Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Farid Ikken : accepté, accompagné et défendu par son directeur de thèse

29 juillet 2017

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Farid Ikken : accepté, accompagné et défendu par son directeur de thèse

Farid Ikken : accepté, accompagné et défendu par son directeur de thèse

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 10/06/2017]

« Le danger pour notre société, ce n’est pas Éric Zemmour mais Farid Ikken qu’Arnaud Mercier a accepté, accompagné et défendu ». Entretien avec le web journaliste Christopher Lannes.

Il y a quelques jours, Christo­pher Lannes, jour­nal­iste indépen­dant, pub­li­ait une vidéo dans laque­lle il révélait com­ment Arnaud Merci­er, le directeur de thèse du dji­hadiste de Notre-Dame qui aujour­d’hui tombe des nues face au pas­sage à l’acte de son ancien élève, l’avait recalé à l’o­ral en 2011 pour des raisons idéologiques. L’O­jim a souhaité en savoir plus.

Mes­sage à Arnaud Merci­er, directeur de thèse du ter­ror­iste de …

? Le jour où le directeur de thèse de l’is­lamiste de Notre-Dame m’a refusé en Licence Pro ?

Post­ed by Christo­pher Lannes on Thurs­day, June 8, 2017

 
Pou­vez-vous nous rap­pel­er le con­texte de votre ren­con­tre avec Arnaud Merci­er, le directeur de thèse du ter­ror­iste de Notre-Dame ?

J’é­tais étu­di­ant en licence Info­com (Infor­ma­tion & Com­mu­ni­ca­tion) à l’U­ni­ver­sité de Metz de 2009 à 2012. Arnaud Merci­er était mon pro­fesseur de Com­mu­ni­ca­tion poli­tique. C’é­tait l’un de mes meilleurs pro­fesseurs. Il savait don­ner vie à ses cours, les ren­dre drôles et per­ti­nents. Rien à redire de ce côté-là. À l’époque, je n’avais aucune idée de ses ori­en­ta­tions poli­tiques, et cela m’im­por­tait peu.

Bien que venant d’un Bac pro­fes­sion­nel, j’ai validé mes deux pre­mières années de Licence avec une moyenne tout à fait respectable. C’est alors que M. Merci­er nous a annon­cé la créa­tion d’une Licence pro­fes­sion­nelle dédiée au web-jour­nal­isme, la pre­mière de France, sous sa direc­tion. J’é­tais évidem­ment très intéressé par ce pro­jet, auquel j’ai donc pos­tulé. Nous étions en 2011.

Com­ment se sont déroulées les épreuves ?

Il s’agis­sait d’épreuves en deux temps : un écrit, un oral. J’ai passé l’écrit avec suc­cès, puis est venu le moment déli­cat de l’o­ral, devant un jury présidé par M. Merci­er. Je me suis présen­té face à eux et j’ai répon­du à leurs ques­tions. J’ai expliqué ma vision du jour­nal­isme, du web-jour­nal­isme, et des évo­lu­tions numériques. Tout se pas­sait bien jusqu’à ce que M. Merci­er me pose une ques­tion à laque­lle je n’avais pas réfléchi : « Quel est votre mod­èle de jour­nal­isme ? »

Un peu pris au dépourvu, j’ai néan­moins répon­du Éric Zem­mour. À l’époque, je le suiv­ais avec délice dans « On n’est pas couché » sur France 2, ain­si que dans le Figaro. Il incar­nait pour moi un cer­tain jour­nal­isme à la française, un jour­nal­iste de plume, engagé et hon­nête, et cela me plai­sait. Aujour­d’hui encore, il reste ma référence con­tem­po­raine, et j’as­sume pleine­ment d’avoir for­mulé cette réponse.

Pour­tant, lorsque j’ai pronon­cé inno­cem­ment son nom, j’ai vu les vis­ages des mem­bres du jury se décom­pos­er, ain­si que celui d’Ar­naud Merci­er. J’ai ensuite été cuis­iné sur mes opin­ions poli­tiques, et traité tout à fait dif­férem­ment. On m’a demandé si j’é­tais proche du Front Nation­al, si je n’é­tais pas venu ici pour faire du mil­i­tan­tisme… Finale­ment, je n’ai pas été accep­té, sans grande sur­prise.

