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Arianna Huffington

15 mai 2018

Temps de lecture : 8 minutes
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Arianna Huffington

Figure de proue de l’hyper-classe médiatique mondiale

« Nous vivons un âge d’or du jour­nal­isme »

Arianna Huffington, la fondatrice du site international The Huffington Post compte parmi les personnalités médiatiques et journalistiques les plus influentes du monde. Son site, fort d’une influence certaine outre-Atlantique, a su s’importer dans pas moins de 15 pays et connaît un véritable rayonnement.

Formation

Ari­an­na Stassinopou­los, fille d’un jour­nal­iste grec, est née à Athènes en 1950. Elle pos­sède tou­jours la dou­ble nation­al­ité États-uni­enne et grecque. À 16 ans, elle décroche une bourse et s’installe en Angleterre où elle pour­suit des études d’économie à l’université de Cam­bridge. Elle y obtient une maîtrise. Elle sera égale­ment la 3ème femme élue prési­dente de la « Cam­bridge Union Soci­ety », la plus anci­enne société de débat dans le monde. En 1973 elle pub­lie son pre­mier ouvrage : The Female Woman dans lequel elle cri­tique le mou­ve­ment fémin­iste Women’s Lib. C’est au Roy­aume-Uni qu’elle con­naî­tra ses pre­miers émois jour­nal­is­tiques avec Bernard Levin (de 22 ans son aîné), un célèbre jour­nal­iste anglais proche du par­ti tra­vail­liste (presse écrite et radio) avec qui elle entre­tient une rela­tion amoureuse. Ce dernier est décrit par le Times comme le jour­nal­iste le plus célèbre de son époque. Elle le quit­tera en 1980 suite au refus de ce dernier de se mari­er et d’avoir des enfants. Elle s’envole alors pour les États-Unis et ren­con­tre, en 1986, l’homme poli­tique (répub­li­cain) et homme d’affaires (riche héri­ti­er de l’industrie du pét­role tex­an) Michel Huff­in­g­ton avec qui elle se marie. Le cou­ple aura 2 enfants (2 filles aujourd’hui étu­di­antes dans la pres­tigieuse uni­ver­sité de Yale). Son mari devient secré­taire adjoint de la défense pen­dant le man­dat de Ronald Rea­gan. Le cou­ple s’installe alors en Cal­i­fornie pour que Michel puisse accéder à un siège à la cham­bre des représen­tants. En 1997 le cou­ple se sépare, son mari annonce publique­ment sa bisex­u­al­ité et s’engage dans le mil­i­tan­tisme LGBT.

Parcours professionnel

Par­tie aux États-Unis (à New York) en 1980, elle tra­vaille pour le Nation­al Review (un mag­a­zine d’opinion améri­cain à large dif­fu­sion) et pub­lie un livre sur Maria Callas : La femme der­rière la légende et un autre sur Pablo Picas­so : Picas­so créa­teur et destruc­teur. En 1994, elle pub­lie un livre qua­si-mys­tique sur la poli­tique con­ser­va­trice et sur la reli­gion dans lequel elle entend aider le lecteur à dévelop­per son « 4ème instinct », à s’ouvrir à la « con­nais­sance de soi » et à la « décou­verte de la spir­i­tu­al­ité ». En 1998 après l’affaire « Mon­i­ca Lewin­sky » impli­quant le prési­dent Bill Clin­ton dans une affaire d’adultère avec une sta­giaire, Ari­an­na demande sa démis­sion.

En 2000, elle pub­lie Com­ment ren­vers­er le gou­verne­ment ? Un ouvrage dans lequel elle entend dénon­cer la cor­rup­tion sous le man­dat de Clin­ton.

En 2003 elle pub­lie Fanat­ics and fools (Des fana­tiques et des imbé­ciles), un livre sans con­ces­sion pour l’aile droite du Par­ti Répub­li­cain, notam­ment Dick Cheney ou Georges Bush.

L’année suiv­ante, dans Pigs at the Trough (lit­térale­ment « Les cochons aux auges »), elle dénonce le man­age­ment dans les entre­pris­es con­tem­po­raines, leur esprit insen­si­ble et avare en con­tra­dic­tion avec les valeurs fon­da­men­tales de l’américain moyen. Par­mi les entre­pris­es pointées du doigt se trou­ve AOL, présen­tée avec d’autres géants améri­cains (Tyco, Mer­rill Lynch, World­Com) comme des mod­èles de cor­rup­tion.

C’est en 2005 qu’elle fonde le site The Huff­in­g­ton Post, avec l’homme d’affaire Ken­neth Lerer, un site d’information inter­net basé très large­ment sur l’interactivité entre les inter­nautes et les jour­nal­istes. Le site con­naît un suc­cès immé­di­at. Il est alors mar­qué très à gauche.

