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RMC : Mila et Zemmour défendus par Aurore Bergé

2 février 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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RMC : Mila et Zemmour défendus par Aurore Bergé

2 février 2020

Temps de lecture : 4 minutes

Le jeudi 30 janvier 2019, l’une des invitées de Jean-Jacques Bourdin dans l’émission de RMC Bourdin direct était la députée LREM Aurore Bergé. Un échange surprenant qui mérite d’être signalé.

Aurore Bergé, députée des Yve­lines, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale est inter­rogée sur des ques­tions liées aux dis­crim­i­na­tions, sujet devenu cen­tral dans le pan­el médi­a­tique français.

Premier sujet : Roman Polanski.

Le cinéaste a été « nom­iné » aux Césars pour nom­bre d’aspects de son film J’accuse. Il est par ailleurs accusé de vio­ls depuis les années 70, l’un étant recon­nu, avec con­damna­tion et pas­sage rapi­de par la case prison puis par­don de sa vic­time dans le cadre des habi­tudes d’une jus­tice améri­caine fondée sur des accords financiers. Elle était âgée de 13 ans lors de faits au cours desquels elle fut alcoolisée et droguée. Bour­din compte une ving­taine d’autres vic­times potentielles.

Le jour­nal­iste veut savoir si Aurore Bergé ira applaudir le cinéaste lors de la remise des Césars. Elle indique qu’on ne peut pas applaudir des vic­times et un coupable le même soir, même s’il est un grand réal­isa­teur. Bergé insiste sur le fait que la vic­time était un enfant, par essence non con­sen­tant. La députée fait le lien avec les autres femmes de France, celles qui ne peu­vent pas par­ler et qui peu­vent se sen­tir insultées. Elle n’ira pas à la céré­monie, même si la lib­erté de créa­tion ne doit pas être entravée : l’art doit pou­voir tout mon­tr­er. La ques­tion ici n’est pas la lib­erté du créa­teur mais du jus­ti­cia­ble. L’argumentaire d’Aurore Bergé est défend­able et rien ne sur­prend dans l’analyse faite dans Bour­din direct.

Mais… voici le deux­ième sujet.

Deuxième sujet : Mila

Jean-Jacques Bour­din présente les faits : une jeune lycéenne de 16 ans, Mila, a envie d’être chanteuse. Elle a posté des vidéos sur des réseaux soci­aux, des hommes ont été insis­tants, « voir très insis­tants » dit Bour­din — en par­ti­c­uli­er un musul­man. Cita­tion des pro­pos réac­t­ifs de la jeune femme, avec un ton de son âge : au sujet du Coran, « il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde, je ne suis pas raciste, on ne peut pas être raciste d’une reli­gion ». La vidéo devient virale, Mila reçoit de nom­breuses men­aces de mort et la lycéenne est oblig­ée d’être déscolarisée.

Mer­cre­di matin 29 jan­vi­er pré­cise Jean-Jacques Bour­din Nicole Bel­lou­bet, garde des sceaux et min­istre de la jus­tice, a déclaré à la radio que « L’insulte à la reli­gion est évidem­ment une atteinte à la lib­erté de con­science, c’est grave ». Bour­din pour­suit : « Elle a aus­si con­damné les men­aces de mort faites à l’encontre de Mila, esti­mant que dans une démoc­ra­tie la men­ace de mort est inac­cept­able. Est-ce qu’elle a com­mis une bourde ? ».

Aurore Bergé répond que « la garde des sceaux s’est reprise dès l’après-midi », expli­quant qu’elle s’était mal exprimée (ce qui est fréquent au sein de l’exécutif depuis deux ans), et « qu’elle ne voulait en aucun cas rétablir une sorte de délit de blas­phème. Il n’y a absol­u­ment pas cela dans ses pro­pos ».

Bour­din bon enfant veut bien admet­tre que Bel­lou­bet se soit trompée.

