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Pub­lié le 9 juin 2018 | Éti­quettes : ,

Europe 1 : parti pris et diffamation sous couvert d’humour

Dans les médias officiels français, on se targue de défendre la diversité d’expression. Cette prétention est déjà en soi humoristique. Mais on prétend aussi la défendre par des humoristes. Quand l’humour devient militantisme, cela se passe aussi sur Europe 1.

Il y a belle lurette que tout observateur des médias du système s’est rendu compte du caractère militant des humoristes présents sur les ondes, en particulier sur France Inter. Une radio ou au prétexte de défense de la liberté, nombre d’émissions et de journalistes défendent avant tout leur propre point de vue, et plus généralement celui de l’écosystème de la pensée de gauche. L’humour ne sert pas ici seulement à faire rire mais à combattre les pensées autres de manière militante. Europe 1, sous la houlette matinale de Patrick Cohen (sur le départ), n’est pas en reste. Un peu de Jérôme Commandeur suffira à nous en convaincre. L’émission s’intitule Commandeur News et est diffusée chaque matin, du lundi au vendredi, entre 7 h 25 et 7 h 30.

À l’heure de Patrick Cohen

L’arrivée en début de saison de Patrick Cohen n’a pas réussi à transformer la matinale d’Europe 1 en réussite, tout au contraire. Sans doute une erreur de casting liée à une erreur de perspective. Le journaliste militant social libertaire obtenait une excellente audience avec son ancienne matinale, sur France Inter, raison pour laquelle il a été acheté lors du mercato de l’an passé, mais une question a été omise : pourquoi diantre la matinale de France Inter est-elle autant écoutée ? La raison principale ne tient pas à sa qualité supposée mais à un banal fait technique : la radio d’État peut s’écouter partout, dans sa voiture et ailleurs, ce qui n’est pas aussi simple concernant les autres stations. Une autre raison étant qu’il reste un important quota d’auditeurs heureux d’entendre ce qu’ils pensent eux-mêmes chaque matin, ce qui est confortable.

La « réussite » de Cohen a ainsi été plutôt relative, liée à des faits extérieurs, ce que montre du reste le maintien de l’audience de la matinale sous Demorand et Salamé. Sur France Inter, ce qui fait le succès des matinales ce n’est pas la qualité de l’animateur mais les moyens techniques de l’État.

Des conservateurs dans le collimateur

Quand il s’amuse d’hommes et de femmes politiques, Jérôme Commandeur, humoriste en chef de la matinale de Cohen, ne parvient pas à masquer son brassard ni à élargir son horizon intellectuel limité aux conservateurs, cette droite qui lui est un ennemi à combattre au prétexte de l’humour (qui en ce cas amuse peu, à en croire l’audience d’Europe 1, car l’humoriste est en cette matière avant tout un produit d’appel marketing). Commandeur trouve très rarement à rire à gauche, beaucoup plus au sujet par exemple de Donald Trump, Philippe de Villiers ou bien Marion Maréchal. Cette dernière fut ainsi sa cible à deux reprises fin mai 2018. Il est vrai que la création par Marion Maréchal d’un Institut de Sciences Sociales Economiques et Politiques suffit à faire trembler l’ensemble du pouvoir médiatico-politico-culturel en place, parfois qualifié « d’élites ». Deux interventions dites humoristiques très intéressantes pour qui veut illustrer combien l’humour n’est ici, comme sur France Inter, que prétexte à combat militant politique, voire même à diffamation.

Matinale du 25 mai 2018

Titre : « Philippe de Villiers : "Vierge Marie, protège l'école de Marion, comme si c'était la mangeoire à bétail où est né ton fils, Jésus de Nazareth !" »

Introduction des journalistes : « On a sorti le sac à dos et le pique-nique, c’est l’heure de la sortie scolaire » (…) « Marion Maréchal qui a choisi l’ISSEP comme nom pour son académie de sciences politiques emmène déjà ses élèves en classe verte. »

Les invités caricaturés sont donc Philippe de Villiers et Marion Maréchal. Il est intéressant de regarder ce début en vidéo, tant le visage des intervenants est exemplaire d’une définition du mot « morgue ».

