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Martin Weill

Le baby-Barthès de Canal+ puis de TMC

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 18/05/2019

« Les gens se méfient moins d’un gamin qui a l’air d’avoir 17 ans. » Mar­tin Weill, L’Obs

À une époque où les médias en perte de vitesse ne jurent plus que par le jeunisme et l’infotainment, Martin Weill était une mascotte toute trouvée. Créature barthésienne adorée des journalistes pour son côté Tintin sympathique et décalé, il a été le globe-trotteur attitré du « Petit Journal » de Canal+  puis de TMC (2013–2018). De l’Iran à Israël en passant par les États-Unis et la Syrie, il assurait la pastille « internationale » de l’émission. Aujourd’hui, il a sa propre émission sur TMC, toujours avec cet angle ultra-incarné et présenté comme « décalé », ce qui se traduit bien souvent par un excès de caricatures et un manque cruel de profondeur.

Por­trait d’un jeune jour­nal­iste tel que l’époque les aime : jeune, léger et poli­tique­ment cor­rect. Sa pre­mière mis­sion : intéress­er les jeunes aux sujets inter­na­tionaux, tra­di­tion­nels enne­mis de l’audi­mat. Pour ce faire, il a fal­lu priv­ilégi­er l’im­mé­di­at au détri­ment du recul et la légèreté au détri­ment du sérieux. Aujour­d’hui, il s’in­téresse aux “nou­veaux gourous” et aux “nou­velles com­mu­nautés”.

Enfance et formation

Né en 1987, Mar­tin Weill passe une enfance « nor­male » à Boulogne. Avec un père imprimeur et une mère attachée de presse, il est issu de la « petite classe moyenne ». Curieux, pas­sion­né, il aime écrire et ses par­ents le des­ti­nent, déjà, à un avenir de jour­nal­iste.

C’est ain­si que, dès le lycée, il effectue plusieurs stages dans la presse : au Nou­v­el Obs, à RTL, et même à la télévi­sion. Il obtient son Bac sans se forcer avant de se lancer dans une licence d’His­toire à la Sor­bonne, un peu par hasard. Il enchaîne ensuite avec Sci­ences Po Bor­deaux, péri­ode durant laque­lle il est sélec­tion­né pour réalis­er un dou­ble cur­sus à Cardiff, où il apprend à maîtris­er l’anglais.

Il rejoint enfin l’É­cole supérieure de jour­nal­isme (ESJ) de Lille où il apprend le méti­er de JRI, jour­nal­iste reporter d’im­age. Avant même l’ob­ten­tion de son diplôme, il obtient un con­trat d’été à TF1, puis il pige à LCI.

Parcours

Sur la recom­man­da­tion d’un de ses anciens pro­fesseurs, qui a touché un mot à Lau­rent Bon, lequel cherche une « petite main » pour « Le Sup­plé­ment » sur Canal+, il rejoint l’émis­sion en sep­tem­bre 2013. Les choses s’en­chaî­nent alors très vite. « Il était cen­sé faire du fact check­ing, des petites pris­es de son. Au bout de quinze jours, il par­tait en tour­nage, au bout d’un mois, il fai­sait des sujets de dix min­utes », con­fiera le pro­duc­teur.

Un an plus tard, ce dernier cherche désor­mais, pour « Le Petit Jour­nal », un jeune « qui ait l’âge de ceux qui le regar­dent ». En août 2013, il devient ain­si reporter pour l’émis­sion de Yann Barthès. « Il y a 150 types qui bossent autant que toi, mais voilà, ça tombe sur toi. On te teste, on t’aime bien, on te fait con­fi­ance », le prévient-on. Il a alors 26 ans.

Dans LPJ, on lui donne carte blanche et un bud­get qua­si-illim­ité pour ses voy­ages (la chose est assez rare dans le milieu pour être soulignée). Mais atten­tion, pas ques­tion de faire des reportages clas­siques avec une voix sopori­fique sur des plans de coupe immo­biles, façon JT tra­di­tion­nel : il faut « incar­n­er » son sujet, se met­tre en avant et abor­der l’in­for­ma­tion sous un autre angle. « Même si le sujet ne te pas­sionne pas, le côté, “il est où, Mar­tin” retient l’attention du pub­lic. Je sais que c’est un peu arti­fi­ciel, mais si ça per­met de rac­crocher des gens à un sujet de 10 min­utes sur l’Iran, tant mieux », con­fi­ait Mar­tin Weill à L’Obs.