Aurore Bergé va beau­coup plus loin :

« Il ne faut pas laiss­er penser dans notre pays qu’une jeune fille mérit­erait de subir ce niveau de men­aces de mort, de vio­ls, d’attaques homo­phobes, d’une part, et, d’autre part, ce qu’elle a dit elle a tout à fait le droit de le dire dans notre pays. On a le droit de ne pas partager ses pro­pos, on a le droit de trou­ver que c’est trop véhé­ment, que c’est injuste mais elle n’a jamais attaqué les per­son­nes. On a le droit au blas­phème, on a le droit de cri­ti­quer les reli­gions, toutes les reli­gions et d’attaquer même de manière vir­u­lente les reli­gions, on a le droit de faire les cou­ver­tures de Char­lie Heb­do et heureuse­ment dans notre pays. Ce dont on n’a pas le droit c’est d’attaquer les per­son­nes qui croient, c’est de les désign­er, et ce n’est pas ce qu’elle a fait, d’ailleurs elle le pré­cise très claire­ment dans sa vidéo où elle dit qu’elle n’attaque pas les per­son­nes. Donc, il faut être très vig­i­lant là-dessus parce que cer­tains, je l’ai bien vu sur les réseaux soci­aux, que cer­tains ont cher­ché à s’engouffrer dans cette brèche là… ».

Inter­ven­tion de Bour­din qui pré­cise qu’il y a deux enquêtes : l’une en défense de Mila mais… aus­si une autre de « provo­ca­tion à la haine raciale ». Bergé hésite à com­menter mais indique cepen­dant qu’elle ne com­prend pas (entretemps le par­quet a aban­don­né la plainte con­tre la jeune Mila).

Mieux :

« Je partage les pro­pos de Mila. Je ne vois pas où est la haine raciale à l’égard d’une reli­gion. Une reli­gion n’est pas une race, une reli­gion c’est pas une eth­nie, c’est une com­mu­nauté de per­son­nes qui croient, dans une cer­taine cul­ture, mais j’ai du mal à voir où est fondée la haine raciale dont elle est accusée. Par con­tre, je vois très bien la vio­lence dont elle a été l’objet et qui est là absol­u­ment intolérable. Je suis très éton­née des pro­pos du prési­dent du CFCM qui dit qu’elle l’a bien cher­ché, « qui sème le vent récolte la tem­pête »… si demain, cette jeune fille est attaquée physique­ment ? On devrait la protéger… »

Bour­din : « Le par­quet encour­age ces réac­tions ». Bergé insiste : elle est éton­née. Elle pré­cise : « on devrait tous dire qu’une jeune fille de 16 ans qui tient des pro­pos de blas­phème ne devrait pas subir le défer­lement de haine qu’elle a subi ».

Deux points à noter

  • Comme il est d’usage depuis deux ans, un min­istre de pre­mier plan dit une énor­mité qui ne respecte pas le droit, les valeurs ou les principes de la république puis procède à un rétropédalage.
  • Sur la base des pro­pos d’Aurore Bergé, ténor de la majorité, proche de la pre­mière heure du prési­dent de la république, l’affaire Mila devrait faire jurispru­dence. Accuser quelqu’un, de « haine raciale » quand cette per­son­ne cri­tique ou même insulte une reli­gion, en l’occurrence l’islam, n’a pas de sens. Bergé, comme Mila, con­sid­ère que l’islam n’est pas une race.

De fait, Aurore Bergé indique, à tra­vers le cas Mila, com­bi­en nom­bre de dél­its d’opinion sont infondés en France. Comme par exem­ple toutes les accu­sa­tions d’incitation à la haine raciale pronon­cées à l’encontre de Zem­mour dès qu’il émet des pro­pos du même ordre, quoique moins vio­lents, que ceux de Mila. Aurore Bergé a défendu Mila et (indi­recte­ment) Zem­mour, tous deux injuste­ment accusés de provo­ca­tion à la haine raciale. Il fal­lait le remarquer.

NB Pour un exem­ple de pro­pa­gande déchaînée, voir notre arti­cle sur Téléra­ma, faisant le lien entre Zem­mour et… anti­sémitisme. Un mod­èle d’anti-journalisme.

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