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TV Republika, dernière chaîne d’info conservatrice en Pologne, attaquée de toutes parts

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16 janvier 2024

Temps de lecture : 9 minutes
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TV Republika, dernière chaîne d’info conservatrice en Pologne, attaquée de toutes parts

Temps de lecture : 9 minutes

Maintenant que la nouvelle coalition des libéraux, du centre et de la gauche conduite par l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk a pris le contrôle des médias publics en Pologne, c’est au tour de la chaîne d’info privée à bas budget, TV Republika, de se trouver sous le feu des attaques. Et c’est le marchand suédois de meuble Ikea ainsi que la filiale polonaise de la Commerzbank, une banque allemande, qui ont les premiers ouvert les hostilités, bientôt suivies par d’autres sociétés qui ont à leur tour annoncé vouloir retirer leurs publicités de la chaîne.

Après le contrôle des médias publics par Donald Tusk, les médias privés

Pen­dant ce temps, le car­ac­tère illé­gal de la prise de con­trôle des médias publics qui s’est opéré par la force, avec des agences de sécu­rité privées recrutées par le gou­verne­ment de Don­ald Tusk et appuyées par la police, a été con­fir­mé la semaine passé par deux déci­sions du tri­bunal de Varso­vie chargé d’enregistrer les change­ments dans la com­po­si­tion des con­seils d’administrations, direc­toires ou con­seils de sur­veil­lance des sociétés publiques et privées. En l’occurrence, les requêtes déposées par le min­istre de la Cul­ture au Reg­istre judi­ci­aire nation­al (qui, en Pologne, tient le rôle de notre Reg­istre du com­merce et des sociétés), pour inscrire au reg­istre les nou­veaux mem­bres des organes dirigeants de la télévi­sion publique TVP et de la radio publique Pol­skie Radio, ont toutes deux été rejetées au motif que les nom­i­na­tions opérées par le min­istre sont illégales.

Or ce sont juste­ment ces nou­veaux dirigeants qui, à par­tir du 20 décem­bre, sont venus pren­dre la place des dirigeants légitimes des médias polon­ais avec l’aide d’hommes de mains dépêchés par des agences de sécu­rité privées.

Silence de RSF

À ce sujet, on attend tou­jours la réac­tion out­rée de Reporters sans fron­tières qui tarde à venir, ce qui, pour le moment, con­firme donc le par­ti-pris idéologique de cette ONG. À l’Observatoire du Jour­nal­isme, nous avions déjà remar­qué en jan­vi­er 2017 ce deux poids, deux mesures de RSF vis-à-vis de la Pologne, en fonc­tion de qui gou­verne ce pays. Et d’ailleurs, à la mi-décem­bre 2023, quelques jours seule­ment avant la prise de con­trôle des médias publics par des moyens, qui, de l’aveu même de France Télévi­sions, rap­pelle plus des méth­odes de putschiste que celles d’un État de droit, RSF avait exprimé son espoir de voir le nou­veau gou­verne­ment de Don­ald Tusk « ini­ti­er des réformes con­certées et sys­témiques pour la lib­erté de la presse ». Ceci mal­gré le pas­sif de M. Tusk dans ce domaine, qui date de l’époque où il avait déjà été à la tête du gou­verne­ment de son pays.

Avec la chaîne publique d’information TVP Info main­tenant sous le con­trôle direct de la nou­velle coali­tion gou­verne­men­tale, la sit­u­a­tion de fait prenant tou­jours le pas sur la sit­u­a­tion de droit dans cette Pologne gou­vernée par ceux qui, pen­dant huit ans, appelaient aux sanc­tions européennes con­tre leur pays pour cause de vio­la­tion sup­posée aux règles de l’État de droit, on a observé une fuite des téléspec­ta­teurs vers la petite chaîne privée d’information en con­tin­ue TV Repub­li­ka.

TV Republika en pleine expansion

TV Repub­li­ka émet sur la TNT, le câble et Inter­net et peut donc être vue par la grande majorité des Polon­ais. En deux semaines, entre la fin décem­bre et le début du mois de jan­vi­er, la chaîne a vu affluer 250 000 nou­veaux abon­nés sur sa chaîne YouTube et était regardée dans le même temps (entre le 20 décem­bre et le 9 jan­vi­er), via les canaux tra­di­tion­nels, par 185 000 téléspec­ta­teurs en moyenne, soit 2,92 % de l’ensemble des téléspec­ta­teurs, avec une pointe à 5,33% (314 000 téléspec­ta­teurs) le 9 jan­vi­er, jour de l’arrestation très con­tro­ver­sée de deux députés du PiS mem­bres du précé­dent gou­verne­ment (dont l’ancien min­istre de l’Intérieur !) . À titre de com­para­i­son, pour la péri­ode du 1er au 19 décem­bre, TV Repub­li­ka n’était regardée que par 0,10 % des téléspec­ta­teurs en moyenne.

