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L’audiovisuel public est-il impartial ? Ce qu’en pensent les Français (selon l’ARCOM)

1 juin 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

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Un mois après la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle, l’ARCOM a présen­té ce 29 mai son pro­pre rap­port sur l’impartialité de l’audiovisuel pub­lic. Bruno Lasserre, vice-prési­dent hon­o­raire du Con­seil d’État, a dévoilé ses con­clu­sions et l’ARCOM les résul­tats de son étude sur la per­cep­tion de l’im­par­tial­ité de l’au­dio­vi­suel pub­lic par les Français. Voici ce qu’il faut en retenir.

Charles Allon­cle con­tin­ue de don­ner des nuits blanch­es aux salariés de France Télévi­sions. Un mois après la fin de sa houleuse com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic, l’ARCOM vient de dégain­er à son tour un rap­port « sur l’im­par­tial­ité du ser­vice pub­lic de l’audiovisuel ».

Une réponse du berg­er à la bergère ? Pas vrai­ment : voilà près de six mois que le rap­port était atten­du, les travaux ayant été lancés le 28 octo­bre 2025. Mais tout de même, impos­si­ble de ne pas voir der­rière ces 100 pages une ten­ta­tive du gen­darme de l’audiovisuel d’apaiser les ten­sions à l’endroit d’un audio­vi­suel pub­lic sérieuse­ment bous­culé ces mois derniers.

Lire aus­si : [ENTRETIEN EXCLUSIF] Charles Allon­cle : « Beau­coup de députés ont tout fait pour que je ne par­le pas. »

Ces travaux de l’ARCOM, autorité elle-même con­tro­ver­sée, devaient « appro­fondir la notion d’impartialité applic­a­ble à l’audiovisuel pub­lic ». Un pari réus­si ? Pas sûr.

Car ce rap­port, tout juste sor­ti du four et présen­té ce ven­dre­di 29 mai devant un parterre con­quis, pour­rait se résumer à cette maxime : « Tout chang­er pour que rien ne change. » Nous y revien­drons. Pour com­pléter ce tra­vail, une étude a, en par­al­lèle, été ini­tiée par l’ARCOM afin de mieux cern­er la façon dont les Français envis­agent cette « exi­gence » d’impartialité.

Un climat général de défiance

Menée de jan­vi­er à avril 2026 (sur un échan­til­lon de 3500 per­son­nes) par les insti­tuts Think­Out et Har­ris Inter­ac­tive, l’é­tude sur la manière dont les citoyens perçoivent l’im­par­tial­ité des médias publics mais aus­si privés est riche d’enseignements.

Le pre­mier, sans grande sur­prise : l’information « pâtit du cli­mat général de défi­ance ». Seuls 37 % des Français indiquent aujourd’hui faire con­fi­ance « aux infor­ma­tions », tous médias confondus.

À la ques­tion « L’au­dio­vi­suel pub­lic est-il ori­en­té ? », les per­son­nes inter­rogées répon­dent « Oui » de 26 à 36 %, selon les antennes. Près de la moitié des Français n’a, en revanche, aucun avis sur l’orientation ou la neu­tral­ité des médias de l’audiovisuel pub­lic. Le média pub­lic jugé le plus ori­en­té par les Français se révèle être France 2 (36 %), suivi de très près par France Inter (34 %) et France Culture/France Info (31 %).

Fait « amu­sant » : les publics réguliers (ceux qui con­som­ment un même média au moins une fois par semaine) trou­vent davan­tage les pro­grammes qu’ils regar­dent « par­ti­aux ». Ain­si, 58 % de ceux qui écoutent France Inter de manière régulière con­sid­èrent la sta­tion comme « ori­en­tée » et « prenant par­ti ». Arrivent ensuite France Cul­ture (57 %), France Bleu (44 %) et France 5/Franceinfo (41 %).

Des chaînes privées considérées comme « orientées »

Côté chaînes privées, ces dernières sont con­sid­érées par les répon­dants comme plus ori­en­tées encore que le pub­lic (43 % pour TF1, 44 % pour BFMTV, par exem­ple). CNews arrive en tête avec 48 %. Don­née sur­prenante (pour ne pas dire stupé­fi­ante), la radio du mil­liar­daire d’extrême gauche Matthieu Pigasse, Radio Nova, est con­sid­érée comme « ori­en­tée » par seule­ment 21 % des Français.

