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Un documentaire sur l’Ukraine crée la polémique
Publié le 

1 février 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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Un documentaire sur l’Ukraine crée la polémique

« Ukraine : les masques de la révolution ». Dans ce documentaire diffusé sur Canal, Paul Moreira met en lumière le rôle des groupes paramilitaires radicaux dans la « révolution » ukrainienne de février 2014.

Un angle qui, bien que factuel et doc­u­men­té, a le don d’a­gac­er cer­tains jour­nal­istes ukrainiens mais aus­si français. À ce pro­pos, l’am­bas­sade d’Ukraine a même fait pres­sion sur la chaîne cryp­tée pour ten­ter d’annuler la dif­fu­sion du doc­u­men­taire. Dans les médias français, Libéra­tion et Le Monde se sont par­ti­c­ulière­ment illus­trés dans le dén­i­gre­ment.

Esti­mant que mon­tr­er, doc­u­ments à l’appui, l’influence de grou­pus­cules néo-nazis dans cette révo­lu­tion vous trans­for­mait en agent russe, Renaud Rebardy, dans son blog hébergé sur Libération.fr accuse Paul Mor­eira de « met­tre en image le dis­cours du Krem­lin ». Reporter depuis 15 ans et primé à de nom­breuses repris­es, ce dernier n’a pour­tant fait que s’in­téress­er à un aspect peu abor­dé par les médias occi­den­taux de cette révo­lu­tion. Et pour cause : les médias ont glob­ale­ment pris le par­ti de ce qui s’apparente de plus en plus à un coup d’État téléguidé par les États-Unis et qu’ils ont présen­té comme un mou­ve­ment pop­u­laire pro-européen.

Renaud Rebardy con­sid­ère en out­re que plusieurs pro­tag­o­nistes ont vu leurs traits exagérés, comme par exem­ple Oleg Tiag­ni­bok, dirigeant du par­ti Svo­bo­da. C’est égale­ment l’avis de Benoît Vik­tine qui dans Le Monde, estime que le doc­u­men­tariste a exagéré la véri­ta­ble influ­ence de cette extrême-droite ukraini­enne sur les événe­ments.

Pour le blogueur de Libé, Tiag­ni­bok ne serait qu’un « nation­al­iste ultra-con­ser­va­teur » et non un indi­vidu « issu de la mou­vance néo-nazie » comme le présente Paul Mor­eira. Le per­son­nage est pour­tant placé par le cen­tre Simon Wiesen­thal dans la liste des 10 anti­sémites mon­di­aux les plus dan­gereux, notam­ment pour son appel à purg­er l’Ukraine de ses 400 000 juifs et rus­so­phones !

À la suite de cette polémique, Paul Mor­eira s’est jus­ti­fié dans un com­mu­niqué. C’est alors qu’il enquê­tait sur le drame d’Odessa (où 45 per­son­nes sont mortes brûlées dans un incendie crim­inel le 2 mai 2014), un fait par ailleurs large­ment passé sous silence par la plu­part des médias occi­den­taux, que le jour­nal­iste s’est ren­du compte de « l’importance des mil­ices nation­al­istes ». « Elles étaient en pre­mière ligne dans les com­bats de rue à Maï­dan, puis s’étaient for­mées en batail­lons pour aller com­bat­tre à l’Est les troupes russ­es », racon­te-t-il.

Mal­heureuse­ment, son enquête de ter­rain va « à l’encontre de la nar­ra­tion com­muné­ment admise ». Ain­si le voici livré à la vin­dicte des pro-Maï­dan, accusé d’être un agent russe pour avoir osé fouiller un peu plus loin dans ces évène­ments com­plex­es. « Je savais que j’allais ren­con­tr­er une oppo­si­tion vir­u­lente, qu’on allait m’accuser de faire le jeu de Pou­tine, de repren­dre des élé­ments de sa pro­pa­gande. Je ne m’attendais pas à tomber sur autant de déni, frisant par­fois l’hystérie », con­fesse-t-il.

Et de con­clure en soulig­nant que « renon­cer à dire ce que l’on sait parce que “ça fait le jeu de la pro­pa­gande russe”, c’est soi-même devenir un pro­pa­gan­diste ».

Mor­eira a reçu le sou­tien de l’é­con­o­miste Olivi­er Berruy­er. Sur son blog, ce dernier a fourni depuis les événe­ments un vrai tra­vail d’in­for­ma­tion. Un tra­vail que n’ont mal­heureuse­ment pas fait les médias qui con­tes­tent le doc­u­men­taire… Ain­si, après avoir défendu le jour­nal­iste, Berruy­er juge qu’il est « très agaçant de se dire qu’on est bien obligé de pass­er du temps, soir et week-end, à s’occuper de ça sur son blog per­son­nel, alors que, je le rap­pelle, je ne suis pas jour­nal­iste, et que c’est non seule­ment leur méti­er, mais qu’en plus il y a de fortes aides publiques »…

Une fois de plus, il fau­dra compter sur ce qu’il con­vient désor­mais d’ap­pel­er la « réin­fos­phère » pour être infor­mé cor­recte­ment sur le cas ukrainien, un enjeu géopoli­tique vis­i­ble­ment trop impor­tant pour pouss­er les médias sub­ven­tion­nés à l’hon­nêteté… Les crispa­tions faisant suite à la sor­tie du doc­u­men­taire de Mor­eira ne sauraient mieux l’il­lus­tr­er.

Crédit pho­to : DR

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