Un propos caractérisé par :

  • un antichristianisme primaire, la prétendue sortie scolaire (et donc l’école de Marion Maréchal) étant assimilée à un « séminaire » : « Ici nous sommes devant une courroie de Vénus, plus communément appelée ceinture de chasteté que les chevaliers déposaient sur l’intimité des matrones au XIe siècle et fermaient à triple loquet avant de partir en croisade afin que celles-ci sans maris ne soient pas prises de crises de boulimie d’entrecuisses ». Dans l’esprit du bobo social libéral libertaire commun, tout individu qui n’est pas de gauche ne saurait connaître de liberté en matière de sexualité et, papa Freud traînant toujours dans le coin, voit de la frustration et de la libido inassouvie dans les conceptions du monde conservatrices : rien de très étonnant, c’est le niveau peu relevé de l’enseignement universitaire et de sciences politiques publics en France.
  • un amalgame immédiat avec l’Allemagne nazie (la fameuse et automatique reductio ad hitlerum de toute conception du monde autre que celle du système médiatique officiel) : « On écoute le guide, schnell ! ».
  • une déconsidération forcenée des valeurs traditionnelles et enracinées, à travers la caricature du langage supposément moyenâgeux de Philippe de Villiers.
  • l’accusation habituelle d’islamophobie : « croisade », « délivrer Jérusalem des impies »
  • l’antichristianisme est insistant, avec une caricature de prière dont une partie constitue le titre de la chronique prétendument humoristique.
Matinale du 29 mai 2018

Titre : « Marion Maréchal : "Comment s'appelle le jeune homme qui a sauvé le bébé de l'immeuble ? Mam'dou, Mama, Mamadoudou ? Je suis désolée, ça sort pas !" »

Introduction des journalistes : « Commandeur news ce matin, on prend des nouvelles d’une personnalité politique hospitalisée ? » (…) « Eh oui, Marion Maréchal a été victime d’un léger malaise, on va la retrouver dans sa chambre d’hôpital ».

Un propos caractérisé par :

  • déconsidération de la personnalité de Marion Maréchal, dont l’auditeur ne reconnaît pas la voix, ce qui étonne vu que Commandeur est censé être un imitateur. Le choix de la voix vise ici uniquement à déconsidérer la personne et constitue en tant que tel une attaque ad nominem.
  • amalgame immédiat avec ce que le système médiatique officiel a l’habitude d’appeler « fascisme » (tout ce qui n’est pas ce système et qui se situe à droite de l’échiquier, ce qui dans ce studio commence dès Laurent Wauquiez) : « Brasillach, Drieu la Rochelle, Laval… »
  • déconsidération du projet mis en œuvre par la personnalité : l’ISSEP est, comme le 25 mai, présentée comme une école « d’extrême droite ».
  • utilisation de « l’humour » à des fins de diffamation : « Attendez, quelque chose vous gêne à la télévision non ? Ce ne serait pas la naturalisation de Gassama, le jeune héros qui a sauvé un bébé tout de même, dimanche ? » (notons que la situation de délinquant clandestin du futur héros n’est pas évoquée). Suite : la personnalité caricaturée ne parviendrait pas à dire le nom du « monsieur » ayant sauvé le bébé, ce serait « trop dur », « il s’appelle Mamoudou » insiste le studio… et Marion Maréchal est supposée ne pas pouvoir prononcer de prénom d’origine africaine : « Pour tous les noms de famille au sud de Marseille j’ai la mâchoire qui se bloque ». Suite : « Vous savez que Mamoudou va être intégré aux pompiers de Paris ? » (…) « Ça veut dire que quand je vais appeler, je peux tomber sur lui ? Remettez-moi un coup de défibrillateur » (humour d’autant plus douteux durant une semaine où une jeune femme de couleur est décédée suite à un défaut d’intervention du SAMU).

Il est ici aussi intéressant de regarder la dernière seconde de l’émission et le visage de Jérôme Commandeur, visage qui traduit la satisfaction militante.

Avec l’humour qui a table ouverte dans les médias officiels, il en va sur Europe 1 comme sur France Inter, Canal+, Quotidien etc, les cibles des humoristes sont à sens quasi unique et à visée exclusivement militante. Ce sont des tribunes politiques et non des lieux d’humour, lieux où l’on combat bien au chaud dans l’entre soi tout en diffamant avec le rictus. Pourquoi employer le verbe diffamer ? Marion Maréchal est ici présentée comme raciste. Peut-être Europe 1 et sa matinale pourront-ils éclairer leurs auditeurs avec des faits, de justice par exemple, permettant d‘accréditer ce prétendu trait d’humour consistant à qualifier une personnalité politique de raciste sous couvert (facile) de caricature ? Une question vient à l’esprit : en période électorale, comment seront traitées par la loi à venir les fake news diffusées sous couvert d’humour ?

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