Accueil | Actualités | Médias | Violence des « antifas » : avis de brouillage sémantique
Pub­lié le 22 octobre 2017 | Éti­quettes :

Violence des « antifas » : avis de brouillage sémantique

Des actes de violence de « militants antifas » ont fait les titres des journaux ces dernières semaines. Ainsi, le 12 septembre, les manifestations contre les ordonnances Travail ont donné lieu selon Le Figaro à des violences par des « antifas » en marge des cortèges. Le 23 septembre, RT nous informe que des antifas ont perturbé un discours de Jean-Luc Mélenchon. Début octobre, selon L’Express, des individus qualifiés d’« antifas » soupçonnés d’avoir incendié le 18 mai 2016 une voiture de police occupée par des policiers étaient jugés à Paris. Dans la couverture de ces événements, les auteurs de violence sont qualifiés d’antifas. L’utilisation de ce terme par certains médias est-elle justifiée ou erronée ?

Des faits multiples

Lors du meeting de J.L. Mélenchon, « des coups ont été échangés avec des antifas », selon un reporter de RT France, alors que ceux-ci tentaient de perturber le discours du leader de la France Insoumise. « Ce qui semble être une bombe de gaz lacrymogène a également été utilisée » relate le site RT. Le 12 septembre, ce sont selon Le Figaro « une centaine (d’antifas) capuchés et masqués (…) présents en tête de cortège (qui) ont affronté les forces de l'ordre à coups de projectiles variés et de fumigènes ».

En octobre, ce sont selon L’Express des « antifas » qui sont jugés car accusés d’avoir incendié un véhicule occupé par des policiers en mai 2016. On pourrait multiplier les exemples.

Les « militants antifas » se présentent dans leurs multiples blogs comme s'opposant au totalitarisme. Ils se définissent en fonction d’une opposition « intellectuelle » à une idéologie. Le substantif du mot « militant » suggère une personne agissant pour une cause par les idées.

Peut-on dire lors les 3 évènements relatés – l’incendie d’une voiture occupée par des policiers, la perturbation d’un discours d’un homme politique, des affrontements avec la police lors de manifestations – que les « antifas » aient de quelque manière que ce soit entrepris un travail de conviction propre aux militants ? Sont-ils sur le terrain politique du débat d’idées ?

Antifas ou simples casseurs ?

Dans les années 80, les termes moins ambigus de « casseurs » et d’« autonomes » étaient utilisés pour qualifier les auteurs de violences lors de manifestations. Utiliser l’appellation d’« antifas » que les casseurs s’attribuent revient à donner un vernis politique à des actions violentes.

Rares sont les titres qui, comme Sud-Ouest réfutent ce vernis et qualifient les auteurs de violences de « black blocks » et « autonomes ». Cela n’empêchera pas le journaliste Claude Askolovitch dans une chronique sur Arte de déplorer le fait que les « antifas » soient en quelques années passés du statut de héros (pour qui ?!) à celui de « nouveaux diables »… « Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde », la citation d’Albert Camus a encore toute sa pertinence…

Crédit photo : aftershow via Flickr (cc)

Puisque vous êtes là, une minute d’attention s’il vous plaît…

Appels aux dons

…nous avons une petite faveur à vous demander. Vous êtes chaque jour plus nombreux à nous lire. Le travail de l’Observatoire du journalisme (Ojim) est unique. Chaque jour nous contribuons à « vous informer sur ceux qui vous informent », à nous battre pour la liberté d’expression, pour le pluralisme dans les médias, contre les censures.

Tout ceci se fait avec une petite équipe motivée, certains sont bénévoles mais la plupart sont des journalistes indépendants ou des étudiants en journalisme qui sont rémunérés. La majorité des rédacteurs, le webmestre, le manager des réseaux sociaux, l’infographiste, le vidéaste, le dessinateur sont rémunérés. Nous aider c’est préserver notre indépendance et conforter une voix attaquée en justice par Ramzi Khiroun, numéro 2 du groupe Lagardère, pour nous faire taire. Votre don est éligible à un reçu fiscal de 66%. Un don de 50 € ne vous coûtera que 16 €. Un don de 100 € vous revient à 33 €. Un don même minime est un encouragement, cela ne vous prend qu’une minute. D’avance merci !

Claude Chollet
Président de l'Ojim

Share This