Cette chaîne à bas bud­get, jusqu’ici assez mar­ginale, occupe donc désor­mais la deux­ième place du marché audio­vi­suel polon­ais pour ce qui est des chaînes d’information. La pre­mière place est tou­jours occupée par TVN24, la chaîne d’information du groupe privée TVN qui appar­tient à l’Américain Warn­er Bros. Dis­cov­ery et qui sert à ses téléspec­ta­teurs une ligne édi­to­ri­ale très engagée en faveur du camp gau­cho-libéral et très hos­tile – pour ne pas dire par­fois même méprisante, voire haineuse et volon­tiers manip­u­la­trice – vis-à-vis du camp con­ser­va­teur. Pol­sat News, la chaîne d’information du deux­ième grand groupe privé de télévi­sion en Pologne, le groupe Pol­sat, à cap­i­taux polon­ais et à la ligne édi­to­ri­ale égale­ment libérale-pro­gres­siste mais mal­gré tout net­te­ment moins mil­i­tante que TVN, arrive troisième, désor­mais der­rière TV Repub­li­ka, avec 2,23 % du marché. La chaîne publique TVP Info, après avoir repris ses émis­sions le 29 décem­bre (après plus d’une semaine d’écran noir) avec une ligne rap­pelant désor­mais celle de TVN24 (dont il a récupéré cer­tains jour­nal­istes, exonérés pour l’occasion par TVN de leur clause de non-con­cur­rence), n’était plus regardée que par 0,77 % des téléspectateurs.

Une audience multipliée par 30

Le jour­nal du soir de TV Repub­li­ka est quant à lui regardé en moyenne par 3,35 % des téléspec­ta­teurs à son heure d’émission, c’est-à-dire 424 000 téléspec­ta­teurs hors Inter­net, soit 30 fois plus qu’avant le 20 décem­bre. Une autre petite chaîne d’info privée, wPolsce.pl, présente sur le câble et sur Inter­net, con­naît égale­ment un bond de +477,78 %, atti­rant désor­mais (pour la péri­ode du 20 décem­bre au 9 jan­vi­er) 0,17 % des téléspec­ta­teurs en moyenne.

TV Repub­li­ka a prof­ité des purges opérées au sein de la télévi­sion publique pour recruter quelques-uns des présen­ta­teurs et jour­nal­istes vedettes de TVP Info dont elle partage l’ancienne ligne édi­to­ri­ale, très favor­able au précé­dent gou­verne­ment con­ser­va­teur et au par­ti Droit et Jus­tice (PiS) et très hos­tile aux libéraux et à la gauche, ce qui sem­ble avoir con­tribué à l’attrait de la chaîne pour les anciens adeptes de TVP Info.

Attaques du camp libéral-libertaire

C’est donc tout naturelle­ment vers TV Repub­li­ka que se tour­nent désor­mais les attaques de la bien-pen­sance, c’est-à-dire de cette gauche libérale qui aimerait béné­fici­er en Pologne du même genre de qua­si-mono­pole médi­a­tique dont elle béné­fi­cie dans des pays comme la France ou l’Allemagne.

L’occasion pour ces attaques a été don­née par trois déc­la­ra­tions faites par des invités TV Repub­li­ka à pro­pos du nou­veau Pacte migra­toire adop­té en décem­bre par l’UE pour per­me­t­tre la relo­cal­i­sa­tion des immi­grants illé­gaux deman­dant l’asile à leur arrivée en Europe. Se moquant du car­ac­tère totale­ment irréal­iste de ces relo­cal­i­sa­tions alors que les règles européennes et la jurispru­dence de la CJUE imposent de laiss­er ces migrants libres de leurs mou­ve­ments et que la Pologne fait par­tie de l’espace sans fron­tières de Schen­gen, ce qui veut dire qu’il sera impos­si­ble de main­tenir en Pologne ces migrants relo­cal­isés, ces trois invités – un comique, un jour­nal­iste et un politi­cien de droite – ont, à dif­férents moments, pro­posé d’utiliser l’infrastructure des camps de con­cen­tra­tion lais­sée en Pologne par l’Allemagne nazie (propo­si­tion du comique Jan Pietrzak) ou encore de les tatouer comme du bétail (propo­si­tion du jour­nal­iste Marek Król). Le politi­cien de Kukiz’15, par­ti allié du PiS, Marek Jaku­bi­ak a quant à lui fait le par­al­lèle entre l’envoi poten­tiel de migrants en Pologne par l’Allemagne  et le fléau des déchets alle­mands exportés illé­gale­ment en Pologne.

