Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Quand La Croix apprécie l’enseignement des langues exogènes à l’école

25 février 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | Quand La Croix apprécie l’enseignement des langues exogènes à l’école

Quand La Croix apprécie l’enseignement des langues exogènes à l’école

Tout est toujours dans le choix des mots et parfois le choc des photos. Le 20 février 2020, La Croix publie un article titré : « Les enseignements en langue étrangère dans le viseur ». Un titre qui laisse songeur. Analyse.

Langues et cultures d’origine

Le titre pose d’emblée une con­fu­sion, pour qui ne lirait pas l’article en entier. Ce ne sont évidem­ment pas les enseigne­ments en langue étrangère qui sont visés, par exem­ple l’anglais, l’allemand, l’espagnol, mais « les enseigne­ments fac­ul­tat­ifs de langue et cul­ture d’origine créés il y a un demi-siè­cle ». La loi répub­li­caine stip­ule que le français est la langue de la nation. Et en pre­mier lieu à l’école, évidem­ment, puisque le français — les langues en général — est le vecteur pre­mier de l’intégration. Le mot « viseur » étonne et donne d’avance une idée de l’article : le jour­nal­iste sem­ble imag­in­er Emmanuel Macron tir­er avec une arme sym­bol­ique ? Sur qui ? Les enfants sco­lar­isés d’immigrés qui appren­nent la langue de leur pays d’origine dans les écoles pri­maires ? Un souci en soi, qui peut sérieuse­ment en douter. Mais un souci accen­tué par le fait que les « enseignants » ne sont pas mem­bres de l’éducation nationale, et font con­crète­ment ce qu’ils veu­lent. Ce sur quoi le Macron a insisté : « Je ne suis pas à laise à lidée davoir dans l’école de la République des femmes et des hommes qui peu­vent enseign­er sans que l’Éducation nationale ne puisse exercer le moin­dre con­trôle. » « Cest ain­si que le chef de l’État a jus­ti­fié, mar­di 18 févri­er, la « sup­pres­sion » à la ren­trée 2020 des enseigne­ments de langue et cul­ture dorig­ine (Elco) », pré­cise La Croix.

Le positionnement de La Croix

Com­ment le quo­ti­di­en dont on ne peut que se deman­der ce qu’il lui reste de catholique se posi­tionne-t-il devant l’annonce faite par Emmanuel Macron de « sup­primer » cet enseigne­ment (infor­ma­tion d’ailleurs fausse) ?

  • Le quo­ti­di­en rap­pelle que les Elco ont été « créés dans les années 70 dans le but de « favoris­er un pos­si­ble retour au pays de familles immi­grées, en offrant à leurs enfants un appren­tis­sage lin­guis­tique et cul­turel fac­ul­tatif, sou­vent dans leur école après la classe. Des cours dis­pen­sés par des pro­fesseurs (La Croix exagère un peu avec le choix de ce mot, ndlr) dépêchés et rémunérés par les Etats parte­naires ». Une poli­tique dont cha­cun aura pu mesur­er les effets posi­tifs.
  • La Croix par­le ensuite du camp du Mal : « Après les atten­tats de 2015, cer­tains ont sus­pec­té ce dis­posi­tif de con­courir au com­mu­nau­tarisme, voire à la rad­i­cal­i­sa­tion ». Etrange for­mule : qui sont ces « cer­tains » ? L’entrisme et le prosé­lytisme islamiques dans les écoles par le biais de ce dis­posi­tif est bien doc­u­men­té, par nom­bre d’enquêtes pub­liées dans la majeure par­tie des heb­do­madaires, de toute obé­di­ence, ain­si que dans les nom­breux essais con­sacrés à l’islamisme rad­i­cal de type Frères musul­mans en par­ti­c­uli­er. Cet entrisme est une des formes de la « taqqya », la « soft » con­quête islamiste ter­ri­to­ri­ale.
  • Une source nous indique dans dans une ville pré­fec­torale du sud de la France, le dis­posi­tif pro­pose en début d’année dans toutes les écoles des cours en arabe (maro­cain), arabe (algérien), arabe (tunisien), arabe (turc). Il ne sem­ble pas que le latin ou le grec soient enseignés.

En réal­ité, Macron ne veut pas sup­primer les Elco, con­traire­ment à ce que l’accroche de La Croix laisse enten­dre, mais les trans­former en EILE. Il s’agit de pro­longer ce que fai­sait Najat Val­laud-Belka­cem : des « enseigne­ments inter­na­tionaux en langue étrangère (EILE) ». Le con­traire de ce que La Croix affirme : aucune sup­pres­sion mais une inté­gra­tion des anciens Elco qui devi­en­nent des langues enseignées par de « vrais pro­fesseurs » (l’ancienne min­istre recon­nais­sait donc par ces mots que les « enseignants » n’étaient pas des pro­fesseurs) dans le cur­sus sco­laire, les « pro­fesseurs » choi­sis « en parte­nar­i­at avec le pays parte­naire » (ain­si, la France ne choisit pas seule ces enseignants) doivent être inté­grés dans les équipes péd­a­gogiques.

