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Médias et terrorisme : poser ou ne pas poser les questions qui fâchent ?

28 novembre 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Médias et terrorisme : poser ou ne pas poser les questions qui fâchent ?

Une première dans la médiasphère, en Belgique le 15 novembre : un journaliste, Christophe Deborsu, sur la Chaîne RTL TV1, menace d’exclure du plateau un écrivain d’origine turque vivant en Belgique, Bahar Kumyongur, s’il persiste a vouloir démontrer que Daesh et les mouvements djihadistes sont soutenus par les occidentaux.

Face aux protes­ta­tions de l’expert turc, le jour­nal­iste répond tran­quille­ment : « effec­tive­ment, Mon­sieur Kumy­ongur, vous êtes un peu muselé puisque vous racon­tez des choses qui ne me con­vi­en­nent pas… ». Les invités des médias n’auraient-ils donc le droit de par­ler que dans la mesure où ce qu’ils racon­tent con­vient au jour­nal­iste qui les invite ? Cela a au moins le mérite de la fran­chise.

Scé­nario plus ou moins sim­i­laire, en un peu moins bru­tal, sur France 2, le 19 novem­bre. L’expert en dji­hadisme Mohammed Sifaoui, se fait sèche­ment remet­tre à sa place par Julian Bugi­er parce qu’il s’étonne de la con­tra­dic­tion appar­ente du sys­tème qui con­siste, au nom de la laïc­ité, à déplor­er la pro­liféra­tion du voile et du foulard islamique dans l’espace pub­lic, tout en faisant de la mère d’un des jeunes para­chutistes assas­s­inés par Mohamed Mer­ah, une icône de la tolérance qui va porter la bonne parole laïque dans tous les col­lèges et lycées de France. Or cette femme, osten­si­ble­ment, porte le foulard islamique. « Ce débat n’a pas sa place sur ce plateau », lance un Julian Bugi­er vis­i­ble­ment agacé. Face à l’insistance de Sifaoui qui veut aller jusqu’au bout de son idée, le jour­nal­iste de France 2 rétorque, afin de clore le débat : « c’est un avis très per­son­nel, je pense que tout le monde ne partage pas votre analyse ». Il faudrait donc pour venir com­menter l’actualité, don­ner un avis qui ne soit pas per­son­nel et qui cor­re­sponde, autant que pos­si­ble, à ce que « tout le monde » pense ?

Au-delà de l’effet de sidéra­tion des images, des com­men­taires en boucle et des slo­gans émo­tion­nels, exam­inons quelques ques­tions que l’on n’a pas vrai­ment vu émerg­er dans le con­cert médi­a­tique. Des ques­tions aux­quels les respon­s­ables poli­tiques et les faiseurs d’opinion ne devraient plus pou­voir échap­per :

Pourquoi les fron­tières jusque-là présen­tées, au mieux comme inutiles, et sou­vent comme dan­gereuses, devi­en­nent soudain une con­di­tion indis­pens­able de notre sécu­rité ?

Pourquoi la Hon­grie a‑t-elle subi une telle avalanche de con­damna­tions morales pour avoir fer­mé ses fron­tières à la vague migra­toire, alors que l’on nous explique main­tenant que Schen­gen ne fonc­tionne pas parce que les pays qui ont des fron­tières hors UE ne respectent pas leurs engage­ments européens de con­trôler ces fron­tières ?

Pourquoi le gou­verne­ment français s’est-il acharné à exiger le départ de Bachar el-Assad comme préal­able à toute négo­ci­a­tion ? Pourquoi a‑t-il refusé d’échanger des infor­ma­tions avec les ser­vices syriens sur les ter­ror­istes français présents en Syrie ?

Pourquoi les Améri­cains et leurs alliés occi­den­taux n’ont mil­i­taire­ment pas ébran­lé Daesh après plus d’un an de bom­barde­ments inten­sifs qui se sont traduits, nous dit-on, par plus de 4000 attaques sur les posi­tions de l’Etat islamique ?

Pourquoi n’a‑t-on pas aver­ti les Français que plus de 10 000 activistes étaient fichés S ? Pourquoi a‑t-il fal­lu atten­dre les mas­sacres du 13 novem­bre pour lancer des cen­taines de perqui­si­tions dans les zones à risque afin de retrou­ver des armes de guerre et d’interpeller des dizaines d’activistes ?

Pourquoi, dans le même ordre d’idée, ne donne-t-on pas aux Français une idée pré­cise de la sit­u­a­tion des mosquées au regard de l’influence des groupes fon­da­men­tal­istes ?

Pourquoi un ter­ror­iste poten­tiel pou­vait-il tra­vailler comme machin­iste à la RATP  sans jamais être sig­nalé? Alors que cer­tains experts évo­quent les risques d’infiltration dans le per­son­nel des cen­trales nucléaires et la présence man­i­feste de réseaux fon­da­men­tal­istes par­mi les employés des aéro­ports, une dernière ques­tion : pourquoi les gou­verne­ments suc­ces­sifs ont-ils lais­sé ce type de sit­u­a­tion se créer ?

Une liste non exhaus­tive de ques­tions que cha­cun peut com­pléter à sa guise On attend la réponse des médias.

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