Ojim.fr
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
L’École de journalisme de Cannes, benjamine de la nombreuse fratrie

10 février 2024

Temps de lecture : 6 minutes
Accueil | Veille médias | L’École de journalisme de Cannes, benjamine de la nombreuse fratrie

L’École de journalisme de Cannes, benjamine de la nombreuse fratrie

Temps de lecture : 6 minutes

Après avoir découvert Cannes pour son festival, puis pour son maire David Lisnard, découvrez son école de journalisme. La dernière née des écoles de journalisme reconnues par l’État propose un cursus très axé sur la presse locale.

Une école récente

L’École de jour­nal­isme de Cannes, ou EJC (cej.education/cannes-cej/), a été créée en 2003. Elle est recon­nue par l’État depuis 2013, ce qui en fait la dernière école de jour­nal­isme à avoir obtenu le pré­cieux sésame. Elle con­tient donc très peu d’élèves, 28 par classe. Elle fait par­tie de l’IUT Nice Côte d’Azur et peut s’intégrer après le bac. L’école pro­pose un DUT en deux ans et les étu­di­ants peu­vent ensuite faire une licence pro­fes­sion­nelle en jour­nal­isme audio­vi­suel. Les can­di­dats sont recrutés sur dossier, puis via un exa­m­en oral. L’EJC pro­pose qua­tre et huit semaines de stage au cours des deux ans de for­ma­tion, ain­si qu’un parte­nar­i­at avec l’Oslo Met­ro­pol­i­tan Uni­ver­si­ty, qui est la plus anci­enne école de jour­nal­isme de Norvège, et l’École supérieure de jour­nal­isme et de com­mu­ni­ca­tion de Casablan­ca (Maroc) pour per­me­t­tre à ceux qui le souhait­ent d’étudier à l’étranger. L’école a égale­ment un parte­nar­i­at avec l’armée de Terre, ce qui per­met aux étu­di­ants des immer­sions dans des camps d’entraînement, donc une expéri­ence adap­tée de jour­nal­iste de guerre.

Voir aus­si : IPJ Dauphine, l’apprentissage de l’entre-soi

Une appétence pour la presse régionale

Étant don­né sa jeunesse, l’EJC n’a encore que peu de jour­nal­istes en poste à met­tre en avant. Côté enseignants, l’école mise beau­coup sur la presse quo­ti­di­enne régionale, ou PQR, presse dans laque­lle les étu­di­ants sont d’ailleurs oblig­és de faire leur pre­mier stage. Une posi­tion facile­ment défend­able au reste, car c’est cette presse qui est d’abord lue par les Français lorsque l’on sort de Paris. Les pro­fesseurs de l’EJC vien­nent ain­si prin­ci­pale­ment de Nice-Matin et de France 3 Provence. Un attrait pour le local qui se retrou­ve sur les réseaux soci­aux : le compte X (ex-Twit­ter) de l’école est peu act­if, en-dehors des live-tweets por­tant sur des match­es locaux et du fes­ti­val de Cannes.

La présence de jour­nal­istes pro­fes­sion­nels issus de médias locaux dans le corps pro­fes­so­ral devrait aider les élèves à obtenir des places de sta­giaires ou de pigistes dans ces médias car, on le sait, l’apport des écoles de jour­nal­isme ne réside pas unique­ment dans le con­tenu des cours. Il s’agit aus­si de se forg­er un réseau, même si, d’après Bastien, étu­di­ant à l’EJC « c’est un peu une école de la débrouille. Les profs sont là pour nous encadr­er, ils nous don­nent des tuyaux, nous cor­ri­gent, mais quand il s’agit de trou­ver des stages, des inter­locu­teurs pour les arti­cles, là c’est vrai­ment à nous de nous débrouiller tout seuls ». Côté presse nationale, on peut tout de même not­er un enseignant exerçant au Monde, une à l’AFP, et la rédac­trice en chef adjointe de… Mar­i­anne. Un début de plu­ral­ité dont les écoles de jour­nal­isme sont peu coutumières.