De fil en aigu­ille, il cou­vre la guerre en Irak, en Syrie, Daech, Boko Haram, la vie des « réfugiés », la prési­den­tielle améri­caine… On ne lui donne « pas de ligne poli­tique » à suiv­re, explique-t-il. Mal­gré tout, il doit défendre « des valeurs uni­verselles ». Enten­dez par là : l’idéolo­gie droit-de-l’hom­miste, démoc­rate, bien-pen­sante… qui con­stitue, en soit, une ligne poli­tique qui ne veut pas dire son nom. Une méth­ode bien con­nue et forte­ment attachée à l’e­sprit Canal. Ain­si les réfugiés sont-ils, par déf­i­ni­tion, des vic­times sys­té­ma­tique­ment dés­in­téressées, et les électeurs du Front Nation­al comme de Don­ald Trump des beaufs qu’il faut tourn­er en déri­sion, gen­ti­ment. Le tout sans « ligne poli­tique », évidem­ment.

Out­re ces con­sid­éra­tions sur la ligne idéologique de l’émis­sion, les pastilles inter­na­tionales de Mar­tin Weill font l’ob­jet de cri­tiques, aus­si bien de la part d’autres jour­nal­istes, plus « clas­siques », que des obser­va­teurs des médias. On leur reproche un évi­dent manque de pro­fondeur, de recul, et une ten­dance exagérée à combler le vide par des micro-trot­toirs peu qual­i­tat­ifs. « C’est un risque assumé si on veut essay­er de capter une parole authen­tique plutôt que for­matée, d’approcher la vérité essen­tielle, plutôt que celle des experts », se défend Mar­tin Weill.

Pour autant, comme le note Téléra­ma, « de nom­breux reportages don­nent l’im­pres­sion de voir un sim­ple baroudeur du Lone­ly Plan­et un peu égaré dans une zone de con­flit, se ren­seignant auprès des pas­sants pour ­savoir ce qui se passe ». Pour Acrimed égale­ment, la case de Mar­tin Weill pose plusieurs prob­lèmes. Tout d’abord, l’in­for­ma­tion « sérieuse » est prise en sand­wich entre l’info­tain­ment et les blagues pro­pres au « Petit Jour­nal ». Ain­si, les sujets dits sérieux se retrou­vent bien vite « noyés dans un océan de diver­tisse­ment ». En témoigne ce sujet con­sacré à un meet­ing de Don­ald Trump où 5 sec­on­des (sur 5 min­utes) seront con­sacrées au meet­ing en lui-même, résumé de façon sim­pliste et intéressée. Le reste du temps, on se moque des électeurs de Trump. À la fin du sujet, une dis­cus­sion de la plus haute impor­tance entre Weill et Barthès vient servir de com­plé­ment d’en­quête : de quelle couleur exacte­ment est la peau de Trump ? A‑t-il de vrais cheveux ?

Qu’a-t-on appris ? Pas grand chose… Pour Acrimed, un autre prob­lème réside dans le fait que le Tintin de Canal+ est le globe trot­teur attitré de l’émis­sion et cou­vre seul la planète entière. « La dis­pari­tion des cor­re­spon­dants per­ma­nents et leur rem­place­ment par des envoyés spé­ci­aux con­tribue à dégrad­er la qual­ité de l’information inter­na­tionale, qui néces­site pour être fiable et sérieuse une bonne con­nais­sance du pays sur lequel on entend informer », explique Julien Salingue. Or dans les reportages du jeune Mar­tin Weill, le manque de temps con­duit bien sou­vent à véhiculer des clichés qui n’ap­por­tent, au final, rien de nou­veau à notre per­cep­tion d’un pays.

