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Les grands médias au pas cadencé ?

31 octobre 2016

Temps de lecture : 2 minutes
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Les grands médias au pas cadencé ?

Alain Pucciarelli, ancien journaliste et lecteur fidèle des médias, publie sur internet un essai roboratif et nourri sur l’état de l’information en France en 2016. Son sous-titre : « Fausse objectivité, vrai assujettissement : le poids déterminant de la finance et de l’idéologie mondialiste sur les médias français publics et privé » précise un propos argumenté sur 369 pages annexes incluses. Analyse.

La dis­pari­tion appar­ente de la déon­tolo­gie pro­fes­sion­nelle au sein des grands médias éclaire la crise poli­tique, économique et sociale que la France — et l’Europe ajouterons nous – subis­sent. Une stratégie édi­to­ri­ale mil­i­tante paraît être dev­enue la règle, et, souligne l’auteur : « les grands médias sont sans doute majori­taire­ment devenus les troupes de choc du con­ser­vatisme, de l’austérité et de l’at­lantisme pro­mus par les oli­garchies finan­cières occi­den­tales ».

Le livre, artic­ulé comme un jardin, insiste sur le cou­ple argent/pouvoir et son dou­ble : asservissement/aliénation. Dans le chapitre jour­nal­isme Alain Puc­cia­rel­li découpe au scalpel l’évolution de Libéra­tion passé des maos aux bobos et de l’autogestion aux mains d’oligarques inter­na­tionaux. Alors que les regards alter­nat­ifs (Mau­rice Allais, Jacques Sapir et bien d’autres) sont passés aux oubli­ettes, une cer­taine bien-pen­sance écrase les débats sur de nom­breux sujets (l’Ukraine, la Syrie) et l’oligarchie rem­place avan­tageuse­ment le Comité des Forges d’avant-guerre.

Analysant en détail les dif­férentes formes de ce qu’il appelle « le sys­tème idéologique mon­di­al­isé », Puc­cia­rel­li en désosse une de ses vari­antes : l’atlantisme général­isé. À tra­vers de nom­breux vecteurs comme le club Le Siè­cle, l’US Aid, la French Amer­i­can Foun­da­tion, Aspen ou les rich­es fon­da­tions de Georges Soros, les néo­con­ser­va­teurs « améri­canomor­phes » font souche en Europe. Les « fig­ures de proue de l’hyper classe médi­a­tique mon­di­ale » s’appellent Ari­an­na Huff­in­g­ton, fon­da­trice des sites éponymes, Anne Sin­clair, sa créa­ture en France ou Jean-Marie Colom­bani fos­soyeur du quo­ti­di­en Le Monde et dirigeant de Slate à Paris : « un staff néolibéral occi­den­tal est né, qui promeut une logique ultra­l­ibérale sans avoir à présent besoin de con­signes du cen­tre US. Ain­si en a‑t-il été de l’Em­pire romain, qui a peu à peu ouvert son cen­tre déci­sion­nel aux élites des marges précédem­ment con­quis­es ».

L’auteur se fait une gour­man­dise de relever les moments où cer­tains jour­nal­istes vendent la mèche comme à la suite du vote bri­tan­nique du Brex­it. Sur BFMTV, la jour­nal­iste Rose­lyne Dubois, dépitée et sans doute emportée par son élan, lâche le morceau face à Nadine Mora­no, et nous livre cette per­le : « Nous, médias, comme vous, élus, n’arrivons pas à faire pass­er l’idée que l’Europe apporte quelque chose ; il y a un vrai mea cul­pa à avoir ! » Com­ment le for­matage de l’opinion rem­place l’information…

Dans sa con­clu­sion l’auteur insiste sur la dimen­sion sociale (présente tout au long de l’ouvrage) de son pro­pos : « Nous sommes très vraisem­blable­ment face à une nou­velle mou­ture de la lutte des class­es (menée con­tre les salariés par les class­es dirigeantes) ver­sion mon­di­al­isée ».

Mal­gré la valeur de son tra­vail hyper doc­u­men­té et écrit d’une plume alerte, Puc­cia­rel­li à ce jour n’a pas trou­vé d’éditeur. Comme le dit George Orwell « Plus une société s’éloigne de la vérité, plus elle hait ceux qui la dis­ent ». Le livre d’Alain Puc­cia­rel­li est disponible en ligne ici.

Crédit pho­to : DR

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