Voir aus­si : Sci­ences-Po Jour­nal­isme : l’élite du conformisme

Une éducation à la bien-pensance comme ailleurs

La bien-pen­sance qui fait fureur dans les écoles de jour­nal­isme ne sem­ble pas avoir épargné celle de Cannes. Ain­si, par­mi les com­pé­tences éval­uées, on trou­ve celle de « garan­tir une infor­ma­tion indépen­dante qui par­ticipe au débat pub­lic ». Jusque-là, rien de bien con­damnable, mais cela se gâte lorsqu’on exam­ine le détail de cette com­pé­tence. Il s’agit, entre autres choses, d’adopter « une pos­ture éthique non-stig­ma­ti­sante » avec étude de la « décon­struc­tion des clichés et des stéréo­types, égal­ité hommes-femmes, sen­si­bil­i­sa­tion aux dis­crim­i­na­tions liées au genre, au sexe, à la reli­gion, aux orig­ines eth­niques ». De quoi pré­par­er des jour­nal­istes plus enclins à dénon­cer de sup­posées vio­lences poli­cières con­tre les per­son­nes issues de l’immigration qu’à s’interroger sur la sur-représen­ta­tion de ces mêmes per­son­nes dans les plaintes pour agres­sions et autres délits.

L’écologie en bonne place

Sujet de plus en plus prég­nant chez les jeunes, l’écologie, ou plutôt sa vision imposée par la gauche, détient une place impor­tante à l’EJC. La page Face­book de l’école rassem­ble de nom­breuses vidéos détail­lant l’impact écologique de l’industrie du vête­ment. Une série presque ironique lorsqu’on con­naît les dif­fi­cultés que ren­con­tre le secteur de la mode de milieu de gamme, avec de plus en plus de fer­me­tures de mag­a­sins et des con­séquences sociales impor­tantes, notam­ment à cause des emplois supprimés.

D’un autre côté, la série « Green­wash­ing », que l’on trou­ve sur sa chaîne YouTube, inter­roge les mobil­ités douces, en pré­cisant notam­ment que les trot­tinettes élec­triques génèrent plus de CO2 que le métro et sont respon­s­ables de nom­breux acci­dents. La per­son­nal­ité invitée à cette occa­sion détaille égale­ment les dif­fi­cultés de pro­duc­tion et de recy­clage de ces trot­tinettes et abor­de la ques­tion des métaux rares. La voiture élec­trique est ensuite longue­ment décriée, que ce soit pour le coût de son plein ou le temps qu’il faut pour la recharg­er, ou même pour le dan­ger qu’elle présente en cas d’incendie. Les pom­piers peu­vent en effet avoir beau­coup de dif­fi­cultés à étein­dre une bat­terie au lithium.

Un contenu surprenant… dans le bon sens

Pour qui est habitué à des étu­di­ants en jour­nal­isme engagés à gauche, voire à l’extrême-gauche de l’échiquier poli­tique, et qui voient le jour­nal­isme comme un porte-voix de leurs idées, les con­tenus de l’EJC ont de quoi sur­pren­dre. Ain­si, sur le site buzzles.org, site-école de l’EJC, un arti­cle de mars 2022 sur Eric Zem­mour rassem­ble de nom­breux com­men­taires élo­gieux provenant de jeunes. Des cita­tions qui ne font pas l’objet de com­men­taires de la part des étu­di­ants jour­nal­istes. L’article con­cer­nant la Brav‑M n’affiche en revanche pas le même ton. Plu­ral­ité, lib­erté d’expression, dif­férence de niveaux ? Dif­fi­cile à dire… Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas si facile, à la lec­ture des médias-école de l’EJC, d’identifier une ligne éditoriale.

Voir aus­si : IJBA (Insti­tut de Jour­nal­isme de Bor­deaux Aquitaine) : à gauche toute !

Le mouton blanc des écoles de journalisme ?

L’École de jour­nal­isme de Cannes fait donc fig­ure d’exception au sein des écoles de jour­nal­isme, et l’on peut se deman­der pourquoi. Peut-être est-elle née après les pre­mières pris­es de con­science de défi­ance des médias, à l’heure où l’on com­pre­nait qu’à force de dis­penser leurs opin­ions poli­tiques sur tous les canaux, les jour­nal­istes n’étaient plus crédi­bles. Peut-être aus­si prof­ite-elle de l’environnement can­nois. David Lis­nard, maire de droite libérale par­ti­c­ulière­ment appré­cié dans la région, est un signe des idées qui pré­va­lent dans la ville, et il est pos­si­ble que ces idées se retrou­vent dans l’EJC. On ne saurait s’en plain­dre. Pour amélior­er la plu­ral­ité dans les médias, il faut com­mencer par en observ­er dans les écoles de journalisme.