Lire aus­si : Le dou­ble jeu de Matthieu Pigasse : social­iste en France et trump­iste aux États-Unis

Mais là encore, la per­cep­tion est large­ment ren­for­cée auprès des publics réguliers. Radio Nova appa­raît là comme la chaîne perçue comme la plus ori­en­tée par son pub­lic (67 %), juste devant CNews (63 %) et Europe 1 (60 %). Comme si la recherche d’une ori­en­ta­tion était assumée par les fidèles d’un média.

Un audiovisuel public orienté à gauche

L’étude ini­tiée par l’ARCOM nous apprend égale­ment que lorsque l’audiovisuel pub­lic est jugé par­tial, les Français l’estiment plutôt ori­en­té à gauche. Ain­si, un Français sur cinq estime que France 2, France Inter et France Cul­ture sont ori­en­tés à gauche.

Autour de 5 % esti­ment au con­traire que les médias publics sont ori­en­tés à droite. Notons que de tous les médias publics, France Inter est celui jugé – de peu – comme étant le plus à droite. Une per­cep­tion sim­i­laire auprès des publics réguliers.

Les émis­sions phares de l’audiovisuel pub­lic sont en revanche perçues comme plutôt équili­brées, ou bien ori­en­tées à gauche et au cen­tre. Ain­si « Le jour­nal de 20 heures de France 2 », « Cash Inves­ti­ga­tion » ou encore « C à vous », sur France 5, sont davan­tage admis comme neu­tres par les Français. (Respec­tive­ment 38 %, 32 % et 31 %). « Zoom Zoom Zen », sur France Inter, est con­sid­érée comme l’émission la plus ori­en­tée à gauche (par 27 % des sondés).

Par com­para­i­son, les chaînes privées sont perçues comme plutôt ori­en­tées à droite. Sans sur­prise, CNews est con­sid­érée comme « ori­en­tée à droite » par 39 % des sondés. Juste devant TF1 et BFM TV/BFM Radio, davan­tage perçues comme ori­en­tées « au cen­tre ou à droite ».

La question des sujets traités

Bien sûr, les a pri­ori jouent un rôle cru­cial. Dans leur étude, les insti­tuts Think­Out et Har­ris Inter­ac­tive soulig­nent que le juge­ment d’im­par­tial­ité ne com­mence pas au moment de la dif­fu­sion : « Il est précédé et sou­vent déter­miné par la répu­ta­tion de la marque-média ».

Des a pri­ori qui remon­tent quelque­fois loin : avant même d’é­couter un sujet, le pub­lic dis­pose « d’un cap­i­tal de représen­ta­tions » sur le média con­cerné, « con­sti­tué par l’his­toire, le statut, les usages famil­i­aux, le dis­cours social ambiant, et les expéri­ences per­son­nelles accumulées ».

Ces images de mar­que peu­vent ensuite être ali­men­tées ou ren­for­cées par une mul­ti­tude de sig­naux, « en par­ti­c­uli­er le choix et le traite­ment des sujets et des invités ». « Le pub­lic est atten­tif aux moin­dres détails : cadrage des ques­tions, into­na­tion, mim­iques…. Un sour­cil levé peut être lu comme une prise de posi­tion », relèvent les deux instituts.

Le choix des sujets traités impacte « par essence » la per­cep­tion qu’a le pub­lic de leur ori­en­ta­tion : l’audiovisuel pub­lic est ain­si perçu légère­ment plus favor­able à la cause pales­tini­enne ou à la taxe Zuc­man. C’est l’inverse pour le privé.

Le peuple contre les élites

Face à ce con­stat (audio­vi­suel pub­lic perçu comme plus à gauche et chaînes privées comme plus à droite), l’étude pour­suit avec cette ques­tion sans ambages : les Français sont-ils gênés par ce manque d’impartialité ?

À la sur­prise générale, ils sont seule­ment 15 % de Français à se déclar­er gênés « par un manque d’impartialité de l’audiovisuel pub­lic ». Le pub­lic fidèle n’est par ailleurs pas plus gêné que l’ensemble de la population.

Cepen­dant, la ten­sion idéologique la plus struc­turante n’est pas l’axe gauche/droite mais l’axe élite/peuple. « Il s’ag­it d’une frac­ture socio­cul­turelle qui tra­verse les par­tis et oppose une cul­ture médi­a­tique perçue comme hégé­monique, savante, parisi­enne et con­de­scen­dante à une demande de représen­ta­tion pop­u­laire, con­crète et acces­si­ble », détaille l’étude.

