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Les aventures d’Arkadi Babtchenko au pays de la presse (dite) sérieuse

5 juin 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Les aventures d’Arkadi Babtchenko au pays de la presse (dite) sérieuse

L’histoire des trente dernières années regorge de fake news répercutées par des médias autoproclamés officiels, et prétendant de ce fait être vertueux. Ces médias viennent d’en donner un nouvel exemple ubuesque.

La mort et la résur­rec­tion du jour­nal­iste ukrainien Arka­di Babtchenko, observée sous l’angle à la mode des fake news, et non sous celui d’éventuels jeux de tel ou tel ser­vice secret, restera assuré­ment dans les annales de l’histoire de la dés­in­for­ma­tion, celle menée au quo­ti­di­en par des médias qui se pré­ten­dent seuls déten­teurs de la légitim­ité médi­a­tique. Par­ti­c­ulière­ment en France. Une fake news aus­si ubuesque que Timisoara (pseu­do charniers lors de la chute de Ceauces­cu en Roumanie) ou les armes de destruc­tion mas­sive présen­tées par les États-Unis devant l’ONU, toutes pro­por­tions gardées bien enten­du. La ques­tion n’est d’ailleurs pas celle de la grosseur du men­songe.

Les faits ?

Mar­di 29 mai 2018, Arka­di Babtchenko est annon­cé mort par Kiev. Il est réputé pour être l’un des jour­nal­istes russ­es par­mi les plus engagés con­tre Vladimir Pou­tine. Sa mort, assas­s­iné, ne pour­rait qu’accréditer l’idée occi­den­tale en vigueur, selon laque­lle le prési­dent russe serait un dic­ta­teur ou pire une men­ace pour la démoc­ra­tie en tant que telle, à l’échelle uni­verselle. Mais Arka­di Babtchenko est réap­paru le mer­cre­di 30 mai, bien vivant… lors d’une con­férence de presse, cela ne s’invente pas. Une con­férence de presse organ­isée par les ser­vices de sécu­rité ukrainiens. Le tout dans le cadre des ten­sions entre l’Ukraine et la Russie. Ain­si que l’écrit Fran­ce­in­fo le 1er juin 2018 : « Les jour­nal­istes sont d’abord stupé­faits, puis soulagés ». Sa mort serait une mise en scène des­tinée à pro­téger le jour­nal­iste d’une men­ace immi­nente de mort. Les ser­vices ukrainiens font donc mine que le jour­nal­iste a été « tué » (offi­cielle­ment)… pour qu’il ne meure pas. C’est la ver­sion offi­cielle. Notons qu’une pho­to du jour­nal­iste baig­nant dans « son sang » (en réal­ité du sang de cochon, selon la ver­sion ukraini­enne post-résur­rec­tion) a même été dif­fusée lors de l’annonce de son « assas­si­nat ».

Que la ver­sion du faux assas­si­nat organ­isé par des ser­vices de sécu­rité malins pour pro­téger un opposant à Pou­tine (con­sid­éré comme menant le camp du Mal ici comme ailleurs) soit véridique importe finale­ment peu, et nous n’en saurons sans doute rien avant longtemps. Par con­tre, le mode de réac­tion des médias occi­den­taux mas­sive­ment antiruss­es, sinon rus­so­phobes, et comme naturelle­ment anti Pou­tine, est révéla­teur : toute la presse européenne, et a for­tiori française, est apparue pour ce qu’elle est, une machine de pro­pa­gande capa­ble de dif­fuser une fake news de cette sorte, l’assassinat d’un jour­nal­iste opposant de Pou­tine qui n’est pas mort. Ce pour­rait être comique si cela ne tradui­sait pas la triste réal­ité con­tre-démoc­ra­tique de nos pays quo­ti­di­en­nement don­neurs de leçons en ce domaine. Et par­ti­c­ulière­ment à l’égard des médias russ­es, que l’on se sou­vi­enne de l’agacement du prési­dent Macron envers Rus­sia Today et Sput­nik, agace­ment prési­den­tiel à l’origine de la loi anti fake news en pré­pa­ra­tion du côté du gou­verne­ment français.

Des médias pris le fake dans le sac ?

