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Appel au secours de la mère de Julian Assange

16 novembre 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Appel au secours de la mère de Julian Assange

Après avoir été emprisonné en Angleterre, Julian Assange vit en situation de reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012, plus de six ans, presque 2300 jours. Son crime ? Avoir informé le monde entier via Wikileaks des agissements des États-Unis dans les guerres qu’ils ont déclenchées. Sa vie est en danger et sa mère lance maintenant un appel pour le sauver. Les intertitres en gras sont de notre rédaction.

La vie de Julian Assange est en danger

« Ceci n’est pas un exer­ci­ce. C’est une urgence. La vie de mon fils, le jour­nal­iste Julian Assange, est en dan­ger immi­nent et grave. Je vous remer­cie tous d’entendre l’appel d’une mère qui vous demande de l’aider à le sauver.

Bien que Julian soit un jour­nal­iste primé à maintes repris­es, très aimé et respec­té pour avoir courageuse­ment dénon­cé, dans l’intérêt du pub­lic, des crimes graves et la cor­rup­tion à haut niveau, il est actuelle­ment seul, malade, souf­frant et réduit au silence et à l’isolement, coupé de tout con­tact et tor­turé au cœur de Lon­dres. La prison mod­erne des pris­on­niers poli­tiques n’est plus la Tour de Lon­dres mais l’Ambassade de l’Équateur.

Huit ans de détention

Voici les faits : Julian est détenu depuis près de huit ans sans incul­pa­tion. Vous avez bien lu : sans inculpation.

Au cours des six dernières années, le gou­verne­ment bri­tan­nique a refusé ses deman­des d’accès aux soins de san­té de base : air frais, exer­ci­ce, soleil pour la vit­a­mine D et accès à des soins médi­caux et den­taires appro­priés. En con­séquence, sa san­té s’est sérieuse­ment détéri­orée et les médecins qui l’examinent met­tent en garde con­tre ces con­di­tions de déten­tion qui met­tent sa vie en dan­ger. Un assas­si­nat lent et cru­el se déroule sous nos yeux à l’ambassade de Londres.

En 2016, après une enquête appro­fondie, les Nations Unies ont statué que les droits de Julian avaient été vio­lés à plusieurs repris­es, qu’il était détenu illé­gale­ment depuis 2010, et ont ordon­né sa libéra­tion immé­di­ate, un sauf-con­duit et son indem­ni­sa­tion. Le gou­verne­ment bri­tan­nique a refusé de se con­former à la déci­sion de l’ONU.

Le gou­verne­ment améri­cain a déclaré que l’arrestation de Julian était une pri­or­ité. Ils veu­lent con­tourn­er la pro­tec­tion des jour­nal­istes améri­cains en ver­tu de leur Pre­mier Amende­ment [de la Con­sti­tu­tion US] en l’accusant d’espionnage. Ils ne reculeront devant rien pour le faire.

En rai­son de la men­ace que les États-Unis font peser sur l’Équateur, son droit d’asile est main­tenant directe­ment men­acé. Les pres­sions exer­cées par les États-Unis sur le nou­veau prési­dent équa­to­rien ont con­duit Julian à être placé en isole­ment cel­lu­laire strict et sévère au cours des sept derniers mois. Privé de tout con­tact avec sa famille et ses amis. Seuls ses avo­cats peu­vent lui ren­dre visite.

Changement politique en Équateur

Il y a deux semaines, la sit­u­a­tion s’est con­sid­érable­ment aggravée. L’ancien prési­dent de l’Équateur, Rafael Cor­rea, qui a légitime­ment accordé à Julian l’asile poli­tique devant les men­aces améri­caines con­tre sa vie et sa lib­erté, a publique­ment aver­ti que lorsque le vice-prési­dent améri­cain Mike Pence s’est récem­ment ren­du en Équa­teur, un accord a été con­clu pour livr­er Julian aux États-Unis. Il a déclaré que parce que le coût poli­tique d’une expul­sion de Julian était trop élevé, le plan con­siste à le bris­er men­tale­ment. Un nou­v­el ensem­ble de règles et de pro­to­coles inhu­mains, impos­si­bles à met­tre en œuvre, a été mis en place à l’ambassade pour le tor­tur­er au point de le faire cra­quer et le forcer à partir.

En même temps, un mem­bre du gou­verne­ment équa­to­rien a ten­té à plusieurs repris­es d’annuler la citoyen­neté équa­to­ri­enne [de Julian] afin qu’il puisse être extradé directe­ment vers les États-Unis.

Alors que ses avo­cats con­tes­taient cette dernière vio­la­tion de ses droits humains en ver­tu de la Con­sti­tu­tion équa­to­ri­enne, l’avocat du gou­verne­ment a aver­ti Julian que même son témoignage décrivant ses souf­frances pour­rait con­stituer une vio­la­tion du nou­veau pro­to­cole et un motif d’expulsion de l’ambassade. Ils lui ont refusé la vis­ite de ses avo­cats pen­dant qua­tre jours, avant l’audience de lun­di prochain, ce qui com­pro­met la pré­pa­ra­tion de son dossier et accroît encore son isole­ment, son anx­iété et son stress.