Enfin, il est impor­tant de not­er que dans le pro­gramme du jeune reporter, ce dernier monop­o­lise l’écran. Il est présent à l’im­age 70 % du temps, selon les cal­culs d’Acrimed. Le fait de se con­cen­tr­er ain­si sur « les aven­tures de Mar­tin » plutôt que sur le sujet en lui-même appau­vrit inévitable­ment l’in­for­ma­tion, alors que « Le Petit Jour­nal » revendique sa mis­sion « d’in­former autrement ». En con­clu­sion, « la séquence “infor­ma­tion inter­na­tionale” du “Petit Jour­nal” est finale­ment à l’image de l’émission elle-même : absence de fron­tière claire entre infor­ma­tion et diver­tisse­ment (au détri­ment de la pre­mière), pri­or­ité accordée à la quan­tité et non à la qual­ité, recours (volon­taire ou non) aux clichés, rac­cour­cis et approx­i­ma­tions, mise en réc­it et mise en scène des­tinées à val­oris­er le jour­nal­iste, etc. », estime Acrimed.

Un avis partagé par beau­coup d’ob­ser­va­teurs mais qui, audi­mat et course aux jeunes oblige, ne va sans doute pas être enten­du par les pro­duc­teurs de l’émis­sion, plus soucieux des courbes d’au­di­ence et de l’idéolo­gie à véhiculer que de la qual­ité jour­nal­is­tique.

Faits notoires

Il habite à une cen­taine de mètres du Bat­a­clan. Lors des atten­tats du 13 novem­bre 2015, alors qu’il était de retour de Bir­manie, deux de ses amies ont été touchées par les attaques. L’une d’elle est décédée lors de cette nuit trag­ique.

En un peu plus de deux ans, il a par­cou­ru 553 803 kilo­mètres, soit qua­torze fois le tour du monde.

En avril 2015, Mar­tin Weill et son équipe ont été arrêtés au Maroc puis expul­sés alors qu’ils tour­naient un reportage sur l’ho­mo­sex­u­al­ité (les fameuses valeurs uni­verselles). Ces derniers n’avaient pas eu d’au­tori­sa­tion pour réalis­er leur sujet dans le pays.

En 2017, une anci­enne cama­rade de Mar­tin Weill dénonce le har­cèle­ment que celui-ci et un autre jour­nal­iste (Hugo Clé­ment) lui ont fait subir pen­dant leur sco­lar­ité à l’ESJ de Lille.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Ils l’ont dit

« Symp­tôme de rédac­tions ayant pro­gres­sive­ment fer­mé la plu­part de leurs bureaux à l’étranger, Mar­tin Weill incar­ne alors – jusqu’à la car­i­ca­ture – l’envoyé spé­cial obligé de se démul­ti­pli­er pour pal­li­er ces fer­me­tures et ce rétré­cisse­ment à l’œuvre dans les grands médias. » Acrimed

« En réal­ité, les équipes du “Petit Jour­nal” ne fil­ment pas des sit­u­a­tions et des indi­vidus, mais “Mar­tin” dans ces sit­u­a­tions ou “Mar­tin” en com­pag­nie de ces indi­vidus. » Acrimed

« Avec un ton mod­erne et un style bien à lui, désor­mais copié, il réus­sit le tour de force d’intéresser les jeunes à l’actualité inter­na­tionale. » L’Obs

« Sacré Mar­tin ! Qu’il soit au coin de la rue ou à l’autre bout de la terre, avec des migrants syriens ou avec des mil­i­taires tcha­di­ens, aux côtés des pesh­mer­gas en Irak ou des séparatistes en Ukraine, le jeune reporter de 28 ans a su imprimer à cha­cun de ses reportages un ton, mélange de dis­tance et d’émotion, et un style bien à lui. Une véri­ta­ble mar­que de fab­rique, qui a soudain fichu un sacré coup de vieux aux JT. » L’Obs

« C’est un for­mat qui donne beau­coup de lib­erté. On part sur le ter­rain, on ren­con­tre des gens, et on racon­te ce qu’on a vu, sans idée pré­conçue, sans par­ti pris, analyse Félix Seger, son cam­era­man. » L’Obs

« “Son truc, c’est qu’il ne lâche jamais rien”, insiste Lau­rent Bon, cofon­da­teur avec Yann Barthès de Bangu­mi. » L’Obs

« “Mar­tin a un très bon con­tact avec les gens, et il n’a pas peur. Mais sa pre­mière qual­ité, c’est une capac­ité de tra­vail hors pair. Il est per­fec­tion­niste, très exigeant, d’abord avec lui-même”, Félix Seger, cam­era­man. » L’Obs

« Il n’est pas con­scient de sa notoriété. Il reste con­cen­tré sur son tra­vail, ça le pro­tège. » Lau­rent Bon, L’Obs

« À la télévi­sion, il y a deux caté­gories de per­son­nes. Les hys­tériques et les obses­sion­nels. Les pre­miers, cabotins, en font pour de mau­vais­es raisons : appartenir au milieu, aller en soirée… Les autres, comme Yann, comme Mar­tin, sont des malades du tra­vail. Ce côté obses­sion­nel est très impor­tant. C’est pour ça que j’ai cru en lui dès le départ. » ibid.

