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Élections en Catalogne : Twitter censure Vox

8 février 2021

Temps de lecture : 4 minutes
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Élections en Catalogne : Twitter censure Vox

Les électeurs de la communauté autonome de Catalogne, en Espagne, sont appelés à réélire leur parlement régional le 14 février prochain. Selon les sondages, le parti conservateur Vox a toutes les chances de faire irruption pour la première fois dans le parlement de Barcelone.

Sondages plutôt favorables à Vox

Crédité d’en­v­i­ron 6 % des voix, Vox pour­rait même pass­er devant le Par­ti pop­u­laire (PP) de cen­tre-droit qui ne fait pas de bons scores en Cat­a­logne. Dans les derniers sondages, il talonne le par­ti cen­triste Ciu­dadanos (C’s), en forte baisse par rap­port aux élec­tions précé­dentes. Autant dire que même avec un score prob­a­ble­ment mod­este, Vox compte dans ces élec­tions. Les favoris de cette élec­tion sont le Par­ti social­iste cata­lan (PSC), la branche cata­lane du PSOE du pre­mier min­istre Pedro Sánchez, et la gauche répub­li­caine cata­lane (ERC), un par­ti indépen­dan­tiste de gauche, suivi du par­ti indépen­dan­tiste de cen­tre-droit Junts puis, loin der­rière, à portée de Vox, les amis cata­lans du vice-pre­mier min­istre Pablo Igle­sias, du par­ti d’extrême gauche Podemos.

Twitter et « la haine »

C’est dans ce con­texte élec­toral que le média social améri­cain Twit­ter, dont l’engagement poli­tique et idéologique à gauche n’est plus à prou­ver, a sus­pendu pour une semaine le compte Twit­ter du par­ti Vox après un tweet qui met­tait en avant la sur­représen­ta­tion des « mineurs étrangers non accom­pa­g­nés » dans la délin­quance en Cat­a­logne. Un tweet qui s’accompagnait du hash­tag « #StopIs­lamización ».

Le tweet en ques­tion relayait un autre tweet où le nom­bre de mineurs à Mataró, ville de 130 000 habi­tants sur la côte de la province de Barcelone, était mis en par­al­lèle avec le nom­bre de dél­its com­mis par les autochtones et les mineurs étrangers non accom­pa­g­nés : avec 70 plaintes con­cer­nant neuf mineurs étrangers non accom­pa­g­nés con­tre 5 plaintes con­cer­nant les mineurs locaux, selon les sta­tis­tiques poli­cières de Mataró, ces neuf mineurs étrangers représen­taient ain­si 0,2 % des mineurs de Mataró et 93 % des plaintes en 2020 (selon la sit­u­a­tion au mois de mai 2020), selon le cal­cul de l’auteur du Tweet en question.

Le tweet de Vox, pub­lié le 27 jan­vi­er était impré­cis : il repre­nait ce pour­cent­age sans pré­cis­er où cela se passe, en rap­pelant que la majorité de ces mineurs étrangers non accom­pa­g­nés provi­en­nent du Maghreb et en cri­ti­quant la sit­u­a­tion lais­sée en Cat­a­logne par les dirigeants en place et leur « com­plic­ité avec la délin­quance importée ». Le mes­sage impré­cis de Vox était suivi d’un lien au tweet orig­i­nal, qui con­te­nait, lui, les don­nées pré­cis­es. Les censeurs de Twit­ter ont apparem­ment con­sid­éré que met­tre en avant les don­nées poli­cières sur la délin­quance étrangère vio­lait ses règles « qui inter­dis­ent les com­porte­ments d’incitation à la haine », selon le mes­sage reçu par l’administrateur du compte Twit­ter de Vox.

