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Fin du « vivre ensemble », L’Express redescend sur Terre

8 octobre 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Fin du « vivre ensemble », L’Express redescend sur Terre

Une rumeur bruisse dans les salles de rédaction autant que dans certains cabinets ministériels de pays européens encore et provisoirement sous gouvernance libérale culturelle : le vivre-ensemble ne fonctionnerait pas. Non ? Si. Et c’est L’Express qui vient de découvrir l’eau chaude.

Fin du « vivre ensemble », L’Express redescend sur Terre Ceci, peu avant que Gérard Col­lomb, jusque-là grand offici­er du Maître des hor­loges, n’en fasse publique­ment l’aveu en pas­sant ses pou­voirs de min­istre de l’intérieur à son pre­mier min­istre, Édouard Philippe.

Une sit­u­a­tion inédite qui pour­rait par­fois rap­pel­er, les libéraux cul­turels et lib­er­taires dom­i­nant les médias le sig­na­lent régulière­ment, les fameuses années 30 : la sit­u­a­tion de décrépi­tude poli­tique ne peut qu’inquiéter des salles de rédac­tion qui n’ont pas été pour peu dans l’élection du « nou­veau monde » d’Emmanuel Macron.

Retour au réel ou tactique provisoire ?

Ce que traduit cette démis­sion, et qui bruisse dans les salles de rédac­tion, à l’image de celle de L’Express daté du 26 sep­tem­bre 2018, c’est le sim­ple retour de la réal­ité : en effet, le vivre ensem­ble ne fonc­tionne pas. Et ce n’est pas nou­veau. Ce qui l’est, c’est que les adeptes de ce qui a pu être appelé « la reli­gion du mul­ti­cul­tur­al­isme » s’en aperçoivent. La chose est assez sur­prenante pour être inter­rogée. Est-ce une prise de con­science réelle ?

Auquel cas, ceux qui vivent con­crète­ment le « vivre ensem­ble » au quo­ti­di­en, dans leur immeu­ble, leur quarti­er, leur ville ou l’école de leurs enfants, ne peu­vent que s’en réjouir. Ils attendaient cela depuis de longues années. Ou est-ce plutôt la prise de con­science que, sans un infléchisse­ment devant cette prob­lé­ma­tique du vivre ensem­ble, les gou­ver­nances médi­a­tiques et poli­tiques (sou­vent imbriquées) ris­queraient de per­dre la main dès les élec­tions européennes de 2019, poussées à la porte par l’élan des poli­tiques menées par un Salvi­ni ou un Orban ? Auquel cas, il s’agirait d’une nou­velle tac­tique pour con­serv­er un pou­voir insti­tu­tion­nel et médi­a­tique de plus en plus mori­bond. Ce qui à terme ris­querait d’être dévas­ta­teur tant les peu­ples européens parais­sent avoir soupé du dou­ble dis­cours des oli­garchies en place.

Notons que le ques­tion­nement quant à l’échec ou non du vivre ensem­ble survient en pleine polémique autour d’Éric Zem­mour, lequel lance livre après livre l’alerte sur les dan­gers que l’échec évi­dent du vivre ensem­ble et du mul­ti­cul­tur­al­isme fait peser sur l’existence même de la France. On peut voir dans la vio­lence épi­der­mique de la réac­tion con­tre les pro­pos de Zem­mour (con­cer­nant le rôle inté­gra­teur du choix d’un prénom français pour un enfant issu de l’immigration, sim­ple con­stat de bon sens, longtemps accrédité dans la vie con­crète) un révéla­teur de ce même échec.

À l’évidence, des pop­u­la­tions eth­nique­ment et religieuse­ment iden­ti­fiées n’ont pas dans l’idée de faire corps avec la France mais plutôt d’assimiler le pays qui les a accueil­lis à des cul­tures exogènes, aux mœurs éloignées de l’habitus européen. C’est juste­ment cela que mon­tre le dossier de L’Express.

Le vivre ensemble, on n’aime plus ça à L’Express ?

