Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Le pluralisme dans les médias : un point de vue allemand

22 mai 2020

Temps de lecture : 3 minutes
Accueil | Veille médias | Le pluralisme dans les médias : un point de vue allemand

Le pluralisme dans les médias : un point de vue allemand

L’opinion publique française se défie des journalistes, comme le montrent les différentes enquêtes d’opinion sur le sujet. Qu’en est-il en Allemagne ? Une de nos lectrices (que nous remercions), germanophone, a traduit un article de l’hebdomadaire conservateur allemand Junge Freiheit du 11 mai 2020, sous la signature de Boris T. Kaiser sur l’attitude du DJV, le syndicat des journalistes allemands. Les intertitres sont de notre rédaction.

Neutralité : un vœu pieux

par Boris T. Kaiser

Qu’avoir beau­coup de pou­voir génère une grande respon­s­abil­ité” est con­nu, au moins depuis les pre­mières ban­des dess­inées de Spi­der­man. On pour­rait con­seiller à l’U­nion des Jour­nal­istes Alle­mands, le DJV, de relire de temps à autre ce clas­sique de la “lit­téra­ture” triv­iale améri­caine. Le syn­di­cat des jour­nal­istes fait preuve, depuis un cer­tain temps, d’un manque de sens des respon­s­abil­ités de plus en plus fla­grant dans l’u­til­i­sa­tion du pou­voir d’in­flu­ence qu’il pos­sède sur l’opin­ion publique.

Arrogance élitiste

À la base de cette insou­ciance, que l’on peut aus­si con­sid­ér­er comme une sorte d’ar­ro­gance éli­tiste, se trou­ve vis­i­ble­ment ce sen­ti­ment de supéri­or­ité intel­lectuelle, et surtout morale, com­mun aux cer­cles de jour­nal­istes. Ce sen­ti­ment se retrou­ve dans les arti­cles quo­ti­di­ens des 33 000 mem­bres du DJV, tout comme dans les émis­sions de radio ou encore, dans ses nom­breux Tweets. Ces Tweets démon­trent claire­ment son ori­en­ta­tion rouge-vert et sont aus­si neu­tres que… (suit une com­para­i­son avec un arbi­tre de foot­ball, ayant vis­i­ble­ment favorisé un camp).

Télévision d’État et vérité officielle

La vérité, c’est ce que dis­ent les chaînes publiques de télévi­sion. Tout cela est devenu telle­ment habituel, que seuls les idéal­istes endur­cis peu­vent encore s’of­fus­quer de la perte de l’in­no­cence du jour­nal­isme, tant van­tée par les légen­des du méti­er. Oublié aus­si, le principe des anciens : “ne pas tomber dans l’é­mo­tion publique, rester calme dans les cat­a­stro­phes, sans être froid”. La pandémie du coro­n­avirus nous l’au­ra mon­tré claire­ment puisque aucun jour­nal­iste, ou presque, ne s’y tient plus.

Peut-être est-ce parce que, con­traire­ment à ce que pen­saient cer­tains de leurs prédécesseurs, les représen­tants de la télévi­sion d’État ont com­pris que cela n’é­tait pas le seul moyen pour gag­n­er la con­fi­ance des téléspec­ta­teurs et faire de la télévi­sion un “mem­bre de la famille” qu’ils allu­ment chaque soir.

Une grande par­tie de la pop­u­la­tion croit encore, même au temps d’in­ter­net, tout ce qui est annon­cé par la télévi­sion d’État, comme une vérité offi­cielle, même si cette « vérité» est annon­cée de manière com­plète­ment excitée – ou peut-être à cause de cette manière. L’U­nion des Jour­nal­istes Alle­mands n’est, en toute logique, que le représen­tant de ces jour­nal­istes et de cette forme de journalisme.

Un vœu pieux

Quand cette asso­ci­a­tion, qui selon sa pro­pre déf­i­ni­tion se veut un “mélange de syn­di­cat et d’or­gan­i­sa­tion pro­fes­sion­nelle”, souligne sur son site inter­net son “indépen­dance poli­tique” et son “engage­ment pour la lib­erté d’opin­ion et de la presse”, on est en droit de s’at­ten­dre à ce que ces principes soient respec­tés, ne serait-ce qu’au min­i­mum. Mais même ce min­i­mum, dans les Tweets du syn­di­cat, reste un vœu pieux.

Au lieu de se bat­tre pour une vraie lib­erté d’opin­ion et de la presse, le DJV se faisant le représen­tant des médias étab­lis et de la poli­tique, les rejoint dans leur com­bat con­tre les soit-dis­ant “fake news” ou les dis­cours pré­sumés haineux que l’on trou­ve sur internet.

Le syn­di­cat va plus loin et se pose même en gar­di­en de Twit­ter, dénonçant les Tweets poli­tique­ment incor­rects pour se réjouir ensuite de leur dis­pari­tion, se moquant de toute per­son­ne osant s’é­ton­ner d’un tel com­porte­ment de la part d’un groupe­ment de jour­nal­istes qui revendique son engage­ment pour la lib­erté d’opin­ions. (suiv­ent des liens vers des exem­ples de tweets du DJV).

Dénonciation d’usager

Vis­i­ble­ment d’humeur “chas­ser­esse”, le respon­s­able Twit­ter du DJV, con­sid­érant prob­a­ble­ment le jour­nal­isme comme une forme de tutelle des lecteurs devant les pro­téger devant un si grand choix d’idées et d’opin­ions, n’a pas hésité à met­tre au car­can un usager, don­nant jusqu’au lien vers son employeur, et à le dénon­cer à la police. Juste pour son édu­ca­tion, s’en­tend. (lien vers le tweet en question).

Publicité

Derniers portraits ajoutés

Michel Cymes

PORTRAIT — “Ani­ma­teur préféré des téléspec­ta­teurs” plusieurs années durant, le doc­teur Michel Cymes est une star de la vul­gar­i­sa­tion médi­cale, que ce soit sur le petit écran ou à la radio. Il est à nou­veau sur le devant de la scène à l’oc­ca­sion de l’épidémie de coronavirus.

Bernard de la Villardière

PORTRAIT — Bernard de la Vil­lardière, né Bernard Berg­er de la Vil­lardière, est un jour­nal­iste et ani­ma­teur de télévi­sion et de radio français. Né en mars 1958 au Rheu, dans le départe­ment d’Ille-et-Vilaine en Bre­tagne, il a trois frères et est désor­mais père de qua­tre enfants.

Alexis Orsini

PORTRAIT — Alex­is Orsi­ni traque les dés­in­for­ma­teurs tous azimuts pour 20 Min­utes. Il se dis­tingue régulière­ment par son manque de scrupules dans la véri­fi­ca­tion des faits et sa célérité à point­er du doigt l’extrême-droite, comme nom­bre de ses confrères

Ruth Elkrief

PORTRAIT — Par­ti­sane d’une droite libérale lib­er­taire et mod­érée, Ruth Elkrief a tou­jours affiché une détes­ta­tion du Front nation­al. Elle défend vigoureuse­ment les droits de l’homme en France, et ceux du sion­isme en Israël.

Franz-Olivier Giesbert

PORTRAIT — Celui qui a quit­té début 2014 la direc­tion du Point a passé sa vie dans une ambiguïté toute assumée avec philoso­phie, jonglant entre la droite et la gauche, entre la cam­pagne et la ville, entre les chèvres et le Siè­cle, entre l’indépendance et la con­nivence. FOG, c’est la schiz­o­phrénie réfléchie.