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Des publications du Progrès pourraient-elles mettre en danger la vie des élus d’opposition à Givors ?

9 décembre 2022

Temps de lecture : 7 minutes
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Des publications du Progrès pourraient-elles mettre en danger la vie des élus d’opposition à Givors ?

9 décembre 2022

Temps de lecture : 7 minutes

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Suite à la publication de deux articles du Progrès relatifs à la séance houleuse d’un conseil municipal de la ville de Givors, commune de 20 000 habitants au Sud de la métropole de Lyon tenue par le maire d’extrême-gauche Mohamed Boudjellaba sous étiquette EELV, l’alerte est lancée le samedi 3 décembre 2022 par un élu d’opposition divers droite. Fabrice Riva, chef du groupe Givors Fière qui, sans étiquette, a rassemblé aux dernières élections toutes les sensibilités de la droite givordine sur sa liste, publie à la mi-journée un message alarmiste sur le réseau social Facebook. Le traitement médiatique réservé par la presse quotidienne régionale, en l’occurrence le journal Le Progrès, des incidents qui ont émaillé la séance du conseil municipal du 1er décembre à Givors, apparaît comme « irresponsable », selon les termes de Fabrice Riva, « quand on sait que l’assassinat du professeur Samuel Paty avait été précédé par les mêmes procédés ».

D’un lynchage à l’autre

L’allusion est lourde de sens et peu flat­teuse pour Le Pro­grès, puisqu’elle désigne le lyn­chage, sur les réseaux soci­aux, de ce pro­fesseur d’histoire de Con­flans-Sainte-Hon­orine qui avait été sans aucun fonde­ment accusé de racisme et d’islamophobie par les par­ents d’une élève affab­u­la­trice, lâché par sa hiérar­chie et ses col­lègues, avant de voir les accu­sa­tions con­tre lui relayées par la mosquée locale ain­si qu’un média com­mu­nau­tariste et com­plo­tiste, puis d’être sauvage­ment assas­s­iné par un islamiste tchétchène, le 16 octo­bre 2020. Que s’est-il donc passé à Givors pour provo­quer une aus­si grave accusation ?

Un maire d’extrême-gauche qui se livre régulièrement à l’apologie d’un mouvement raciste

La chronolo­gie des faits com­mence par la pub­li­ca­tion, le 9 novem­bre 2022, d’un arti­cle de L’Incorrect qui, explo­rant l’hypothèse de la haine de la France comme fac­teur ayant pu con­tribuer à l’assassinat de l’adolescente Lola, accorde un long développe­ment au cas de la ville de Givors. On y apprend notam­ment que « le maire, Mohamed Boud­jella­ba, élu depuis juin 2020 et lui-même d’origine algéri­enne, mène une poli­tique cul­turelle et mémorielle assez sin­gulière qui con­cen­tre tous ses efforts sur l’apologie con­tin­uelle du FLN et la dénon­ci­a­tion de la coloni­sa­tion française et de ses crimes sup­posés. Tout y passe : inau­gu­ra­tion d’une rue au nom de Gisèle Hal­i­mi, avo­cate des poseurs de bombes du FLN, céré­monie d’hommage aux vic­times du mas­sacre de Sétif, bap­tisée « l’autre 8 mai 45 », dis­cours à l’orientation claire­ment pro-FLN lors des céré­monies du 19 mars, invi­ta­tion d’historiens mil­i­tants pro-FLN, comme Ben­jamin Sto­ra, en con­férence pour n’y évo­quer que les crimes dont le FLN accuse la France et inven­tion d’une « céré­monie du 17 octo­bre » et de son sup­posé mas­sacre. »

Présence d’un représentant du consulat d’Alger à Lyon lors de cérémonies officielles