En 2011 elle décide de ven­dre le HP… au même géant AOL qu’elle esti­mait cor­rompu 7 ans aupar­a­vant… Une trans­ac­tion estimée entre 300 et 315 mil­lions de dol­lars.

Depuis l’émergence du Huff­in­g­ton Post, Ari­an­na est devenu une véri­ta­ble vedette des média, elle est présente en temps qu’invitée ou chroniqueuse dans de nom­breuses émis­sions radio et télé. Une célébrité qui la pousse même à prêter sa voix pour un dessin ani­mé (The cleave­land Show). Ari­an­na fait aujourd’hui par­tie du con­seil d’administration de la « Archer School for Girls », une école éli­tiste pour fille de 12 à 18 ans.

Ari­an­na Huff­in­g­ton estime que son jour­nal en ligne est à la fois une entre­prise de presse et une plate-forme col­lab­o­ra­tive. Une manière d’utiliser des col­lab­o­ra­teurs gra­tu­ite­ment tout en récoltant des béné­fices. Ce qui lui per­met d’estimer que « nous vivons un âge d’or du jour­nal­isme ». Depuis 2011 elle a réus­si à exporter le mod­èle Huff­in­g­ton Post dans 15 pays où il a à chaque fois ren­con­tré le suc­cès. Ari­an­na Huff­in­g­ton explique le change­ment de ligne du site par la demande : les arti­cles poli­tiques attirent en effet moins de 15% du lec­torat con­tre 50% à ses débuts. En France, elle jette son dévolu sur Anne Sin­clair pour ani­mer le HP France (lance­ment début 2012), con­fi­ant avoir appré­cié son tra­vail de bloggeuse lors de son pas­sage à Wash­ing­ton.

Son dernier ouvrage paru en 2014 « Thrive » porte sur le « bien être », sa nou­velle lubie.

En 2012, elle est classée 29e au pal­marès des femmes les plus puis­santes du monde pub­lié par le mag­a­zine Forbes.

Le 11 août 2016, elle quitte le poste de rédac­teur en chef du Huffin­ton Post pour diriger Thrive Glob­al, une entre­prise dont l’ob­jec­tif est de lut­ter pour le bien-être et con­tre l’épuise­ment des salariés.

Elle lève 7 mil­lions de dol­lars en 2016, puis 30 autres à l’au­tomne 2017, por­tant la val­ori­sa­tion de son entre­prise à 120 mil­lions de dol­lars. Insti­tu­tion­al Ven­ture Part­ners (20 mil­lions de $), Marc Benioff, CEO de Sales­force (5 mil­lions de $), Phil Fer­nan­dez, co-fon­da­teur de Mar­ke­to, Sean Park­er, co-fon­da­teur de Nap­ster, Lerer Hip­peau Ven­tures, Grey­croft Part­ners et Advancit Cap­i­tal y ont investi.

Selon Giz­mo­do (14/11/2017) suite à une enquête interne sur des allé­ga­tions de har­cèle­ment sex­uel par Jim­my Soni en 2012–2013, un cadre dirigeant qu’elle appré­ci­ait par­ti­c­ulière­ment, elle ne dénonce pas ses agisse­ments mais l’en­voie au con­traire lancer le Huff­Post India à New Del­hi en mai 2014.

Parcours militant/politique : un caméléon libéral-progressiste

Mal­gré sa rela­tion avec le jour­nal­iste Bernard Levin proche des milieux tra­vail­listes anglais, Ari­an­na Huff­in­g­ton ne laisse pas transparaître un véri­ta­ble intérêt pour les poli­tiques de gauche. Son mariage avec Michel Huff­in­g­ton lui per­met d’intégrer les réseaux répub­li­cains. La jour­nal­iste se situe à l’aile gauche du par­ti, libérale certes, mais aus­si pro­gres­siste. Après son divorce elle reste active dans les réseaux répub­li­cains mais se rap­proche des démoc­rates sur les sujets de société. Ain­si, elle se déclare favor­able à l’avortement et opposée au port d’arme. Son entrée sur la scène poli­tique se réalise en 2003, elle affronte Arnold Schwarzeneg­ger (Répub­li­cain) pour le poste de gou­verneur de Cal­i­fornie. C’est un échec mais une belle expéri­ence poli­tique de son pro­pre aveu. Elle effectue ain­si un virage « social­isant » qui dur­era env­i­ron 7 ans. En 2004, elle sou­tient John Ker­ry con­tre Georges W. Bush à l’élection prési­den­tielle et met ain­si défini­tive­ment un terme à son passé Répub­li­cain. En 2007, elle intè­gre le top 100 des femmes les plus influ­entes du monde pour le mag­a­zine Forbes et y fig­ure tous les ans depuis, ain­si que dans le classe­ment du Times. En 2008, elle pub­lie Lunatic Fringe Hijacked qui traite de la vul­néra­bil­ité de la sécu­rité intérieure améri­caine. En 2009, elle organ­ise un din­er avec des per­son­nal­ités de la presse au cours duquel sera lancé le mou­ve­ment « Move Your Mon­ey » qui pro­pose aux améri­cains de retir­er leur argent des six prin­ci­pales ban­ques améri­caines, accusées d’être trop puis­santes, au prof­it de ban­ques de prox­im­ité ou de caiss­es de crédit à but non lucratif. En 2010 enfin, elle écrit un ouvrage sur l’abandon des class­es moyennes, dernier ouvrage où elle défend une vision « social­isante » de la poli­tique.