Des avis recueil­lis auprès des sondés, on note ain­si le côté « trop parisien » de cer­tains jour­nal­istes « du type : je fais par­tie de l’élite ». « Ils intel­lec­tu­alisent tout. Je me suis presque crue à l’école. Le matin, ce n’est pas ce dont j’ai besoin », se plaint-on auprès des insti­tuts de sondage.

Lire aus­si : Audio­vi­suel pub­lic : finis les séjours en palace sur la Croisette, sauf… pour Del­phine Ernotte

Le pub­lic exprime en out­re un rejet du ton moqueur ou « sachant » qui traite le pub­lic comme une masse « igno­rante à édu­quer », et de celui du spec­ta­cle et du clash « qui le traite comme un con­som­ma­teur de divertissement ».

« Les publics atten­dent une infor­ma­tion com­préhen­si­ble, proche des réal­ités vécues, for­mulée dans un lan­gage partagé », souligne-t-on.

« L’impartialité est une évidence silencieuse »

Fort de ces enseigne­ments, Bruno Lasserre, vice-prési­dent hon­o­raire du Con­seil d’État, a présen­té ce ven­dre­di 29 mai les con­clu­sions de son rap­port sur l’im­par­tial­ité du ser­vice pub­lic de l’audiovisuel.

Comme pour rétablir la con­corde après des mois d’une com­mis­sion d’enquête qui a mis en lumière pléthore de gabe­gies, con­flits d’intérêts et men­songes au sein de l’audiovisuel pub­lic, le con­seiller d’État Bruno Lasserre a for­mulé 17 recom­man­da­tions pour par­venir à un « audio­vi­suel exem­plaire ». « Le finance­ment pub­lic qu’il reçoit jus­ti­fie des attentes par­ti­c­ulières des citoyens à son égard », admet-il avant d’ajouter : « Il n’est pas que le média du plus grand nom­bre, il est un bien com­mun et doit s’adresser à tous », peut-on ain­si lire dans son rapport.

Sauf qu’à y regarder de plus près, la ques­tion se pose de la per­ti­nence de ses propo­si­tions au regard de celles – plus prag­ma­tiques – for­mulées quelques semaines plus tôt par Charles Alloncle.

Lire aus­si : Con­tre-rap­port Allon­cle : France Télévi­sions répond, l’OJIM compare

Bruno Lasserre pro­pose en effet (par­mi les propo­si­tions principales) :

  • Une charte déon­tologique unique, qui regrouperait toutes les règles déjà exis­tantes que chaque groupe pub­lic français s’impose à lui-même ou se voit imposer.
  • Clar­i­fi­er le proces­sus de traite­ment des plaintes en met­tant en place un proces­sus unique et con­nu de tous, avec un taux de réponse élevé.
  • Généralis­er à toutes les sociétés le baromètre annuel déjà exis­tant chez France Télévi­sions afin de « mesur­er et pub­li­er chaque année la per­cep­tion par le pub­lic du car­ac­tère impar­tial des antennes ».
  • Impos­er la trans­parence max­i­male sur sources, procédés et statut des inter­venants, élar­gis­sant donc l’exigence d’équilibre.
  • Mieux définir l’hu­mour dans les tranch­es d’information en définis­sant une sépa­ra­tion plus nette entre les pastilles humoris­tiques et l’information. « Par­fois, la chronique humoris­tique se moque de l’in­vité qui vient de pass­er. C’est le droit à la satire, c’est sain », a com­men­té le rap­por­teur dans sa con­férence de presse. « Mais le pub­lic peut s’in­ter­roger sur le fait qu’on entende les inter­vieweurs rire, voire par­ticiper par quelques mots à la chronique ». Objec­tif : éviter qu’une par­tie de la pop­u­la­tion ne se sente exclue par l’humour.

Ces recom­man­da­tions suf­firont-elles à rétablir la con­fi­ance entre l’audiovisuel pub­lic et les Français qui récla­ment aujourd’hui une refonte sérieuse du secteur ? Encore faut-il qu’elles soient mis­es en œuvre. De leur côté, les prési­dentes des prin­ci­paux médias publics dis­ent avoir accueil­li le rap­port de manière « positive ».

Selon France Info, Del­phine Ernotte, prési­dente de France Télévi­sions, a ain­si par­lé d’un rap­port « aus­si exigeant que bien­veil­lant, qui met du baume au cœur ». Bruno Lasserre aurait cer­taine­ment espéré un meilleur argu­ment pour con­va­in­cre de la per­ti­nence de son rapport.

Lorelei Blancher­el

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