Vous avez dit pensée unique ?

Vaucluse matin ment-il à ses lecteurs quand il annonce en une et en manchette le 11 mars dernier : « François Hollande à notre journal – « avoir un cap et s’y tenir » ? Même question, quand on lit, en page 20 du même journal : « Le Président de la République répond à notre journal ».

La question mérite en effet d’être posée car… François Hollande n’a jamais répondu aux questions d’un journaliste de Vaucluse matin, ni même à celle d’un journaliste de son grand frère du Dauphiné libéré ! Pour s’en rendre compte, il faut lire l’article jusqu’au bout et remarquer cet avertissement, en petit caractère : « propos recueillis par Jean-Philippe Guillot (par mail pour le groupe Est-Bourgogne-Rhône-Alpes dont fait partie Le Dauphiné Libéré) ».

En effet, le groupe Ebra, propriété du Crédit mutuel a mutualisé ses rédactions. Comme l’explique Libération, « au Crédit mutuel, vraiment tout est mutuel : même les articles des journaux détenus par la banque », soit une quinzaine de titres dont L’Est républicain, Le Dauphiné Libéré, Le Progrès ou encore les Dernières nouvelles d’Alsace représentant pas moins d’un million d’exemplaires vendus par jour. Désormais, « les informations générales – « les IG » – sont traités à Paris », par une rédaction d’une quinzaine de journalistes. « A terme, continue Libération, les pages seront envoyées clé en main à tous les titres du groupe ». C’est ainsi que l’interview, par mail, de François Hollande, réalisée par un journaliste du Bien Public de Dijon, s’est retrouvée dans tous les journaux.

Bien entendu, ce nouveau fonctionnement fait grogner dans les salles de rédaction. « Avec la mutualisation, on n’a plus la main sur ce qu’on publie », regrette un journaliste du Progrès. « Il s’agit d’une attaque frontale contre l’histoire de ces journaux, leurs identités respectives, l’indépendance de leurs rédactions », accuse pour sa part le SNJ.

Et le lecteur, dans tout cela ? Et bien, il est prié d’avaler la même information, traitée de la même manière, qu’il soit à Lyon, à Dijon, à Strasbourg ou à Grenoble ! Et Libération de citer un journaliste du Républicain lorrain : « c’est la pensée unique pour toute la moitié est de la France » !

Si même les journalistes se mettent à dénoncer la pensée unique…

Source : Libération