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Pub­lié le 10 février 2020 | Éti­quettes :

Le Monde broie du noir

Aux sons des tambours de l’ouverture multiculturelle, le quotidien Le Monde intègre de plus en plus souvent d’étonnantes conceptions dans ses pages, post-coloniales à souhait, autrement dit militantes. Exemples racialistes glanés au fil des lectures.

Le Monde ou le racisme ordinaire inversé ?

Rien de plus mou comme science que ces pans entiers des sciences sociales auxquelles Le Monde accorde un crédit démesuré, des « études de genre » aux théories post ou dé-coloniales. Ces conceptions militantes de la réalité s’affirment comme des vérités, et considèrent - pour ce qui est du post-colonialisme - que la situation vécue des anciens peuples colonisés serait toujours une situation coloniale et, en même temps, que le champ des sciences sociales aurait entièrement été construit lui aussi de façon colonialiste, ne tenant pas compte des peuples, automatiquement assimilés à des victimes. Il veulent donc non pas étudier historiquement des faits mais déconstruire ceux qui l’auraient été par « l’homme blanc ». C’est cela qui apparaît fréquemment dans Le Monde, non plus uniquement dans le cadre de tribunes universitaires, mais dans les choix de la rédaction.

Le 13 janvier 2020, Le Monde s’intéresse aux Oscars

Le titre et l’accroche sont d’un rare racialisme, lequel entraînerait de facto des réactions indignées et sans doute des procès si les mêmes mots étaient employés à propos de personnes noires de peau :

« Oscars 2020 : des nominations toujours aussi masculines, un tout petit peu moins blanches grâce à « Parasite »

Des films sur des hommes et réalisés par des hommes dominent la course aux statuettes américaines, dévoilée lundi. »

Passons sur l’obsession d’une parité censée remplacer le talent des uns et des autres comme des unes et des autres, le talent n’attendant de fait rien de la biologie, pour insister sur cet extrait du titre : « un tout petit peu moins blanches grâce à Parasite ».

Les médias dits de droite, l’OJIM même parfois, certains courriers de lectrices en attestent, sont parfois accusés de pointer du doigt des communautés humaines du fait de leur couleur de peau. Sans doute ce même pointage a-t-il été fait par les antiracistes habituels au sujet de ce titre ? Que dit Le Monde ? Il y a un peu moins de « blancs » parmi les nommés aux Oscars : la couleur de la peau d’une personne qualifie et caractérise donc ces personnes ?

C’est la définition même du racisme.

Et que dire de cette affirmation selon laquelle l’atténuation de la présence « blanche » serait le fait de la nomination d’acteurs du film Parasite, autrement dit d’asiatiques.

Ils sont de quelle couleur, donc ? « Jaunes » ? « Noirs » ? « Rouges » ? « Jaunes », dans l’esprit des journalistes du Monde, visiblement.

Ainsi, Le Monde, grand guerrier antiraciste devant l’éternel ne peut s’empêcher de caractériser les humains selon leur couleur de peau. À ce jour, l’OJIM n’a pas entendu qu’une action ait été entreprise par la justice ou qu’un membre du gouvernement se soit offusqué.

Dix jours avant, Le Monde trouvait déjà qu’il fallait mettre un peu plus de noirs

Le 2 janvier 2020, un entretien avec Stéphane Martin, patron du Musée du Quai Branly, en passe de quitter ses fonctions, est fortement mis en avant, avec ces accroches :

« Le patron du Quai Branly : « Je souhaite que le musée se colorise, nous sommes trop blancs ». Stéphane Martin est le président de l’établissement parisien depuis sa création, en 1998. Alors qu’il quittera ses fonctions le 4 janvier, il dresse un inventaire de la vie du musée. »

Il est inimaginable d’imaginer une autre phrase, sur un autre sujet, par exemple le quartier de La Chapelle à Paris, du type : « Je souhaite que le quartier se colorise, nous sommes trop noirs ». Pas de doute, Le Monde ferait sa Une contre l’auteur d’une telle phrase, tout comme l’immense majorité des médias convenus, l’Etat et ses ministres réagiraient, chacun évoquerait le racisme ordinaire.

Là, pas de réaction : le racisme anti-blanc ordinaire n’existe pas. Il n’est de racisme qu’envers les autres couleurs de peau. C’est que le blanc lui-même n’existe pas, donc circulez il n’y a rien à voir ni à dire. Pourtant, dire et répercuter tranquillement au sujet du personnel d’un musée national que « nous sommes trop blancs », ce sont à l’évidence des propos racistes.

Un peu avant, c’est Noël

Le 24 décembre. Tous les dix jours, en somme, Le Monde !?