Les médias de grand chemin espagnols en soutien de Twitter

Les grands médias espag­nols ont applau­di. Exem­ple : le jour­nal El Diario s’est éten­du sur le Tweet com­mis par Vox, mais sans pré­cis­er que les don­nées relayées par Vox étaient des sta­tis­tiques poli­cières. Ain­si que le fait remar­quer El Diario, « ce n’est pas la pre­mière fois que Twit­ter gèle tem­po­raire­ment le compte du par­ti d’extrême droite. En jan­vi­er de l’année passée, il avait déjà été sus­pendu pour un tweet con­sid­éré comme offen­sif pour le col­lec­tif LGBTI ».

Sur le site de la radio-télévi­sion publique espag­nole (RTVE), on peut trou­ver un long arti­cle de type « dés­in­tox » qui apporte un démen­ti détail­lé au sup­posé « bobard » de Vox. RTVE explique docte­ment que les tweets (celui relayé par Vox et celui de Vox) « se réfèrent aux dél­its com­mis dans la munic­i­pal­ité de Mataró, pas dans toute la Cat­a­logne » (les car­ac­tères gras provi­en­nent de l’article de RTVE). C’est tout à fait vrai, mais il suff­i­sait en réal­ité de bien lire ces deux tweets pour s’en ren­dre claire­ment compte.

Quelques chiffres révélateurs

En revanche l’article de RTVE apporte des infor­ma­tions intéres­santes sur la délin­quance étrangère en Cat­a­logne. On y apprend ain­si que les citoyens des pays du Maghreb rési­dant en Cat­a­logne comptent pour 3,16 % de la pop­u­la­tion et y com­met­tent 15,6 % des crimes et dél­its (il faut faire le cal­cul soit même à par­tir des nom­bres abso­lus four­nis sur un graphique illus­trant l’article).  Ce ne sont pas les 92 % de Mataró, mais c’est déjà un score « hon­or­able ». On y apprend aus­si que « seuls » 18 % des mineurs étrangers non accom­pa­g­nés com­met­tent des crimes ou dél­its en Cat­a­logne, et « seule­ment » 12 % com­met­tent des faits graves. En ce qui con­cerne les crimes et dél­its sex­uels, les immi­grants, qui représen­tent 11 % de la pop­u­la­tion espag­nole, étaient « seule­ment der­rière 35 % des dél­its sex­uels en Espagne » en 2019, nous apprend RTVE. Avec des sta­tis­tiques pareilles, on s’étonne que Twit­ter n’ait pas encore blo­qué le compte de RTVE.

En ce qui con­cerne la com­mune de Mataró, un arti­cle de La Van­guardia du 31 mai 2020, inti­t­ulé « Les habi­tants de Mataró organ­isent des patrouilles de voisi­nage noc­turnes con­tre la délin­quance », expli­quait com­bi­en la sit­u­a­tion était explo­sive à cause des dél­its com­mis par de jeunes « migrants » arrivés en Espagne en tant que mineurs étrangers non accom­pa­g­nés, et com­ment les habi­tants avaient d’abord organ­isé des actions de protes­ta­tion puis des man­i­fes­ta­tions con­tre leur présence avant de met­tre en place des patrouilles noc­turnes pour se pro­téger eux-mêmes ; si le tweet de Vox était impré­cis, ce n’était pas un bobard.

Mais il faut dire que San­ti­a­go Abas­cal, le leader de Vox, a lancé en jan­vi­er une cam­pagne con­tre le pou­voir de cen­sure des Big Tech et que son par­ti dénonce leurs agisse­ments au par­lement espag­nol et au Par­lement européen. Après avoir vu son compte blo­qué par Twit­ter, le par­ti Vox a voulu, au tra­vers du groupe Iden­tité et Démoc­ra­tie dont il fait par­tie, organ­is­er une dis­cus­sion sur la cen­sure des Big Techs à la Com­mis­sion des lib­ertés civiles du Par­lement européen. Les par­tis PP et Ciu­dadanos, con­cur­rents de Vox pour les élec­tions du 14 févri­er en Cat­a­logne, ont voté con­tre.

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