des armes à des trafi­quants de drogue et des mil­i­tants de lultra droite. ». C’est daté du 16 jan­vi­er et les sym­pa­thisants devi­en­nent des « mil­i­tants ».

Pour Le Figaro, pho­to de fusil d’assaut datant de… 2012 à l’appui, il s’agit d’un « traf­ic d’armes hors normes ». Là aus­si, le jour­nal évoque des soupçons au sujet d’armes fournies à des sym­pa­thisants d’ultra droite.

Grossissement ou silence suivant les cas

Ain­si, l’ensemble des médias de grand chemin qui relate la saisie de cet impor­tant stock d’armes et le déman­tèle­ment du réseau con­cerné, une fois les détails don­nés sur les quan­tités, « une tonne de matériel » selon Le Figaro, met­tent en avant une sup­pu­ta­tion issue d’une dépêche de l’AFP et relayée par TF1 con­cer­nant l’éventuelle impli­ca­tion de vagues sym­pa­thisants d’ultra droite. Il n’y a pas le moin­dre début d’un fait mais la sim­ple indi­ca­tion de cette hypothèse suf­fi­ra à en faire une sorte de « vérité », autrement dit une fake news 

La réal­ité ? Il y a des armes partout en France, en par­ti­c­uli­er dans toutes les cités et les « quartiers ». Ces armes sont entre les mains de délin­quants, de crim­inels, de dji­hadistes et d’apprentis ter­ror­istes ou plus sim­ple­ment de « jeunes ». Dans tous les cas, des indi­vidus eth­nique­ment claire­ment iden­ti­fiés. La cir­cu­la­tion et la vente de ces armes font l’objet d’un traf­ic per­ma­nent con­tre lequel les forces de l’ordre lut­tent, par­venant par­fois à déman­tel­er des réseaux. Dans ce dernier cas, lorsque le réseau déman­telé con­cerne des pop­u­la­tions « mul­ti­cul­turelles », les médias de grand chemin ne font pas de choux gras. Mal­gré les cen­taines de morts liés aux atten­tats per­pétrés en France depuis le début de ce siè­cle et bien que le traf­ic d’armes soit lié à des com­mu­nautés pré­cis­es, les médias offi­ciels en par­lent peu ou pas. Par con­tre, si un « sym­pa­thisant d’ultra droite » est sup­posé être lié à l’achat d’une arme, ces mêmes médias n’hésitent plus : la dic­tature men­ac­erait en France. Que ces « sym­pa­thisants » exis­tent ou non, sous réserve que l’on puisse appren­dre ce que sig­ni­fie « l’ultra droite » dont par­lent ces médias, peu importe au fond aux médias de grand chemin. L’important est de faire croire qu’un dan­ger menacerait.

Sur un sujet adja­cent voir le por­trait du jour­nal­iste Jean-Michel Décugis du Parisien, alias « Mr Fake news ».

Illus­tra­tion : cou­ver­ture du jeu vidéo Far Cry 5.

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