L’article porte cette fois sur :

« Découvrir les Afriques à Paris, et rendre visible une histoire méconnue
L’offre touristique s’est étoffée ces dernières années pour faire revivre l’apport déterminant à l’histoire de France de nombreuses personnalités noires. Suivez le guide. »

On insiste sur le fait que les « touristes » mêlent noirs et blancs mais que le guide est noir : « Durant deux heures, Kévi Donat va raconter un Paris méconnu, ignoré des manuels scolaires et des circuits classiques : une histoire des Noirs de France et d’ailleurs qui ont marqué leur époque et dont la mémoire, faute d’être transmise, s’est presque perdue. »

Forcément, on ne va pas être racistes au point d’envisager qu’un blanc puisse guider des noirs dans Paris, à la recherche de ceux qui auraient fait la ville lumière. A propos du Panthéon, un exemple du ton du Monde sur ces sujets :

« Il faudra attendre cinquante-trois ans, poursuit Kévi Donat, pour voir entrer en 2002 une deuxième personnalité d’ascendance noire : Alexandre Dumas. L’auteur du Comte de Monte-Cristo, des Trois Mousquetaires et de La Reine Margot, mort en 1870, était le petit-fils d’une esclave de Saint-Domingue. Un « quarteron », explique le guide, qui ne résiste pas à l’envie de rappeler que l’écrivain a été incarné à l’écran en 2009 par le blond Gérard Depardieu. « Un bel exemple de blanchiment de l’histoire », s’amuse-t-il. Le public éclate d’un même rire. Ce détail de l’Histoire dit tout : comment rendre à nouveau visibles ces personnalités qui ont aussi fait le monde contemporain ? »

Il ne vient à l’idée de personne de se demander de quelle culture, de quelle ethnie, de quelle origine, Dumas se revendiquait. De toutes les façons, il fut sans doute un noir opprimé par le patriarcat blanc. Ce qu’omettent de dire Le Monde, et le guide, c’est que l’histoire des noirs de France, et en particulier celle de l’esclavage, n’est pas du tout occultée par l’Éducation Nationale, quelle occupe même une grande place, démesurée oseraient certain, dans les programmes et les manuels scolaires, par exemple de 4e : chacun pourra vérifier de lui-même.

Blanchiment et noirciment

Reste que Le Monde ne semble pas choqué par l’expression « blanchiment de l’histoire ». Qu’en serait-il si quelqu’un évoquait le « noirciment » du quartier de La Chapelle à Paris ou de certaines villes préfectorales de Province ? Couverture médiatique, Unes des journaux et dénonciation d’une remontée du racisme, sans aucun doute, avec réédition en urgence et diffusion dans toutes les écoles maternelles de l’opus de Stéphane Hessel, Indignez-vous !

À propos de l’enseignement, le quotidien ex « de référence » (on ne rit pas au fond du bus), ose ce mensonge digne des plus belles fake news :

« L’Afro-Américaine Monique Wells, « créole de Louisiane », qui a lancé Entrée to Black Tours à Paris en 1999, confirme : « C’est vraiment la demande qui m’a décidée à bâtir des circuits qui raniment tous ces destins croisés. » Un regard que partage la pionnière Julia Browne. La Canadienne, afrodescendante, a conçu il y a vingt-cinq ans les premiers « Black tours » à Paris avec Walking the Spirit Tours, retissant le lien entre les diaporas anglophone et francophone : « Il faut que ces pans de l’histoire parviennent à tous, dans toute leur complexité et leur richesse parce qu’ils ne sont toujours pas enseignés à l’école. »

Les programmes et les cours de Français, d’Histoire, d’Arts plastique, de Musique, d’éducation civique sont multiculturels à souhait, à tel point que plus aucun écolier ou élève ne sait qu’il a peut-être, nous disons bien peut-être, des racines celtes et chrétiennes ?

Vient ensuite la raison d’être de l’article, car il ne s’agit pas de raconter simplement un fait mais de militer :

« Vincent, magistrat de 38 ans, abonde : « En France, on croit en toute bonne foi qu’on n’est pas raciste, que la République accepte tout le monde. Mais la condition des Noirs ici est faite de micro-agressions, de micro-discriminations invisibles pour nous. Il faut qu’ils soient enfin entendus. » Comme en écho, deux des visiteuses refusent avec une colère à peine contenue de s’exprimer, témoignant par ce mutisme que la blessure d’une histoire écrite par les vainqueurs reste vive. »

Il y a du vrai dans ces propos : dans nombre de collèges et lycées de France, sans doute la majorité, bien des réalités sont tues et ceux qui rasent les murs pour survivre ne sont pas nécessairement ceux que Le Monde croit. Mais comme il ne viendrait pas à l’idée d’enquêter sur des choses qui n’existent pas… Il y a qu’un type de victimes, ce sont des victimes noires.

Militant, Le Monde ?

« Mais Jacqueline Ngo Mpii voit plus loin et a développé un programme, Griots New Generation, pour former de futurs guides en France et sur le continent africain afin de développer une offre touristique « là-bas », où ces histoires doivent aussi être racontées, parce que « la jeunesse africaine », de France ou d’ailleurs, « doit avoir des modèles auxquels s’identifier ». « Aujourd’hui, il n’est plus question qu’on nous enlève l’une ou l’autre part de notre identité, analyse-t-elle. Nous sommes la génération de l’affirmation et de la célébration de notre double culture. » Pour écrire l’histoire de demain. »

Un militantisme racialiste qui ne semble offusquer aucune autorité ni aucune ligue antiraciste. Pire, Le Monde favorise une réécriture de l’Histoire dans un sens militant et négateurs de réalité. Sans mauvais jeu de mots, s’il y a un blanc du discours, c’est celui de l’oubli du réel.

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Claude Chollet
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