Pressions américaines

Ils sont en train de piéger mon fils pour avoir une excuse pour le livr­er aux États-Unis, où il fera l’objet d’un sim­u­lacre de procès.

Au cours des huit dernières années, il n’a pas eu accès à un proces­sus juridique appro­prié. A chaque étape, c’est l’injustice qui a pré­valu, avec un énorme déni de jus­tice. Il n’y a aucune rai­son de penser qu’il en sera autrement à l’avenir. Le grand jury améri­cain qui pro­duit le man­dat d’extradition se tient en secret, a qua­tre pro­cureurs mais pas de défense ni de juge.

Le traité d’extradition entre le Roy­aume-Uni et les États-Unis per­met au Roy­aume-Uni d’extrader Julian vers les États-Unis sans qu’il y ait de preuve pri­ma facie. Une fois aux États-Unis, la Nation­al Defense Autho­riza­tion Act per­met la déten­tion illim­itée sans procès. Julian risque d’être empris­on­né à Guan­tá­namo Bay et tor­turé, d’être con­damné à 45 ans de prison de haute sécu­rité, ou la peine de mort.

Vengeance contre Wikileaks

Mon fils est en dan­ger cri­tique à cause d’une per­sé­cu­tion bru­tale et poli­tique par les tyrans au pou­voir dont il a courageuse­ment dénon­cé les crimes et la cor­rup­tion quand il était rédac­teur en chef de Wik­iLeaks. Les entités cor­rompues qui, au gou­verne­ment, par­lent d’intimidation, de fauss­es nou­velles et de droits humains sont les mêmes brutes qui poussent mon fils à la mort.

Il sem­blerait que le jour­nal­isme courageux, hon­nête et primé à plusieurs repris­es soit devenu une activ­ité dangereuse.

Les voies légales ont été sub­ver­ties, et il est donc peu prob­a­ble qu’elles puis­sent le sauver.

Parce qu’il s’agit d’une per­sé­cu­tion poli­tique transna­tionale par une super­puis­sance sauvage en col­lu­sion avec ses alliés, sauver Julian néces­site l’indignation des peu­ples du monde.

Je vous demande de faire du bruit, beau­coup de bruit, et de con­tin­uer à en faire jusqu’à ce que mon fils soit libéré. Nous devons pro­test­er con­tre cette bru­tal­ité assourdissante.

Appel aux journalistes

J’en appelle à tous les jour­nal­istes pour qu’ils se dressent, parce qu’il est votre col­lègue — et parce que vous serez les prochains.

J’en appelle à tous les politi­ciens qui dis­ent qu’ils sont entrés au Par­lement pour servir le peu­ple, pour qu’ils se dressent maintenant.

J’en appelle à tous les activistes qui sou­ti­en­nent les droits de l’homme, les réfugiés, l’environnement, et qui sont con­tre la guerre, à se dress­er main­tenant parce que Wik­iLeaks a servi les caus­es que vous défend­ez, et Julian souf­fre main­tenant pour cela, à vos côtés.

J’en appelle à tous les citoyens attachés à la lib­erté, à la démoc­ra­tie et à la jus­tice, à met­tre de côté leurs diver­gences poli­tiques et à s’unir et à se mobilis­er maintenant.

La plu­part d’entre nous n’ont pas le courage des lanceurs d’alerte, ni des jour­nal­istes comme Julian Assange qui les pub­lient, afin que nous soyons infor­més et aver­tis des abus de pou­voir. Mais nous pou­vons nous mobilis­er en masse et les protéger.

Tout au long de l’histoire, lorsque les abus de pou­voir sont devenus insup­port­a­bles pour le peu­ple, celui-ci s’est uni et s’est levé pour les faire cesser.

Le moment est venu de dire « ça suf­fit ! Nous, les gens, ne res­terons pas les bras croisés et ne regarderons pas mourir ce courageux journaliste. »

Chris­tine Assange

Source : Tra­duc­tion “gorge nouée et rage au ven­tre. Où sont les médias alter­nat­ifs ?” par VD pour le Grand Soir

Rappel sur l’affaire Wikileaks

Julian Assange, citoyen aus­tralien, crée Wik­ileaks en 2006. En 2010, avec Chelsea Man­nings, via Wik­ileaks, il fait fuiter près de 400 000 doc­u­ments clas­si­fiés de l’armée améri­caine por­tant sur le con­flit irakien déclenché en 2003 par les États-Unis. Ces doc­u­ments per­me­t­tent entre autres de chiffr­er à plus de 100 000 les morts irakiens causés par le con­flit en huit ans dont 60% de civils. Ceci alors même que les États-Unis vendaient aux médias une fake news avant l’heure : leurs « frappes chirur­gi­cales ». Peu après l’autre fake news du siè­cle des « armes de destruc­tion mas­sives » de Sad­dam Hussein.

Crédit pho­to : Can­cillería del Ecuador via Flickr (cc)

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