Même si l’ironie présente dans les pro­pos des auteurs de ces paroles est évi­dente pour qui veut bien les écouter avec un tant soit peu d’honnêteté intel­lectuelle, l’animateur de l’émission de TV Repub­li­ka où ces paroles sont tombées a immé­di­ate­ment réa­gi, protes­tant con­tre ce type de propo­si­tion ou de com­para­i­son pour par­ler « de per­son­nes qui sont en réal­ité vic­times de la traite d’être humain ».

Mais l’occasion était trop belle pour cer­taines sociétés occi­den­tales présentes en Pologne et qui cherchent depuis déjà un cer­tain nom­bre d’années à réé­du­quer ce peu­ple polon­ais trop catholique et con­ser­va­teur à leur goût.

Le capital international attaque à son tour TV Republika

C’est ain­si qu’après la déc­la­ra­tion du jour­nal­iste Marek Król (avec laque­lle la chaîne TV Repub­li­ka avait égale­ment tout de suite pris ses dis­tances par un com­mu­niqué écrit), le marc­hand sué­dois de meubles Ikea, répon­dant aux pres­sions de mil­i­tants de gauche lui deman­dant pourquoi il émet­tait ses pub­lic­ités sur TV Repub­li­ka, a annon­cé qu’il allait retir­er toutes ses pub­lic­ités de la chaîne.

« Mer­ci de nous l’avoir sig­nalé », a tweeté Ikea le 3 jan­vi­er, « à par­tir de demain il n’y aura plus nos pub­lic­ités sur TV Repub­li­ka ». En Pologne, Ikea milite de manière agres­sive en faveur des reven­di­ca­tions du lob­by LGBT. L’année dernière, Ikea Pologne a même été con­damné pour avoir licen­cié un employé polon­ais catholique qui avait osé pro­test­er en interne con­tre les pres­sions exer­cées sur le per­son­nel pour pro­mou­voir les atti­tudes LGBT. L’employé en ques­tion avait invo­qué sa foi catholique pour expli­quer son refus de par­ticiper à cette action. Après son ren­voi, il a été défendu, avec suc­cès, par l’Institut Ordo Iuris, une organ­i­sa­tion d’avocats et juristes pro-famille et pro-vie, très active en Pologne et au sein des organ­i­sa­tions internationales.

Une fil­iale polon­aise de la banque alle­mande Com­merzbank, mBank, a immé­di­ate­ment emboîté le pas à Ikea. mBank fait elle aus­si par­tie de ces sociétés occi­den­tales engagées qui cherchent à impos­er au peu­ple polon­ais l’idéologie pro­gres­siste en vogue. Lors des man­i­fes­ta­tions pro-avorte­ment qui se sont déroulées en Pologne à la fin de l’année 2020, mBank avait publique­ment exprimé son sou­tien pour le mou­ve­ment « Grève des femmes » à l’origine de ces man­i­fes­ta­tions, mal­gré le côté extrême gauche rad­i­cale (et même révo­lu­tion­naire) de ce mou­ve­ment.

D’autres entre­pris­es ont suivi, telle l’enseigne de dis­tri­b­u­tion ali­men­taire Żab­ka, pro­priété du fonds d’investissement CVC Cap­i­tal Part­ners, basé au Luxembourg.

Du communisme au progressime libéral liberticide

Les Polon­ais ont l’habitude de ces multi­na­tionales idéol­o­gisées qui cherchent à leur impos­er le pro­gres­sisme pro-migrants et pro-LGBT dev­enue la nou­velle idéolo­gie total­i­taire de l’Occident. Une idéolo­gie sou­vent perçue comme une nou­velle forme de marx­isme dans l’ancienne Europe de l’Est qui se sou­vient encore de la dic­tature com­mu­niste. Mais des entre­pris­es polon­ais­es se sont égale­ment jointes au boy­cott pub­lic­i­taire de TV Repub­li­ka (qui en retour, aux côtés d’autres médias de droite, appelle les con­som­ma­teurs à boy­cotter ces mar­ques), tel le pro­duc­teur de char­cu­ter­ies Tar­czyńs­ki, par exemple.

Lors des gou­verne­ments précé­dents de Don­ald Tusk, les médias con­ser­va­teurs se plaig­naient de ne pou­voir trou­ver d’annonceurs car ceux-ci leur fai­saient part de pres­sions de la part des autorités et expli­quaient qu’une entre­prise qui avait le mal­heur de financer par sa pub­lic­ité un média de droite cri­tique du gou­verne­ment de Don­ald Tusk se retrou­vait offi­cieuse­ment exclue des marchés publics. On peut donc se deman­der si le boy­cott de TV Repub­li­ka annon­cé en ce début d’année par plusieurs entre­pris­es polon­ais­es n’est pas motivé par les mêmes craintes, main­tenant que l’Européen Don­ald Tusk est de retour…

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