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Pub­lié le 22 janvier 2015 | Éti­quettes : ,

La « liberté d’expression » française vue des États-Unis

Les États-Unis sont perplexes face à notre conception élastique de la liberté d’expression…

Après une vague d'émotion sans précédent, la France est désormais rattrapée par la réalité de cette fameuse « liberté d'expression » que l’on brandit depuis les attentats de Charlie Hebdo.

Car au moment même où l’on criait dans les rues son attachement à cette liberté d’expression, des dizaines de Français étaient emprisonnés… pour avoir exprimé une opinion ! Une réalité sur laquelle les médias de l'hexagone n’ont pas insisté mais qui n'aura pas échappé aux observateurs américains. Il faut dire que la liberté d’expression Outre-Atlantique n’a pas grand-chose à voir avec la française. En vertu du 1er amendement, celle-ci est pleinement garantie, et quasiment sans limite. La propagande nazie n'est, par exemple, pas interdite. Il est donc difficile de comprendre qu’un individu puisse se retrouver en prison pour avoir écrit « Je suis Kouachi » sur une pancarte…

En France, le concept de liberté d'expression est bien plus restrictif, mais il est surtout plus flou. Certaines provocations sont permises, d’autres interdites, mais en vertu de quoi ? On a souvent l’impression désagréable que c’est le seul parti-pris idéologique du pouvoir en place qui fixe la limite. En témoigne le deux-poids-deux-mesures entre le traitement réservé aux caricaturistes de Charlie Hebdo et celui réservé à l'humoriste Dieudonné placé en garde à vue et conduit en correctionnelle pour « apologie du terrorisme » au lendemain de la grande manifestation pour la liberté d’expression. Son crime ? Avoir déclaré sur Facebook, qu'il se sentait « Charlie Coulibaly » – une blague bête et méchante dans le pur esprit Charlie, qui fait soudain de lui l'égal d'un terroriste.

Sur Fox News, l'ancien juge Andrew Napolitano s'étonne : « Vous pouvez aller en prison pour avoir pris la parole et défié le gouvernement. Le week-end dernier, des millions de gens en France arboraient des slogans proclamant : "Je suis Charlie". Ceux qui proclamaient "Je ne suis pas Charlie" ont été intimés par la police de les enlever. Ceux dont les slogans proclamaient, soit de façon satirique soit dans un but haineux, "Je suis Kouachi" ont été arrêtés. » Et celui-ci de s'inquiéter que l'on puisse être « arrêté pour un discours dans une marche en soutien à la liberté d'expression »...

De son côté, le site libertarien Reason.com juge que la conception française du droit à l'expression est on ne peut plus contre-productive. « Tout discours rendu pénalement tabou prospérera dans l'ombre au lieu d'être réfuté et ridiculisé de manière ouverte. Vous êtes alarmé par l'infâme quenelle de Dieudonné ? Mais réalisez-vous combien elle va prospérer si l'humoriste est mis derrière les barreaux ? » s'interroge-t-il.

Et Jacob Sullum, l'auteur de la tribune, de poursuivre : « Au lieu de faciliter la censure, un gouvernement véritablement engagé dans l'ouverture du débat sur la liberté d'expression devrait établir clairement que d'offenser les musulmans (ou n'importe quel autre groupe religieux) n'est pas un crime. »

Dans le « Daily Show », l'humoriste vedette Jon Stwart a également réagi au sujet de Dieudonné. « Ne vous méprenez pas. Le post Facebook de ce gars était méprisable, a déclaré le satiriste américain. Mais n'est-ce pas pour ça que le bouton "retirer de la liste des amis" est fait ? », a-t-il questionné. Moquant les 54 mises en examen pour apologie du terrorisme qui se sont produites récemment en France, celui-ci ajoute, avec ironie : « Je Suis Confused ! »

Même le journaliste Glenn Greenwald, connu pour avoir publié les révélations d'Edward Snowden, a apporté son grain de sel. Sur son compte Twitter, celui-ci a publié une image montrant le texte « #JeSuisDieudonne » avant d'appeler « tous les défenseurs de la liberté d'expression des pays Occidentaux » à poster ceci « en signe de solidarité ».

Résumant bien l'affaire, la conservatrice Veronique de Rugy écrit : « Le gouvernement français et la plupart des Français croient en la liberté d'expression, sauf pour tout discours qu'ils estiment ne pas devoir être permis ». Autrement dit, ils n’y croient qu’à moitié…

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