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Arrestation de « Margot » en Pologne ? Une campagne de désinformation

31 août 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Arrestation de « Margot » en Pologne ? Une campagne de désinformation

« Démocratie sexuelle et de genre en danger en Pologne : libérez Margot ! », pouvait-on lire le 11 août dernier sur Médiapart en titre d’un appel signé par « un collectif d’intellectuels et d’artistes, parmi lesquels Paul B. Preciado, Judith Butler, Virginie Despentes et Antonio Negri », et également par une majorité de signataires polonais. Le nom de Judith Butler retient tout particulièrement l’attention puisqu’il s’agit de la philosophe américaine à l’origine de la théorie du genre. Il s’agit, comme expliqué en chapô, d’un « appel international à la libération de Margot, militante de genre non-binaire arrêtée vendredi 7 août à Varsovie. Cet appel international est aussi une initiative pour dénoncer le virage autoritaire du gouvernement polonais et la violence misogyne, homophobe, transphobe et raciste. »

C’est en vain que l’on cherchera dans ce bil­let une expli­ca­tion sur ce qu’est une « démoc­ra­tie sex­uelle et de genre », mais l’on y apprend en revanche que la Pologne a aujourd’hui « des gou­verne­ments néolibéraux autori­taires » (un qual­i­fi­catif orig­i­nal, les médias français préférant générale­ment celui de « nation­al­istes » ou « con­ser­va­teurs », en y ajoutant éventuelle­ment le pré­fixe « ultra ») et que « le com­mu­nisme autori­taire et le néolibéral­isme autori­taire visent tous deux à con­stru­ire un corps nor­matif hétéro­sex­uel puri­fié, qu’ils recon­nais­sent et revendiquent comme le seul citoyen sou­verain du pays ». En Pologne, en l’occurrence, « la défense de l’« enfance » ou de mon­u­ments est util­isée pour dis­crim­in­er des organ­ismes non hétéro­sex­uels et non binaires ». « Puis­sance et amour pour Mar­got et pour tous les man­i­fes­tants arrêtés », con­clut l’appel.

Qui est Margot selon Médiapart, Le Monde et Libération ?

« Mar­got », cet « organ­isme non hétéro­sex­uel et binaire », serait donc une « mil­i­tante de genre non binaire », nous apprend Médi­a­part. « Elle est accusée d’avoir dégradé et détru­it une camion­nette de la cam­pagne ‘Stop Pédophilie’ », nous expliquent encore les auteurs de cet appel inter­na­tion­al.

« Il y a un an et demi, en réac­tion à la cam­pagne ‘Stop Pédophilie’, Mar­got et sa parte­naire Lania ont fondé le col­lec­tif « Stop Bzdurom » pour lut­ter con­tre la pro­pa­gande homo­phobe. Leur but était de com­bat­tre la honte, la pas­siv­ité, la peur et la soli­tude des per­son­nes queer, trans et de genre non-binaire en util­isant des dra­peaux queer pour cou­vrir des ban­nières homo­phobes et pour décor­er des mon­u­ments publics avec des signes de résis­tance. L’ar­resta­tion de Mar­got s’in­scrit dans le cadre d’une opéra­tion plus vaste du gou­verne­ment et de la police visant à réduire et à dégrad­er les droits des minorités sex­uelles et de genre et à sup­primer toute forme d’an­tag­o­nisme cri­tique. »

Le 9 août, dans un arti­cle inti­t­ulé « En Pologne, des mil­liers de man­i­fes­tants après l’arrestation d’une mil­i­tante LGBT », le jour­nal Le Monde don­nait une infor­ma­tion sup­plé­men­taire sur ce qui est reproché à Mar­got : « Mar­got, dont l’arrestation ven­dre­di a provo­qué des bous­cu­lades avec la police, est accusée d’avoir endom­magé un van por­tant des inscrip­tions homo­phobes à Varso­vie en juin et d’avoir poussé une bénév­ole d’une fon­da­tion anti-avorte­ment, pro­prié­taire du van. Le van de l’association anti-avorte­ment Fon­da­tion pro-droit à la vie cir­cule fréquem­ment dans le cen­tre de Varso­vie, recou­vert d’affiches met­tant en lien homo­sex­u­al­ité et pédophilie. »

Éclair­cisse­ment apporté par Libéra­tion, sous la forme d’une tri­bune pub­liée le 14 août par une auteure polon­aise : « Le 7 août à Varso­vie, Mar­got, une mil­i­tante LGBT+ s’identifiant comme une per­son­ne non binaire, qui avait dégradé un van affichant des pro­pos homo­phobes, a été placée en déten­tion pro­vi­soire pour une durée de deux mois. Sur les enreg­istrements vidéo qui cir­cu­lent sur Inter­net, on voit la police inter­peller avec une extrême bru­tal­ité la petite foule venue s’opposer à son arresta­tion. » La tri­bune en ques­tion porte le titre « Mar­got ou le bru­tal retour en arrière de la Pologne », avec en chapô la thèse cen­trale de l’auteur : « L’ar­resta­tion d’une jeune mil­i­tante LGBT+ à Varso­vie le 7 août reflète l’ac­céléra­tion de la ‘con­tre-révo­lu­tion’ voulue par le par­ti Droit et Jus­tice (PiS) au pou­voir. Femmes et LGBT en sont les pre­mières vic­times. » Plus loin, la Polon­aise Agniesz­ka Żuk dont Libéra­tion a choisi de pub­li­er la tri­bune développe sa thèse, con­fortée à ses yeux par l’arrestation de « Mar­got » : « Les pop­ulistes de droite ain­si que leur prin­ci­pal allié, l’Église catholique, ne pour­ront pas se main­tenir au pou­voir sans un bru­tal retour en arrière : musel­er les femmes et les minorités sex­uelles en instau­rant un cli­mat de ter­reur. » Fichtre ! Mais ce n’est pas tout, car le PiS aujourd’hui en pou­voir en Pologne s’en prendrait aus­si aux femmes, ain­si que le sug­gérait le chapô de l’article. Pourquoi ? Parce qu’« en reti­rant leurs droits aux femmes et en encour­ageant la vio­lence à leur encon­tre, le PiS vise à neu­tralis­er les électeurs les plus désobéis­sants et les citoyens les plus engagés dans la lutte pour la défense de la démoc­ra­tie et des minorités sex­uelles. »

Qui est vraiment « Margot » ?