La Croix intersectionnel ?

La vraie ques­tion du quo­ti­di­en : « Les Elco, boucs émis­saires ? ».

Une ques­tion digne d’un heb­do­madaire engagé dans l’intersectionnalité et qui pour­rait éton­ner ici… La Croix rap­pelle que les Elco con­cer­nent au moins 80 000 élèves (une immense majorité de musul­mans, cela n’est pas pré­cisé) et cite une députée LR qui aurait le tort de pré­ten­dre que « tout doit être fait pour val­oris­er l’appartenance à la nation et la maîtrise du français ». Au con­traire con­clut La Croix, « les par­ti­sans du dis­posi­tif sou­ti­en­nent que le bilin­guisme et la dou­ble cul­ture ne nuisent pas à l’apprentissage du français ni à l’intégration ».

Là encore, la sit­u­a­tion actuelle, qual­i­fiée « d’archipel », de « par­ti­tion » ou de « séparatisme », autant par le monde intel­lectuel que poli­tique, con­tred­it une telle appré­ci­a­tion, laque­lle était déjà celle de la gauche caviar des années 80 et de SOS racisme.

Influence des études postcoloniales

Le quo­ti­di­en, qui sem­ble se rad­i­calis­er sur son ultra gauche, peut-être en quête de lec­torat du côté des études post­colo­niales — et demain queer ? — donne la parole à un dénom­mé Rémy-Charles Sir­vent, sans indi­quer ses qual­i­fi­ca­tions, pour met­tre fin au débat : « sup­primer les Elco ne chang­era rien à labsence de mix­ité sociale et cul­turelle dans de nom­breuses écoles, absence qui tient à la carte sco­laire et à une forme dapartheid ter­ri­to­r­i­al ».

Il faut quand même oser mépris­er à un très haut point ce qui fut vécut autre­fois en Afrique du Sud pour oser com­par­er la sit­u­a­tion des écoles français­es actuelles à l’Apartheid. Pourquoi pas avec l’Allemagne des années 30 ?

Con­clu­sion ? D’un côté, la mix­ité sociale/ethnique est dev­enue le prin­ci­pal prob­lème de nom­bre d’écoles, dans lesquelles le niveau sco­laire s’écroule, comme du reste dans nom­bre de cen­tres villes et de ban­lieues où la langue française dis­paraît pro­gres­sive­ment. De l’autre, nom­bre d’écoles n’ont plus que des pour­cent­ages très faibles d’enfants d’origine française ou européenne, des écoles qui ressem­blent à des écoles africaines. Est-ce lié à la carte sco­laire ? On peut en douter. Il n’est pas impos­si­ble que ce soit plutôt lié à la poli­tique migra­toire (irre­spon­s­able ?) menée par la France depuis 50 ans. En tout cas, il sem­ble les jour­nal­istes de La Croix n’aient pas mis les pieds dans une école hors cen­tre de Paris depuis longtemps. Pourquoi tant de petits blancs — catholiques ou non — et de petits musul­mans, dont les par­ents effrayés du devenir de leurs écoles de secteur, se pré­cip­i­tent ils juste­ment vers les écoles catholiques sous con­trat ou hors con­trat ? Un effet du hasard ?

Derniers portraits ajoutés

Yann Barthès

PORTRAIT — Avec sa belle gueule et sa décon­trac­tion cor­ro­sive, Yann Barthès est devenu en quelques années le gen­dre idéal de la mère de famille con­seil­lère déco dans le Marais, ou son fan­tasme télé le plus avouable.

Christophe Barbier

PORTRAIT — Ex-Patron de L’Express (2006–2016), Christophe Bar­bi­er a ren­du omniprésents dans le débat pub­lic sa sil­hou­ette svelte et son écharpe rouge. Est-il vrai­ment de gauche, comme il l’a longtemps soutenu ?

Éric Brunet

PORTRAIT — Né en juil­let 1964 à Chi­non (Indre et Loire) d’un père ingénieur à EDF et d’une mère compt­able, Éric Brunet est un chroniqueur, ani­ma­teur radio et essay­iste français con­nu pour son engage­ment à droite et son sou­tien incon­di­tion­nel à Nico­las Sarkozy.

Salhia Brakhlia

PORTRAIT — Sal­hia Brakhlia a apporté, avec suc­cès, les méth­odes con­tro­ver­sées du Petit Jour­nal sur BFMTV. Le mélange détonne.

Caroline Monnot

PORTRAIT — Car­o­line Mon­not est une jour­nal­iste aimant se représen­ter sur les réseaux soci­aux avec une tête d’autruche, libre à cha­cun d’en faire sa pro­pre inter­pré­ta­tion. Elle tra­vaille au jour­nal Le Monde depuis 25 ans, chef adjointe du ser­vice poli­tique, elle se con­cen­tre prin­ci­pale­ment sur les rad­i­cal­ités poli­tiques.