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Ces candidats à la présidentielle privés de débat par le service public

28 février 2022

Temps de lecture : 3 minutes
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Ces candidats à la présidentielle privés de débat par le service public

28 février 2022

Temps de lecture : 3 minutes

Qu’ils disposent des cinq cents parrainages encore tant espérés par certains ne constitue pas un critère suffisant aux yeux du service public : de Jean Lassalle à Nathalie Arthaud, les candidats à la présidentielle placés trop bas dans les sondages ne sont pas les bienvenus dans certaines émissions de Radio France.

Au 22 févri­er 2022, ils enreg­is­traient respec­tive­ment 559 et 561 par­rainages validés auprès du Con­seil Con­sti­tu­tion­nel : Nathalie Arthaud, can­di­date Lutte Ouvrière, et Jean Las­salle, prési­dent du par­ti Résis­tons, ne sont pas les bien­venus dans les émis­sions de ser­vice pub­lic, en dépit de leur capac­ité à rassem­bler de la con­di­tion sine qua none à la présen­ta­tion à la mag­i­s­tra­ture suprême. À l’inverse de Marine Le Pen, Éric Zem­mour ou Chris­tiane Taubi­ra, qui ne béné­fi­ciant pas encore du sésame avec respec­tive­ment 393, 350 et 104 par­rainages validés, ont pu s’exprimer sur France Inter ce 18 févri­er dans l’émission Des can­di­dats et des jeunes. « Je suis navré de ne pas cor­re­spon­dre aux critères de sélec­tion de la radio nationale. Ma mise à l’écart […] me stupé­fie et me désole », a réa­gi Jean Las­salle dans une let­tre envoyée à Cather­ine Nayl, direc­trice de l’information de France Inter.

Prétexte fallacieux : les sondages

Mais quels sont donc ces mys­térieux critères per­me­t­tant à Radio France de choisir arbi­traire­ment d’un can­di­dat à l’élection prési­den­tielle ? Avec 40 ans d’engagement der­rière lui et 25 scruti­ns rem­portés en son nom sur les 26 aux­quels il s’est présen­té, Jean Las­salle con­stitue pour­tant une fig­ure du paysage poli­tique français. De même, Nathalie Artaud, engagée depuis plus de trente ans dans la vie poli­tique et ayant exer­cé des man­dats notam­ment munic­i­paux, représente une par­tie des opin­ions des Français. Cha­cun crédités, dans le dernier sondage IFOP du 23 févri­er 2022, de 0,5 % des voix pour la prési­den­tielle, ces deux can­di­dats n’auraient donc pas été perçus comme suff­isam­ment représen­tat­ifs pour s’exprimer sur les ondes.

Le pré­texte est fal­lac­i­eux : à 2 % des voix, des per­son­nal­ités comme Anne Hidal­go et Chris­tiane Taubi­ra y ont été invitées, à l’inverse de Nico­las Dupont-Aig­nan, égale­ment crédité de 2 % des voix qui ne béné­fi­cie comme ses deux rivales féminines pas du nom­bre de par­rainages escomp­tés… Il s’agit donc bien d’un choix arbi­traire de la part de France de la radio. « A mes yeux, une élec­tion prési­den­tielle est une et indi­vis­i­ble, soulig­nait encore Jean Las­salle dans son cour­ri­er à Nayl. Elle ne se com­pose pas de can­di­dats invités ou exclus par France Inter. Il n’y a que des can­di­dats à la mag­i­s­tra­ture suprême ».

Des médias qui dessinent le paysage politique

S’il faut recon­naître un mérite au sys­tème des par­rainages, c’est qu’il récom­pense ces per­son­nal­ités de ter­rain qui vont à la ren­con­tre des élus dont ils deman­dent la sig­na­ture. Au même titre que Nathalie Arthaud, qui indi­quait au micro des Grandes Gueules que cette obten­tion était due à « des efforts mil­i­tants » et à son écoute des maires, Jean Las­salle, en ayant annon­cé sa can­di­da­tures deux ans plus tôt et en tra­vail­lant a pu obtenir ce graal. Pour autant, cer­tains médias du ser­vice pub­lic préfèrent à cet incon­testable sérieux des fig­ures con­nues (à l’image de Chris­tiane Taubi­ra, anci­enne Garde des Sceaux dont la crédi­bil­ité a été large­ment mise à mal par cette présen­ta­tion à l’élection prési­den­tielle) ou sus­cep­ti­bles de rassem­bler par leur verve ou leur esprit polémique (de Jean-Luc Mélen­chon à Éric Zem­mour) des audi­ences records.

Un choix qui n’est pas sans con­séquence : écartés par les sphères médi­a­tiques, ces can­di­dats ne sont plus con­sid­érés suff­isam­ment « vendeurs » aux yeux de ces officines poli­tiques qui per­me­t­tent aux can­di­dats de présen­ter leur pro­gramme. Ain­si, Jean Las­salle comme Nathalie Arthaud n’ont pas eu leur place au grand évène­ment organ­isé par le Medef le 21 févri­er dernier, inti­t­ulé la REF 2022 et à laque­lle étaient invités à s’exprimer « les prin­ci­paux can­di­dats et can­di­dates à l’élection présidentielle »… 

Aux yeux du ser­vice pub­lic comme aux yeux du Medef, existe-t-il donc des « grands » et des « petits can­di­dats », notion qui impli­querait qu’il existât de « grands » et de « petits électeurs »… ?

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