Quit­tons donc le domaine des émo­tions pour revenir aux faits. « Mar­got » est le surnom que se donne cet « organ­isme non hétéro­sex­uel et non binaire » (dix­it Médi­a­part). Ce surnom ren­voie au prénom féminin Mał­gorza­ta (Mar­guerite) égale­ment util­isé par « l’organisme » en ques­tion. Le vrai nom de Mar­got, c’est Michał (Michel) Szu­tow­icz. Ain­si qu’on peut le lire sur le site Viseg­rád Post dans l’article « Après l’arrestation en Pologne d’un mil­i­tant LGBT pour des faits de vio­lence, la gauche s’enflamme », « l’arrestation de Michał Sz. le ven­dre­di 7 août (non plus pour une sim­ple garde à vue mais cette fois pour deux mois) au siège d’une organ­i­sa­tion LGBT où il se trou­vait, a provo­qué la colère d’autres mil­i­tants LGBT qui ont rameuté les troupes et ont insulté et bous­culé les policiers, leur crachant au vis­age et cau­sant des dégâts aux véhicules de police. Les policiers ont donc dû procéder à d’autres arresta­tions : 48 man­i­fes­tants en tout, qui ont ensuite été relâché mais qui vont avoir à répon­dre de faits d’outrage à agent et de vio­lence con­tre les forces de l’ordre. » Face aux accu­sa­tions, la police polon­aise a d’ailleurs pub­lié des vidéos de l’arrestation de « Mar­got », comme ici sur son compte Twit­ter offi­ciel.

Margot/Michal est bien l’agresseur

L’arrestation de Mar­got avait été ordon­née par un tri­bunal, sur demande du par­quet, pour une agres­sion com­mise le 27 juin dernier. Expli­ca­tion du Viseg­rád Post : « L’agression a eu lieu le 27 juin dernier rue Wilcza à Varso­vie. Un groupe de mil­i­tants LGBT a alors encer­clé une four­gonnette de l’organisation pro-vie Pro-Pra­wo do Życia. Par­mi eux, Michał Sz., qui sem­blait entraîn­er les autres. Le con­duc­teur de la four­gonnette a filmé l’incident, tan­dis que le pas­sager est descen­du et a cher­ché à calmer les esprits, les pneus du véhicule ayant de toute façon été crevés par les agresseurs. Un des mil­i­tants LGBT a cher­ché à le ren­vers­er sans y par­venir, mais il a rapi­de­ment été aidé par Michał Sz. qui l’a fait tomber à terre avant de lui assen­er quelques coups puis de le laiss­er, repar­tant accom­pa­g­né de ses acolytes. Aujourd’hui, sur la base des vidéos en pos­ses­sion du par­quet, Michał Sz. est aus­si accusé d’être un des auteurs des dom­mages causés à la four­gonnette (pneus et bâche de la remorque lacérés au couteau, rétro­viseur cassé, plaques d’immatriculation arrachées…), et il a en out­re appelé ultérieure­ment, sur les réseaux soci­aux, à com­met­tre d’autres agres­sions physiques du même type con­tre la four­gonnette de Pro-Pra­wo do Życia. » On notera au pas­sage que « la bénév­ole » qui aurait été « poussée » par Mar­got (dix­it Le Monde) est en fait un bénév­ole, un homme que Michał Szu­tow­icz alias Mar­got a attaqué physique­ment en le frap­pant et en le met­tant à terre.

La com­pagne de Michał Szu­tow­icz, Łania Madej (qui se dit les­bi­enne puisque son com­pagnon Michał/Małgorzata serait en réal­ité une femme enfer­mée dans un corps d’homme, même si ce dernier se dit aus­si « non binaire », c’est-à-dire, dans le lan­gage de la théorie du genre, ni vrai­ment homme ni vrai­ment femme), dévoilait le 11 août dans Vogue ce qu’était leur col­lec­tif « Stop Bzdurom » (stop aux idi­oties) créé « pour lut­ter con­tre la pro­pa­gande homo­phobe » (dix­it Médi­a­part) : « Nous sommes le mou­ve­ment queer anar­chiste polon­ais. Notre espace, c’est la rue, et notre objec­tif c’est la lutte con­tre toute man­i­fes­ta­tion d’homophobie, de trans­pho­bie, et de queer­pho­bie dans notre pays. (…) Nous n’avons pas peur d’avoir une approche plus rad­i­cale. (…) Nous avons toutes les deux une expéri­ence mil­i­tante. Avant de lancer Stop Bzdurom nous avons mil­ité dans d’autres organ­i­sa­tion, y com­pris des organ­i­sa­tions anar­chistes ».

Ain­si, après véri­fi­ca­tion, ce n’est pas la démoc­ra­tie qui serait en dan­ger en Pologne comme le pré­ten­dent Médi­a­part, Le Monde et Libéra­tion, mais plutôt l’anarchie trans, queer et non binaire. Aux fous ?

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