Combien elle gagne

Depuis 2011 Ari­an­na Huff­in­g­ton est payé 4 mil­lions de dol­lars par an par AOL pour diriger le Huff­in­g­ton Post. La vente du site au groupe AOL en févri­er 2011 lui aurait rap­porté 18 mil­lions de dol­lars.

Elle l’a dit

« Dormir est une drogue mir­a­cle », Le Figaro Madame, 2014.

« Notre déf­i­ni­tion actuelle et impos­si­ble de la réus­site est un prob­lème mon­di­al et il exig­era une réponse mon­di­ale »

« Le Huff­in­g­ton Post pro­jette d’employer la tech­nolo­gie pour nous aider à affron­ter toutes ces forces dont la tech­nolo­gie elle-même, qui peu­vent nous faire per­dre l’équili­bre »

« Nous chercherons à redéfinir le suc­cès et à le plac­er au cen­tre de nos dis­cus­sions »

À pro­pos d’un col­lec­tif de blogueurs et d’un syn­di­cat de jour­nal­iste ayant lancé un appel à la grève, Ari­an­na Huff­in­g­ton déclare : « Allez‑y, faites la grève, per­son­ne ne s’en apercevra »

« Les anciens vénéraient le som­meil. Mais, au moment de la Révo­lu­tion indus­trielle, il est devenu syn­onyme de temps à colonis­er et moné­tis­er. Et cette idée fausse que le burn-out et le manque de som­meil ne sont qu’un prix à pay­er pour avoir du suc­cès reste d’ac­tu­al­ité. Le prob­lème est vrai­ment grave ! », Le Point, 04/10/2017.

« Nous sommes tous des tox­i­co­manes numériques. La tech­nolo­gie nous per­met de faire des choses incroy­ables, mais elle a aus­si provo­qué une accéléra­tion dans nos vies qui n’est pas ten­able. Nous sommes sous le con­trôle de ces objets alors que c’est nous qui devri­ons les con­trôler », ibid.

« Cela ne fait aucun doute que son manque de som­meil ne lui rend pas ser­vice [à Trump] – ni à son pays. Le som­meil est par­ti­c­ulière­ment impor­tant pour les hommes poli­tiques, car la prise de déci­sion y est essen­tielle et les enjeux s’avèrent cru­ci­aux », ibid.

« Tout le monde devrait étein­dre son télé­phone et respecter le sab­bat », Haaretz, 14/03/2018.

Sa nébuleuse

Non ren­seigné.

Publications

  • The Female Woman (1973)
  • After Rea­son (1978)
  • Maria Callas: The Woman Behind the Leg­end (1981; 1993)
  • The Gods of Greece (1993)
  • The Fourth Instinct (1994)
  • Picas­so: Cre­ator and Destroy­er (1996)
  • Greet­ings from the Lin­coln Bed­room (1998)
  • How to Over­throw the Gov­ern­ment (2000)
  • Pigs at the Trough (2003)
  • Fanat­ics & Fools (2004)
  • On Becom­ing Fearless…In Love, Work, and Life (2007)
  • Right is Wrong: How the Lunatic Fringe Hijacked Amer­i­ca, Shred­ded the Con­sti­tu­tion, and Made Us All Less Safe (2008)
  • Third World Amer­i­ca: How Our Politi­cians Are Aban­don­ing the Mid­dle Class and Betray­ing the Amer­i­can Dream (2010)
  • Thrive: The Third Met­ric to Redefin­ing Suc­cess and Cre­at­ing a Life of Well-Being, Wis­dom, and Won­der (2014)
Traductions en français
  • Picas­so, créa­teur et destruc­teur, Stock, 1989 (réédi­tion Livre de poche, 1991)
  • L’Amérique qui tombe : com­ment les poli­tiques ont trahi le rêve améri­cain et aban­don­né la classe moyenne, Fayard, 2011
  • S’épanouir, réus­sir sans défail­lir, Fayard, 2015
  • La Révo­lu­tion du som­meil, Fayard, 2017.

