À quelques jours de la décision qui peut écarter Marine Le Pen de la présidentielle, la séquence est chargée : perquisitions, plainte visant Jordan Bardella, note stratégique et éditoriaux alarmistes. Alors que l’appareil judiciaire suit son cours, une partie des médias paraît déjà distribuer les rôles du scrutin de 2027.
Mardi 30 juin, des perquisitions ont été conduites dans quatre pays, dans le cadre de l’enquête du Parquet européen sur les 4,33 millions d’euros que l’ancien groupe Identité et démocratie auraient « indûment dépensés ». Le 6 juillet, la cour d’appel devra statuer sur l’inéligibilité de Marine Le Pen. Un télescopage qui méritait d’être relevé, un an avant la présidentielle attendue au printemps 2027.
La justice a son calendrier, les médias aussi
« Comme à chaque fois, les procédures judiciaires annoncent le calendrier électoral », a réagi Jordan Bardella dans la foulée. Bien sûr, rien ne prouve que les magistrats choisissent leurs dates à des fins politiques et médiatiques.
Mais les précédents alimentent la suspicion : le 19 juin 2024, la condamnation du RN dans l’affaire des kits de campagne devenait définitive onze jours avant le premier tour des législatives. Et le 16 avril 2022, Mediapart révélait un rapport de l’Office européen de lutte antifraude mettant en cause Marine Le Pen… huit jours avant le second tour présidentiel. Avant cela, le 20 février 2017, le siège du FN avait été perquisitionné deux mois avant le premier tour.
La « R&D politique » entre en campagne
D’autant plus que cette initiative judiciaire se double d’une offensive intellectuelle et médiatique mieux assumée. La Fondation Jean-Jaurès publie ainsi, ce 1ᵉʳ juillet, au lendemain des perquisitions, une étude sur les « failles » de Bardella et inaugure « Sismo », un dispositif de « R&D politique » destiné à rapporter les mouvements de son électorat « à celles et ceux qui entendent les exploiter ». Le Nouvel Obs, citant cette note, en a extrait aussitôt les critiques visant le « manque de maturité » de Jordan Bardella, son « syndrome Truman Show » et le spectre d’un « Macron bis ». Libération sort de son côté les gros sabots évoquant tout bonnement : « les amis néofascistes de Le Pen et Bardella dans le viseur ». Le vocabulaire précède volontiers le jugement.
Le risque politique pour le RN est de céder à la panique sous pression. Un premier signe de défaillance a pu être perceptible avec le député Philippe Ballard qui a qualifié Marine Le Pen de future « tutrice » de Bardella, offrant ainsi au HuffPost et aux adversaires du parti un procès en immaturité prêt à publier
L’angoisse médiatique dopée par les sondages ?
Bien sûr, les médias globalement hostiles se nourrissent des sondages, largement dominés par Jordan Bardella. Dans les baromètres Odoxa de juin 2026, il atteint 40 % d’opinions favorables. Il devance d’un cheveu Marine Le Pen (39 %) et tous les autres (Philippe 30 %, Attal 28 %). Il est aussi crédité de 35 à 37 % des intentions de vote au premier selon le sondage Ifop-Fiducial du 26 juin. Selon Toluna-Harris en mai dernier, il dominerait au second tour Édouard Philippe (54/46 %) et serait aussi largement vainqueur (68/32 %) contre Jean-Luc Mélenchon.
Les « sérieux » entrent en scène
Pendant que Bardella devient un danger méthodiquement ausculté, les figures jugées responsables sont remises en orbite. Dans La Libre, le 29 juillet, Philippe Aghion assurait qu’« il y a un vrai danger Bardella » et que « Mélenchon est un marchepied pour le Rassemblement national ». Le lendemain, jour des perquisitions, il répétait son numéro sur France Inter. Le prix Nobel, ancien inspirateur de la politique économique d’Emmanuel Macron, renvoie ainsi les deux principaux opposants hors du cercle de la raison.
La campagne est lancée puisque son cadrage médiatique paraît déjà bien avancé.
Olivier Frèrejacques