« Sa tra­jec­toire, ful­gu­rante, a de quoi ren­dre jaloux des batail­lons de jour­nal­istes minés par le chô­mage et la pré­car­ité. » L’Obs

« Il était cen­sé faire du fact check­ing, des petites pris­es de son. Au bout de quinze jours, il par­tait en tour­nage, au bout d’un mois, il fai­sait des sujets de dix min­utes. » Lau­rent Bon, L’Obs

« Mar­tin, looké “jean retroussé sur des bot­tines” façon Nico­las Ghesquière (le directeur artis­tique de Louis Vuit­ton), se déplace par paire pour tra­vailler accom­pa­g­né de son caméra­man Clé­ment Brelet ‑ravis­sant hip­ster chevelu-mous­tachu-bar­bu-sym­pa à marinière -. Ensem­ble, ils for­ment le par­fait tan­dem arty-néo mignon. » Gala

« En décem­bre 2017, j’ai décidé de par­ler publique­ment du can­u­lar télé­phonique dont j’avais été vic­time cinq ans plus tôt lors de ma dernière année à l’É­cole supérieure de jour­nal­isme de Lille en nom­mant les auteurs de ces agisse­ments, par­mi eux les jour­nal­istes Mar­tin Weill et Hugo Clé­ment. Trois étu­di­ants de ma pro­mo­tion, de mon groupe de télévi­sion, qui à deux repris­es se sont faits pass­er au télé­phone pour les ressources humaines de Radio France, me faisant miroi­ter un recrute­ment et propageant des rumeurs à mon encon­tre au sein de l’é­cole : je cher­chais à vol­er la place d’autres étu­di­ants dans des médias, je men­tais sur mon CV, j’é­tais ambitieuse au point de vouloir écras­er les autres. » Une cama­rade de pro­mo­tion dans Medi­um

« [Mar­tin Weill] n’é­tait pas là ou pra­tique­ment pas (bien que le jour­nal­iste avait la con­sti­tu­tion, je dirais d’un fringant jeune homme). Je ne pou­vais pas l’at­tein­dre. A la place, j’eus une dis­cus­sion très irri­tante avec une mar­i­on­nette, à la fois trop famil­ière et trop désagréable, qui était pos­sédée par son idéolo­gie. » Jor­dan B. Peter­son

Il l’a dit

« Les gens se méfient moins d’un gamin qui a l’air d’avoir 17 ans. » L’Obs

« D’abord, Tintin casse la gueule des méchants. Pas moi. Ensuite, je ne suis plus si jeune que ça. » L’Obs

« Je suis un éter­nel angois­sé. » L’Obs

« Je crains de ne pas avoir grand-chose d’intéressant à dire. Le vedet­tari­at me met mal à l’aise. » L’Obs

« Je ne suis pas un “fils de”. J’ai juste eu beau­coup de chance. » L’Obs

« J’ai une chance folle. Très peu de rédac­tions don­nent autant de moyens à leurs jour­nal­istes. Dès lors qu’un sujet tient la route, on me dit : fais-le ! » L’Obs

« On n’est pas exempts de cri­tiques. On n’est pas “le Monde”, c’est vrai. Mais dire que je fais ça pour mon­tr­er ma gueule, c’est injuste. » L’Obs

« C’est la mode de cri­ti­quer les chaînes d’info et les JT, mais on ne fait pas la même chose. Ils ont énor­mé­ment de con­traintes que nous n’avons pas, comme l’obligation d’être exhaus­tifs. J’apprends des choses en les regar­dant. Et à leur place, je ne ferais pas mieux. » L’Obs

« Ce que je trou­ve quand même hal­lu­ci­nant en France, c’est qu’on est incroy­able­ment bien infor­mé, mais que les gens ne s’en ren­dent pas compte et ne croient pas en leurs jour­nal­istes. » Les Inroks

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