On a dit sur elle

« Avant de fonder le très pro­gres­siste site d’in­for­ma­tion, Ari­an­na Stassinopou­los était une femme ambitieuse flir­tant avec les con­ser­va­teurs améri­cains », Libéra­tion, 12/08/2016.

« Le suc­cès, Ari­an­na Stassinopou­los l’a tou­jours désiré. Dotée d’une ambi­tion dévo­rante, elle décroche à 16 ans une bourse et s’envole pour l’Angleterre. A Cam­bridge, où elle étudie l’économie, elle devient la pre­mière femme étrangère à présider le pres­tigieux club de débat. Deux décen­nies et trois ouvrages plus tard, instal­lée aux Etats-Unis, elle épouse Michael Huff­in­g­ton, héri­ti­er d’une for­tune pétrolière tex­ane. A en croire une enquête extrême­ment fouil­lée, pub­liée en 1994 par Van­i­ty Fair, Ari­an­na Huff­in­g­ton a mis le grap­pin sur ce mul­ti­mil­lion­naire con­ser­va­teur pour sat­is­faire son pro­pre appétit de pou­voir », ibid.

« Elu représen­tant de Cal­i­fornie en 1992, Michael Huff­in­g­ton brigue deux ans plus tard un siège de séna­teur. Mais selon Van­i­ty Fair, l’homme n’a ni vision ni con­nais­sance poli­tique. En couliss­es, c’est madame qui tire les ficelles et donne les con­signes de vote. A l’époque, le bien-être col­lec­tif n’est sem­ble-t-il pas la préoc­cu­pa­tion majeure d’Arianna Huff­in­g­ton. D’anciens assis­tants par­lemen­taires évo­quent des men­aces », ibid.

« Con­nue pour ses com­men­taires très à droite dans la presse améri­caine, elle se con­ver­tit peu à peu aux idées pro­gres­sistes. En 2003, elle se présente en indépen­dante pour être gou­verneur de Cal­i­fornie, con­tre un cer­tain Arnold Schwarzeneg­ger. La presse révèle que la can­di­date, qui vit dans une mai­son à plusieurs mil­lions de dol­lars, n’a payé que 700 dol­lars (624 euros) d’impôts en deux ans », ibid.

« Elle met sur pied le Huff­in­g­ton Post, site d’information par­tic­i­patif mar­qué très à gauche. Le con­cept de départ est révo­lu­tion­naire : utilis­er son car­net d’adresses très fourni (notam­ment à Los Ange­les) pour faire écrire des célébrités sur l’actualité, mais aus­si s’appuyer sur un vaste réseau de blogueurs et de «jour­nal­istes citoyens» – non rémunérés. Le site, qui excelle dans le référence­ment Google, devient rapi­de­ment l’un des plus con­sultés aux Etats-Unis », ibid.

« Vision­naire, la femme d’affaires a com­pris très tôt la mon­tée en puis­sance de l’information sur Inter­net, con­traig­nant la sphère médi­a­tique à se réin­ven­ter. Oppor­tuniste, elle a su utilis­er un vivi­er de con­tribu­teurs volon­taires, leur promet­tant pour tout salaire la gloire de pub­li­er sur le «Huff­Po», ibid.

« Fon­da­trice du Huff­Post, femme d’af­faires, édi­to­ri­al­iste star, can­di­date au poste de gou­verneur en Cal­i­fornie, Ari­an­na Huff­in­g­ton a longtemps été une hyper­ac­tive ambitieuse. Mais le 6 avril 2007, elle s’ef­fon­dre, vic­time du « mal du siè­cle » : le burn-out et le manque du som­meil. Depuis, la Gré­co-Améri­caine a arrêté les mails à trois heures du matin pour se réin­ven­ter en évangéliste du som­meil », Le Point, 04/10/2017

« Ari­an­na Huff­in­g­ton a égale­ment lancé une plate­forme sur laque­lle des experts en neu­ro­sciences, des médecins, des étu­di­ants, des célébrités, comme Sele­na Gomez et Ash­ton Kutch­er, et des entre­pre­neurs, à l’image de Jeff Bezos et de Richard Bran­son, parta­gent leurs expéri­ences per­son­nelles sur la façon dont ils sont par­venus à réus­sir sans aller jusqu’à l’épuisement. A ce jour, la plate­forme revendique une com­mu­nauté de plus de 15 000 con­tribu­teurs qui touche plus de 20 mil­lions d’utilisateurs », French­web, 30/11/2017

Crédit pho­to : jdla­si­ca via Flickr (cc)

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