C’est même « La fin du vivre ensem­ble » dans « La France des com­mu­nau­tarismes ». Il y a quelques années, une telle accroche eut été lue en Une de Minute. Pire, la cou­ver­ture annonce trois thèmes : « Com­ment le mod­èle français dis­paraît » ; « Sar­celles, lab­o­ra­toire du séparatisme » ; « La mon­tée de l’antisémitisme de voisi­nage ». Le quidam qui croise cette Une et lit ensuite les pages de L’Express ne peut que se dire « enfin ! », puis… « Mince, espérons qu’il ne soit pas trop tard… ».

Du coup que lit-on dans les pages de ce dossier, dont il faut avec déon­tolo­gie recon­naître le bien fondé ?

  • La prise de con­science est claire : « La respon­s­abil­ité des poli­tiques de gauche comme de droite, qui ont lais­sé des quartiers et des villes entières se ghet­toïs­er sous l’effet d’une con­cen­tra­tion des com­mu­nautés, au fil des immi­gra­tions suc­ces­sives, la dernière vague chas­sant la précé­dente, est acca­blante. » l’article évoque « la par­ti­tion » et « la France des ghet­tos » comme une réal­ité évi­dente, ain­si que « l’impensé démo­graphique », autrement dit… la théorie du Grand Rem­place­ment, sans oubli­er d’accuser « l’institution », impuis­sante, d’avoir acheté la paix sociale par clien­télisme, puis d’avoir capit­ulé devant les com­mu­nau­tarismes issus des migra­tions et l’évidence que la paix sociale n’existerait pas.
  • Le sec­ond arti­cle s’intéresse à Sar­celles, ancien fleu­ron du « creuset répub­li­cain », devenu sym­bole de la « par­ti­tion du ter­ri­toire entre com­mu­nautés » vivant face à face, et sin­gulière­ment de la mon­tée d’un islamisme rad­i­cal peu enclin à accepter la présence juive ou chré­ti­enne. Sar­celles ? C’est plus de 80 nation­al­ités… Ce qui a changé ? Le dou­ble­ment de la pop­u­la­tion immi­grée en 30 ans, avec « l’arrivée mas­sive de familles nom­breuses d’Afrique noire ». Sar­celles ? Une « ville sec­torisée en ghet­tos eth­niques ». La peur s’est instal­lée et « les pop­u­la­tions sont prêtes à tout pour ne pas partager les mêmes cages d’escaliers ». Sans compter la présence étouf­fante de la rad­i­cal­i­sa­tion islamiste. L’article pointe aus­si le rôle de la munic­i­pal­ité qui favorise et finance les com­mu­nau­tarismes.
  • Suit un entre­tien avec Jérôme Four­quet, directeur du départe­ment opin­ions de l’IFOP, qui s’interroge sur « qui est majori­taire » dans les zones de con­tact entre com­mu­nautés. Pour lui, la France n’est plus une république mais « une société d’archipel », un pays « atom­isé ».

Un dossier à la fois très intéres­sant et révéla­teur. Intéres­sant en ce qu’il décrit de façon sérieuse et déon­tologique la réal­ité. Autrement dit, ce dossier est un véri­ta­ble tra­vail jour­nal­is­tique. Révéla­teur aus­si, en ce que la sim­ple exis­tence d’un dossier de cette nature dans L’Express traduit l’urgence dans laque­lle la France se trou­ve. Qu’un heb­do­madaire comme L’Express annonce la fin du vivre ensem­ble et pointe (enfin) l’impossibilité du mul­ti­cul­tur­al­isme, pour­rait sig­ni­fi­er que la ligne rouge a déjà été franchie, que la sit­u­a­tion est déjà trop inten­able pour empêch­er la ou les par­ti­tions. Notons qu’il y a quelques années ce dossier eut sans doute valu une volée de bois vert médi­a­tique à L’Express et sans doute l’hebdomadaire aurait-il alors été accusé de faire le jeu de l’extrême droite. Prochaine étape dans L’Express, un dossier sur la néces­sité et les bien­faits de la préférence européenne ? A suiv­re.

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