Pour vous, les raisons de votre non-sélec­tion sont donc idéologiques ?

Je le pense. Je n’i­rais pas jusqu’à l’af­firmer et le présen­ter comme vérité incon­testable, mais aucun doute que cela a forte­ment joué dans le cal­cul. Je n’in­vente rien. J’ai vu leur vis­age, leur expres­sion, et je n’ai eu qu’à con­stater qu’à par­tir de cet instant, l’au­di­tion s’est trans­for­mée en inter­roga­toire poli­tique, comme au bon vieux temps de l’u­nion sovié­tique. Nul doute que si j’avais répon­du « Edwy Plenel », per­son­ne ne m’au­rait sus­pec­té de la moin­dre idéolo­gie mil­i­tante. Et pour­tant, il y aurait eu à redire, là-aus­si.

J’ai donc pour­suivi en L3 info­com. Plus tard, ce même pro­fesseur est venu nous expli­quer qu’il avait sélec­tion­né, pour sa licence pro, une ving­taine d’é­tu­di­ants « de tous hori­zons », insis­tant lour­de­ment sur le fait qu’il avait « même pris un villepin­iste » ! Ren­dez-vous compte… Quoi qu’il en soit, j’ai con­tin­ué mon année nor­male­ment avant d’ar­rêter et de quit­ter l’u­ni­ver­sité, de mon pro­pre gré, pour me diriger vers le jour­nal­isme indépen­dant.

Ce n’est que bien plus tard, en 2016, que je suis tombé sur un arti­cle de M. Merci­er dans lequel il ser­mon­nait France 5, qui avait eu l’outre­cuid­ance de recevoir Éric Zem­mour dans « C à vous ». Pour Arnaud Merci­er, l’écrivain véhicule une parole de haine, et n’a donc pas sa place sur le ser­vice pub­lic… Par ailleurs, il s’est empressé, sur Twit­ter, de sig­naler son arti­cle aux islamistes de l’UOIF…

Cela n’a pas man­qué de me rap­pel­er des sou­venirs, et de me faire pren­dre con­science qu’après avoir pronon­cé son nom lors de cet oral, la déci­sion était pliée. J’ai peut-être été naïf, à l’époque, mais j’ai été hon­nête et je n’ai pas à rou­gir de cela.

Merci­er met votre témoignage à charge sur le compte de l’ai­greur…

Ce n’est pas un témoignage à charge, ce sont des faits. On peut juger que je n’ai pas été sélec­tion­né pour d’autres raisons, mais ce qui s’est passé durant cette audi­tion est bien réel.

Deux­ième­ment, je n’ai aucune aigreur. J’ai quit­té l’u­ni­ver­sité de mon pro­pre gré, avec une bonne moyenne, et je pense qu’il en aurait été de même si j’avais été accep­té. Ce qui s’est passé ce jour-là est le sym­bole de tout ce que j’ai fui. Aujour­d’hui, le milieu uni­ver­si­taire est entière­ment dans les mains d’en­seignants mil­i­tants partageant un logi­ciel de gauche. Les écoles de jour­nal­isme n’échap­pent pas à la règle. Il suf­fit de se ren­seign­er sur les inten­tions de vote dans la pro­fes­sion.

Si j’avais inté­gré cette licence, cela aurait été au prix de mon indépen­dance d’e­sprit. Je suis très fier de mon par­cours et de là où je suis arrivé aujour­d’hui. Plutôt que d’être pigiste à France 3 Régions, ou chômeur de longue durée, je suis aujour­d’hui au cœur du web-jour­nal­isme, le vrai, et par­ticipe pleine­ment à ce qu’on appelle la « réin­fos­phère » (« fachos­phère », dirait M. Merci­er). C’est donc sans regrets et sans rancœur aucune que j’ai livré ce témoignage, ren­du néces­saire par l’ac­tu­al­ité.

