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Mépris, mensonge, truquage… ou le journalisme français vu par une sud-coréenne
Publié le 

24 mars 2014

Temps de lecture : 3 minutes
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Mépris, mensonge, truquage… ou le journalisme français vu par une sud-coréenne

Déjà fort décriées en France, les méthodes du journalisme français n’ont pas non plus une image très glorieuse à l’étranger.

En témoigne Mina Lee (pseu­do­nyme), une étu­di­ante sud-coréenne qui a tra­vail­lé en tant que « fixeuse » pour une chaîne de télévi­sion française. Une expéri­ence qu’elle n’oubliera pas, dans le mau­vais sens du terme… Sur Rue89, elle racon­tait il y a quelques semaines sa désagréable col­lab­o­ra­tion avec ces pros qui ne con­nais­sent rien à leur sujet, hurlent sans arrêt, pré­ten­dent être les « meilleurs » et se moquent de la réal­ité au prof­it d’un scé­nario pré­conçu dic­té par la pro­duc­tion.

Récem­ment, Mina Lee a fait la « fixeuse » pour une chaîne de télévi­sion, qu’elle ne nomme pas, pour un reportage « très orig­i­nal » sur le thème : « Corée du Sud, la Mecque de la chirurgie esthé­tique. » Pour cela, elle a dû s’adapter aux méth­odes des jour­nal­istes français : mépris­er, trich­er, men­tir ; le tout en râlant comme il se doit. Certes, ces méth­odes sont large­ment répan­dues dans les autres pays mais, selon cette jeune jour­nal­iste, jamais avec une telle inten­sité. « Le com­porte­ment de cette équipe de reportage a dépassé tout ce que je pou­vais imag­in­er », explique-t-elle avant d’ajouter : « C’était une expéri­ence pré­cieuse pour ma vie pro­fes­sion­nelle, qui m’a con­va­in­cue de ne jamais devenir jour­nal­iste française. »

L’expérience

« Allez, tourne vite : il y a pas mal de mon­stres qui sor­tent », chu­chote un jour­nal­iste à son cam­era­man à la sor­tie d’une clin­ique de chirurgie esthé­tique. Ce genre de dis­cours, racon­te Mina Lee, est loin d’être une excep­tion. Durant tout le tour­nage, le jour­nal­iste français, « jamais con­tent de rien », n’avait de cesse de se plain­dre et de mépris­er totale­ment le sujet mais aus­si les indi­vidus qui le com­po­saient. « Nous ne nous sommes pas don­né la peine de venir de Paris jusqu’ici pour tourn­er cette merde ! », s’exclamait-il régulière­ment.

Pour­tant, il ne con­nais­sait rien du sujet qu’il avait entre­pris d’expliquer au pub­lic. « Il n’avait pas pré­paré son tour­nage. Il ne con­nais­sait rien à ce pays où il avait cinq jours pour faire un reportage sen­sa­tion­nel d’une ving­taine de min­utes. Il n’avait même pas lu les notes sur le sujet faites par la sta­giaire à Paris, qui pré­parait le sujet. »

Mais ce n’est pas tout. Notre jeune sta­giaire n’est pas au bout de ses sur­pris­es : « Selon eux, pour devenir bon jour­nal­iste, il faut être très fort en men­songe. » Un mod­èle du genre pour les appren­tis jour­nal­istes… « J’ai vite appris à ne plus pos­er trop de ques­tions. A accepter le mépris, le men­songe, ou le trucage. Car à chaque moment, il fal­lait tru­quer la réal­ité pour la faire ren­tr­er dans leur scé­nario », racon­te la sud-coréenne atter­rée.

Et de rap­porter le mépris affiché par les jour­nal­istes pour les per­son­nes filmées. En guise d’exemple, Mina Lee nous par­le d’une jeune Coréenne en passe de se faire opér­er à qui les jour­nal­istes impose leur scé­nario. Celle-ci a dû annon­cer, à la caméra, son opéra­tion à des incon­nus placés à sa table que le reportage fera pass­er pour ses « amis ». Elle a égale­ment été con­trainte d’allumer une télé qu’elle ne regar­dait jamais pour dire, après les insis­tances des jour­nal­istes : « Regardez, toutes les stars coréennes sont toutes refaites. Et moi, je veux devenir comme elles. » Des exem­ples par­mi tant d’autres…

« Mais elle est com­plète­ment conne, elle ne sait pas finir une seule phrase », se plaig­nent par­fois les jour­nal­istes, en français, pour ne pas être com­pris. Des méth­odes qui per­me­t­tent à l’un d’eux d’affirmer : « Nous sommes les meilleurs ! C’est pour ça qu’on vous demande de faire autrement » De ces « meilleurs », Mina Lee gardera un triste sou­venir.

« Voilà com­ment cer­taines émis­sions que vous voyez le soir à la télé se pro­duisent. Ça fait tout juste un an que j’ai com­mencé à tra­vailler avec des jour­nal­istes français. Et ce dernier pro­jet (pour lequel j’attends tou­jours mon salaire…) a tiré la son­nette d’alarme dans ma tête. Je ne suis pas faite pour ce genre de “per­for­mance”, avec les “meilleurs” », explique-t-elle, dépitée.

Et de con­clure, réal­iste : « Mon témoignage est peut-être sévère, mais je crois être sévère d’abord avec moi-même, car j’étais très mal à l’aise pen­dant ce tour­nage. »

Cocori­co…

Crédit pho­to : aien­aza­hi­radaim via Flickr (cc)

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