Le président de l’Arcom a voulu couper court aux spéculations. Alors que CNews redoute de disparaître, Martin Ajdari a fermement démenti toute volonté de fermeture sur RTL. Assurant appliquer la loi pour garantir le pluralisme, il n’a toutefois pas totalement effacé les craintes sur une régulation de l’information à géométrie variable. Le débat sur les limites du contrôle de l’information par l’Arcom reste ouvert.
La crainte commençait à enfler, Martin Ajdari a voulu lui tordre le cou. Dans une tribune publiée dans Le Figaro, puis le lendemain sur les ondes de RTL, le président de l’Arcom a nié toute volonté de fermer CNews.
Maxime Saada, président de Canal+, avait en effet, le 24 juin dernier dans le même Figaro, prophétisé « après C8, bientôt CNews », dénonçant un pays « qui ferme les chaînes ».
« Ça n’a rien à voir », a répondu Ajdari. À l’en croire, C8 n’a pas été fermée, mais « a vu son autorisation d’émettre non renouvelée à son échéance, parce qu’il y avait de nombreux manquements et pas assez d’engagements ». Nuance bureaucratique.
« Contrairement à ce que j’entends dire, on n’a pas l’intention de fermer CNews, puisque l’Arcom a autorisé CNews en 2024 pour une période de dix ans », a‑t-il de surcroît assuré. À la question de savoir si la chaîne « jouait avec les lignes rouges », Ajdari s’est placé en « arbitre » et non en « commentateur du match », plaidant pour un simple respect des règles, ou plutôt des lois.
“Nous n’avons aucune intention de fermer CNews : c’est à la chaîne de respecter les lois, le pluralisme et l’ensemble des règles”
Martin Ajdari, président de l’ARCOM, face à @olivierbost dans #RTLMatin pic.twitter.com/884pm3zTE7
— RTL France (@RTLFrance) July 10, 2026
Maxime Saada avait fustigé qu’« une autorité qui se fait juge de l’équilibre de la critique ne protège pas le pluralisme, elle l’appauvrit ». Martin Ajdari lui a rétorqué : « L’Arcom applique la loi, sans parti pris ». Le haut fonctionnaire s’est réfugié derrière la mission affichée de son autorité pour garantir le pluralisme : CNews « doit pouvoir contribuer à la diversité des chaînes d’information disponibles (…) mais dans le respect de la loi ».
2027 sera aussi le grand test de l’impartialité de l’Arcom
Le haut fonctionnaire a prévenu que le régulateur exercerait avec une vigilance « toute particulière » cette mission dans les mois qui viennent, afin de protéger le débat démocratique et l’intégrité du scrutin.
Ajdari s’est ainsi défendu d’un pluralisme à géométrie variable : « C’est au nom de cette exigence de pluralisme, posée dans la loi audiovisuelle, que nous avons tout récemment mis en demeure deux stations de Radio France de veiller à l’équilibre du temps de parole des personnalités politiques », affirme-t-il.
En effet, le 11 juin, l’Arcom a mis en demeure Radio France pour avoir concentré l’essentiel du temps de parole du RN sur France Inter et France Info entre minuit et 6 heures du matin.
Pourtant, selon une étude exclusive de l’Ojim publiée le 2 juillet dernier, l’Arcom a sanctionné CNews mais fermé les yeux sur LCI et France Info. En analysant sur la même période (mars 2025) le traitement de l’actualité sur ces chaînes, notre enquête a révélé des déséquilibres manifestes : bien sûr, l’omniprésence de la guerre en Ukraine, mais surtout une forte convergence en faveur de Kiev et d’un réarmement européen, avec l’absence quasi totale de voix contestant le récit dominant.
Preuve que le gendarme de l’audiovisuel semble appliquer des critères très sélectifs.
Vers une uniformisation des débats ?
« Pourquoi vouloir toujours un débat millimétré, hors campagne électorale ? », réagissait Georges Fenech sur CNews dans la foulée de l’interview de Martin Ajdari. « On cède beaucoup sans trop s’en apercevoir, on porte une atteinte grave à la liberté d’expression et à la liberté d’information », ajoutait-il, regrettant une censure déguisée.
Après les propos de Martin Ajdari, président de l’Arcom, déclarant que l’instance n’avait «aucune intention de fermer CNews», Georges Fenech alerte dans #HDPros à propos des règles imposées: «On est en train de porter une atteinte grave à la liberté d’expression» pic.twitter.com/OZyCZngVTf
— CNEWS (@CNEWS) July 10, 2026
En juin dernier, le régulateur avait mis la chaîne de Vincent Bolloré en demeure, franchissant un cap dans le contrôle éditorial d’un média privé en appréciant le respect du pluralisme à l’antenne, jugeant le déséquilibre « trop manifeste et durable ». L’Arcom a notamment reproché à la chaîne de lier violence, immigration et islamisme « de manière univoque », sans contradiction suffisante.
Édouard Chanot
Voir aussi : Temps de parole : l’Arcom éteint la combine nocturne