Ils l’affirment, comme par exem­ple Stéphane Sio­han, cor­re­spon­dant à Kiev pour divers médias français : « On a tous com­mencé à con­tac­ter nos sources pour véri­fi­er : ses col­lègues, sa famille, des min­istères… ». Et là… Aucun doute ! Babtchenko est bel et bien mort, si bien qu’articles, Unes ou nécrolo­gies s’emballent. Quoi de plus nor­mal puisque le jour­nal­iste russe opposant à Pou­tine est mort assas­s­iné, sans doute par les méchants, com­pren­dre les russ­es, c’est sûr et cer­tain, et… de « sources » sûres (plurielles et véri­fiées, pas de doute). Finale­ment, les médias occi­den­taux sont prêts à peu douter de cette mort puisqu’il est acquis, dans leur vision du monde, que la Russie est un pays qui « assas­sine ses opposants » et que Pou­tine « est » con­tre la lib­erté de la presse. Un dogme de foi ne se met guère en doute. Fleurs, veil­lées, mémo­r­i­al en hom­mage aux jour­nal­istes assas­s­inés, la machine s’emballe à Kiev, l’Ouest enchaîne. Fake et dou­ble fake ! Babtchenko n’est pas mort et l’information est fausse. Ce qui n’empêche pas les médias français de dif­fuser une autre « infor­ma­tion », selon laque­lle la Russie menaçait (juste­ment) de l’assassiner. Accrédi­ta­tion et dif­fu­sion de fake news, on se demande ce que la loi française à venir prévoira pour ce délit…

Dans la masse médi­a­tique offi­cielle ayant relayé la fausse mort du jour­nal­iste, quelques per­les méri­tent d’être récom­pen­sées, à com­mencer par le quo­ti­di­en dit de « référence » Le Monde pour cette superbe Une.

Le quo­ti­di­en rem­porte la palme de la fake news, pas de doute. D’autant plus qu’il est daté du 31 mai 2018, autrement dit… du lende­main de la résur­rec­tion de Babtchenko. Lire Le Monde le 31 mai c’est s’informer au sujet d’un jour­nal­iste assas­s­iné dont tout le monde sait alors qu’il ne l’a pas été. Notons que Le Monde est avec Libéra­tion l’un des fers de lance de la lutte anti fake news en France. La ques­tion se pose main­tenant de l’appréciation que les rédac­tions de ces jour­naux vont attribuer à leur pro­pre tra­vail…

La preuve par Libéra­tion juste­ment : « Y a pas mort d’homme », en Une. Un dou­ble effet espéré :

  • que l’humour dégon­fle l’affaire
  • que cela appa­raisse comme une sorte de gaminer­ie sans impor­tance avec le « y a pas » des cours de récréa­tion.

Objec­tif ? Évac­uer d’un trait de Une ce fait : la propen­sion des pré­ten­dus com­bat­tants anti fake news à dif­fuser de beaux exem­ples de ces dernières, entre deux inter­pré­ta­tions très ori­en­tées du réel. Le Monde n’est d’ailleurs pas en reste en ce domaine puisque le 4 juin le quo­ti­di­en s’attache à démon­tr­er que la fausse mort de Babtchenko aurait en réal­ité était une manœu­vre per­me­t­tant de repér­er une « liste de 47 cibles d’assassinats ». Autrement dit, Le Monde pour­suit la dif­fu­sion de la pro­pa­gande de Kiev.

Que dire ? Sinon que les « rois des médias offi­ciels » sont nus ?

Bonnes consciences d’Occident toujours prêtes !

Ces deux exem­ples sont déjà ubuesques. Ils le sont d’autant plus que sur la base des « infor­ma­tions » d’assassinat, les bonnes con­sciences d’Occident se sont soulevées con­tre la tyran­nie et pour la lib­erté ! No Pas­saran et bar­ri­cades twit­ter­isées à gogos !

Pathé­tique ? Oui. Le mot est juste : ce qui reste de presse en France et ses pré­ten­dus « bonnes con­sciences » en per­ma­nence sur les écrans et dans les stu­dios sont hélas pathé­tiques. Il faut dire que l’ensemble du sys­tème médi­a­tique est forte­ment aidé pour l’être, pathé­tique. À com­mencer par l’AFP .

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Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision