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[Dossier] Les « migrants » et le lobby « artistocrate » (1/2)

1 août 2016

Temps de lecture : 5 minutes
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[Dossier] Les « migrants » et le lobby « artistocrate » (1/2)

[Pre­mière dif­fu­sion le 4 novem­bre 2015] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

À l’occasion de la publication par Libé d’un « Appel des 800 », l’OJIM revient sur les coups de pression médiatiques exercés par le lobby très élargi de ceux que Philippe Muray appelait les « artistocrates »…

Après la tragédie, la farce. Des mythes fon­da­teurs et pan­théon­isés, dans l’imaginaire col­lec­tif français, de ces intel­lectuels prenant la défense des faibles et des opprimés con­tre le sys­tème et la foule, cette cheva­lerie de la plume dont les mod­èles furent Voltaire et Zola, on est tombés à la sima­grée par­o­dique et répéti­tive dont l’appel de Calais et ses 800 sig­nataires représen­tent la plus accom­plie des dénat­u­ra­tions. Dans ces grands mod­èles d’origine, rap­pelons en effet que l’intellectuel est d’abord isolé, fort de son seul pres­tige, en dis­si­dence d’avec le pou­voir monar­chique et l’Église quand il s’agit de Voltaire ; d’avec le pou­voir juridique et l’Armée, quand il s’agit de Zola. Enfin, ces derniers défend­ent des mem­bres de la com­mu­nauté nationale « stig­ma­tisés » en rai­son de leurs spé­ci­ficités religieuses (protes­tantisme, libre-pen­sée, judaïsme) et vic­times d’injustice de la part de cet État qu’ils inter­pel­lent. Au terme de la dégra­da­tion de la geste ini­tiale, non seule­ment il ne reste plus grand chose d’une pareille con­fig­u­ra­tion mais celle-ci s’est car­ré­ment inver­sée. L’ « Appel des 800 » est une occur­rence exem­plaire du phénomène, qui joue une dis­so­nance si fla­grante d’avec la mélodie con­sacrée qu’il mérite d’être étudié comme symp­tôme.

De Voltaire à Balasko

D’abord, con­sid­érons en qual­ité de quoi accusent nos nou­veaux Zola. L’« artis­to­crate » pose très spon­tané­ment en haute con­science de la nation, mais avons-nous bien sur l’estrade en ques­tion de grands écrivains ou de pro­fonds philosophes qui soient à la fois studieux, instru­its et doués d’une autorité intel­lectuelle remar­quable ? Dans les 800 sig­nataires, y a‑t-il seule­ment une per­son­nal­ité qui représente sym­bol­ique­ment un demi-Voltaire ? Quel est d’ailleurs le rap­port de cette masse avec, à pro­pre­ment dit, le méti­er de la réflex­ion, de la cri­tique éclairée ou des spécu­la­tions méta­physiques ? Tous ces sig­nataires ont par­tie liée avec le champ cul­turel au sens large, certes, mais tout de même, on brade à peu de frais la notion d’autorité morale ! En quoi des auteurs de ban­des dess­inées comme Joan Sfar ou Enki Bilal, des slam­meurs comme Abd-Al Malik, des chanteurs de var­iétés comme Cali ou des actri­ces comme Josiane Bal­asko et Emmanuelle Béart dis­poseraient-ils d’une légitim­ité par­ti­c­ulière à pos­er en sages, en guides, en éveilleurs du peu­ple ? Chris­tine Angot a‑t-elle un rap­port véri­ta­ble avec Goethe ? Ces « artistes », qui ne sont qu’exceptionnellement des « intel­lectuels », ne sont par ailleurs « artistes » qu’au sens gal­vaudé que donne à ce terme la société de diver­tisse­ment. Dif­fi­cile d’associer de sim­ples vedettes, des amuseurs, des comiques (Sophia Aram), des rimailleurs, au pres­tige con­sacré par toute une civil­i­sa­tion à un Van Gogh ou un Dante, à Beethoven ou Hegel…

Le médium et le message

Le « grand intel­lectuel isolé », dans la dernière ver­sion du mythe, se trou­ve ain­si désor­mais être une foule de 800 per­son­nes com­posée essen­tielle­ment d’intermittents du spec­ta­cle… Et cette foule s’exprime sur un sup­port par­ti­c­uli­er : Libéra­tion. Or, sans aller jusqu’à affirmer avec le célèbre philosophe des médias Mar­shal McLu­an que « Le mes­sage, c’est le médi­um », le sup­port n’en reste pas moins une part non nég­lige­able de la com­mu­ni­ca­tion elle-même. Il se trou­ve pré­cisé­ment, comme l’a déjà exposé l’OJIM, que le quo­ti­di­en mao en chute libre s’est recy­clé depuis quinze ans dans l’antifascisme d’opérette le plus car­i­cat­ur­al (rap­pelons-nous de l’absurde cou­ver­ture sur Clé­ment Méric, exposé comme un véri­ta­ble Jean Moulin du XXIe siè­cle le lende­main de son décès et avant même la moin­dre enquête). Ain­si, le jour­nal n’en finit-il pas de pub­li­er péti­tions et man­i­festes pour ten­ter de ral­lumer la flamme, comme un vieux gauchiste nos­tal­gique rabâcherait sans cesse le sou­venir de sa pre­mière manif’ en espérant retrou­ver par là l’illusoire ressort d’une insur­rec­tion his­torique. Dans le con­texte par­ti­c­uli­er de cette ren­trée 2015, alors que Le Monde a déjà pub­lié le man­i­feste grotesque d’Édouard Louis et Geof­froy de Lagas­ner­ie déclarant lut­ter con­tre les intel­lectuels néo-réacs qui occu­pent le champ médi­a­tique, Libé, pour ne pas être en reste, a pub­lié cet appel dans une optique assez sim­i­laire de recon­quête idéologique et en attaquant les mêmes intel­lectuels. À la com­pas­sion pour les migrants ne se mêle donc pas moins la com­pas­sion pour le jour­nal Libéra­tion lui-même et, d’une manière générale, la pitié qu’inspire à toute une classe médi­ati­co-cul­turelle son hégé­monie per­due.