Après le pas­sage à l’acte de Farid Ikken, son ancien élève, Arnaud Merci­er sem­ble tomber de haut. Cela vous étonne ?

Nulle­ment. Cette réac­tion est tout à fait naturelle pour ces gens qui vivent dans une bulle idéologique, où la grande men­ace pour la société s’in­car­ne dans une extrême-droite fan­tas­mée. Lors de mon audi­tion, j’ai sans doute été cat­a­logué comme tel. Mais je n’ai pas men­ti ; Farid Ikken, lui, a men­ti. On ne se réveille pas un beau matin avec l’idée de com­met­tre un atten­tat ter­ror­iste. Il faut des bases, que M. Merci­er n’a pas sus­pec­tées lorsqu’il a fait venir cet étu­di­ant algérien de 40 ans.

Ce que j’ai voulu lui expli­quer, dans ma vidéo coup de gueule, c’est que le dan­ger pour notre société, ce ne sont ni les gens comme moi, ni Éric Zem­mour. Ce sont les gens comme Farid Ikken qu’ils ont accep­tés, accom­pa­g­nés et défendus. Et qu’ils défend­ent encore, comme quand M. Merci­er nous explique que le dji­hadiste de Notre-Dame était « doux comme un agneau ». Me con­cer­nant, six ans plus tard, je n’ai fait sauter aucune bombe, je n’ai tiré sur per­son­ne à la kalach­nikov et je n’ai attaqué aucun polici­er à coup de marteau. Mais dans l’e­sprit de ces uni­ver­si­taires coupés des réal­ités, je suis un dan­ger qu’il con­vient de met­tre sur la touche, d’isol­er.

Merci­er con­sid­ère que je suis aigri et que je con­fonds mil­i­tan­tisme et jour­nal­isme. Il suf­fit de lire ses arti­cles, et de regarder son fil Twit­ter, pour se ren­dre compte de la supercherie. N’en déplaise à ce mon­sieur, le véri­ta­ble web-jour­nal­isme indépen­dant, aujour­d’hui, c’est nous.

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Nicolas Beytout

PORTRAIT — Groupe de Bilder­berg, Le Siè­cle, Medef, Com­mis­sion Tri­latérale, ami intime de Nico­las Sarkozy, petit-fils de l’ancienne pro­prié­taire des Échos, Nico­las Beytout est LE porte-voix de la pen­sée unique mon­di­al­iste dans les médias.

Sonia Devillers

PORTRAIT — Née le 31 jan­vi­er 1975, Sonia Dev­illers est la fille de l’architecte Chris­t­ian Dev­illers. Jour­nal­iste sur France Inter, anci­enne du Figaro, elle s’occupe de cul­ture et des médias sur le ser­vice pub­lic et est en même temps la voix de la bobosphère, tou­jours prête à pour­fendre les « fachos » de Valeurs Actuelles et à offrir un refuge com­plaisant à Aude Lancelin, patronne d’un Média en pleine tour­mente.

Laurent Ruquier

PORTRAIT — Lau­rent Ruquier est né le 24 févri­er 1963 au Havre (Seine-Mar­itime). Tour à tour ani­ma­teur, présen­ta­teur, humoriste, pro­duc­teur et directeur de théâtre, Lau­rent Ruquier est omniprésent dans le Paysage audio­vi­suel français (PAF).

Michel Denisot

PORTRAIT — Michel Denisot est né en avril 1945 à Buzançais en Indre, il est jour­nal­iste, pro­duc­teur et ani­ma­teur de télévi­sion, il a égale­ment été prési­dent de deux clubs de foot­ball français.

Laetitia Avia

PORTRAIT — Laeti­tia Avia : « Kara­ba la sor­cière, pourquoi es-tu si méchante ? » Née en 1985 à Livry-Gar­gan de par­ents togo­lais, Laëti­tia Avia a con­nu le par­cours qui fait l’orgueil d’une République s’efforçant pénible­ment de main­tenir un sem­blant d’apparences méri­to­cra­tiques.