Cibles indirectes

« (Aux côtés de Romain Goupil), le cinéaste Nico­las Philib­ert ajoute: “Il y a un sen­ti­ment col­lec­tif de ras-le-bol face au mutisme des poli­tiques et à la mon­tée d’une pen­sée réac­tion­naire dis­séminée par une demi-douzaine d’in­tel­lectuels médi­a­tiques”. Dans leur viseur, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Éric Zem­mour ou Michel Houelle­becq, en cou­ver­ture des heb­do­madaires et invités régulière­ment à la télévi­sion », lit-on sur le site du Figaro dans le cadre d’un entre­tien du jour­nal­iste avec les ini­ti­a­teurs de l’appel. Où l’on voit à quel point on s’éloigne du mod­èle mythique voltairo-zolien, puisque les adver­saires directs et indi­rects de la tri­bune ne sont pas un pou­voir con­sti­tué mais pré­cisé­ment des intel­lectuels ou écrivains tels que ne peu­vent glob­ale­ment pré­ten­dre l’être les sig­nataires, et des intel­lectuels juste­ment isolés et dis­si­dents. Nous ne nous trou­vons donc pas dans la con­fig­u­ra­tion de l’intellectuel isolé face aux pas­sions de la foule mais dans celle d’une foule arguant fal­lac­i­euse­ment d’une autorité morale pour s’en pren­dre à des intel­lectuels isolés et cela selon un ratio de deux-cents con­tre un !

Soutien de l’État

Enfin, autre dis­tor­sion fon­da­men­tale, ces ani­ma­teurs du spec­ta­cle cul­turel qui s’en pren­nent à des intel­lectuels se trou­vent être immé­di­ate­ment soutenus par l’État ! À peine l’appel est-il pub­lié que le min­istre de l’Intérieur débar­que à Calais : « Ces artistes “man­i­fes­tent une préoc­cu­pa­tion que j’entends et que je partage”, a réa­gi Bernard Cazeneuve. “Ils sont la voix d’une France mobil­isée, sol­idaire, généreuse, d’une France qui refuse le repli sur soi et le rejet”, a ajouté le min­istre de l’Intérieur. » Tout de même, voilà qui ne ressem­ble guère à l’attitude chevaleresque et héroïque que nous évo­quions en préam­bule, mais paraît au con­traire se résumer à un triv­ial échange de bons procédés entre un pou­voir désavoué d’un côté, et des priv­ilégiés dis­crédités de l’autre… Quel risque pren­nent des gens qui sont à la fois du bon côté de la pyra­mide sociale, du bon côté de l’idéologie dom­i­nante, du bon côté du pou­voir poli­tique et du bon côté du levi­er du chan­tage moral ? L’aura automa­tique de « Zola ressus­cités » que pré­tendraient leur allouer de vieux réflex­es que per­son­ne ne prend le temps de réé­val­uer n’est-il pas out­rageuse­ment usurpée ? Pen­dant que l’État échoue à pro­téger les fron­tières du pays et à défendre la pop­u­la­tion de la défer­lante migra­toire, des saltim­ban­ques déguisés en Voltaire s’insurgent quant aux con­di­tions d’accueil faites à ceux qui ont vio­lé les fron­tières, trans­for­mant la faib­lesse en générosité, et surtout, soustrayant aux admin­istrés français leur statut de vic­times, quand ils le sont de l’incompétence de leur gou­verne­ment, pour l’allouer exclu­sive­ment aux migrants. Les migrants devenant même, davan­tage que des bom­barde­ments qui les auraient fait fuir, vic­times de la frilosité des Français, les vic­times ini­tiales devenant en un tour de passe rhé­torique des coupables n’étant plus en mesure de deman­der les comptes qu’ils auraient été en droit de deman­der à leur gou­verne­ment… C’est pourquoi, struc­turelle­ment, cet « Appel de Calais », ressem­ble surtout, en défini­tive, à une opéra­tion de com’ du gou­verne­ment social­iste réal­isée grâce au lob­by « artis­to­crate », et par l’entremise de Libéra­tion, feuille offi­cielle de la gauche libérale au pou­voir.

À suivre…

Crédit pho­to : DR

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