Rien, sans doute, qui ne soit déjà con­nu des Givordins et de leurs élus. Mais l’article de L’Incorrect soulève surtout un point juridique impor­tant, qui avait peut-être jusque-là échap­pé à nom­bre d’acteurs locaux, à com­mencer par le maire d’extrême-gauche lui-même : « La présence, à cette occa­sion, d’un représen­tant du con­sulat d’Alger à Lyon, comme lors de toutes les céré­monies mémorielles rel­a­tives à la guerre d’Algérie organ­isées à Givors, pose (…) ques­tion, compte tenu de l’importance des enjeux mémoriels dans les rela­tions con­trastées entre la France et l’Algérie. En effet, la nature des dis­cours pro-FLN et accusa­teurs vis-à-vis de la France qu’y tient le maire de Givors, en présence d’un offi­ciel algérien, inter­roge la légal­ité de son action au regard de l’article 411–5 du code pénal relatif aux intel­li­gences avec une puis­sance étrangère ou ses représen­tants, en vue de porter atteinte aux intérêts de la nation. »

De quoi obscur­cir l’horizon juridique du maire d’extrême-gauche, déjà chargé avec une bagarre de rue con­tre un de ses admin­istrés, qui lui vaut un procès en cours, et un dépôt de plainte récent par son opposant divers droite Fab­rice Riva, suite à une vio­la­tion du secret des cor­re­spon­dances. Le maire de Givors, qui entendait apporter son sou­tien, sur les réseaux soci­aux, au député LFI Bilon­go con­nu pour ses ami­tiés anti­sémites à Sar­celles et son appui, dans l’hémicycle, aux ONG com­plices des réseaux de traf­ic d’êtres humains, n’avait rien trou­vé de mieux à faire, pour étay­er son pro­pos, que de pub­li­er en ligne et sans son autori­sa­tion une cor­re­spon­dance privée qu’il avait reçue de l’élu d’opposition Fab­rice Riva. Un con­texte pesant et sus­cep­ti­ble, donc, d’inciter le maire Mohamed Boud­jella­ba à allumer rapi­de­ment un con­tre-feu médi­a­tique pour ten­ter de desser­rer un poten­tiel étau juridique.

La pratique de l’inversion accusatoire

C’est dans ces cir­con­stances que le feu aux poudres est mis pen­dant le con­seil munic­i­pal du jeu­di 1er décem­bre, lors d’une inter­ven­tion de Fab­rice Riva rel­a­tive à un pro­gramme mémoriel prévu dans les lycées de la ville. Tout en accep­tant de vot­er la délibéra­tion pro­posée par la majorité munic­i­pale, dans la mesure où des organ­ismes insti­tu­tion­nels de l’État y sont cette fois asso­ciés, l’élu d’opposition s’étonne calme­ment que le choix du pro­gramme se soit encore porté sur le sujet de la guerre d’Algérie sur lequel Fab­rice Riva rap­pelle que le maire en a « fait déjà des tonnes ». Cette sim­ple inter­pel­la­tion suf­fit à provo­quer un défer­lement de haine, vis­i­ble­ment pré­paré, de la part de plusieurs élus de la majorité aux­quels le maire donne suc­ces­sive­ment la parole, avant d’y con­tribuer de sa per­son­ne, non sans oubli­er d’accuser l’objet de sa haine d’incarner lui-même « la haine », selon la vieille tech­nique de l’inversion accusatoire util­isée de longue date par l’extrême-gauche. À l’époque de la guerre froide, le bloc com­mu­niste en avait même fait une spé­cial­ité pour vis­er les opposants poli­tiques, comme en Pologne, où le père Popieluszko fut accusé de dif­fuser des « prêch­es de haine » avant d’être assas­s­iné, le 19 octo­bre 1984, par la police poli­tique com­mu­niste du général Jaruzel­s­ki. Pous­sant les arti­fices rhé­toriquesà leur comble, le maire de Givors s’emploie même à agiter un cour­ri­er anonyme d’injures racistes qu’il pré­tend avoir reçu, et accuse sans la moin­dre retenue son opposant d’en être directe­ment responsable.

Des accusations gratuites relayées in extenso et sans la moindre précaution par Le Progrès

Dès le lende­main, dans deux arti­cles jux­ta­posant les faits, l’interpellation de l’opposant Fab­rice Riva à pro­pos de la guerre d’Algérie et la let­tre anonyme raciste que le maire de Givors pré­tend avoir reçue, Le Pro­grès resti­tu­ait sans le moin­dre fil­tre d’analyse ni sans la moin­dre pré­cau­tion les accu­sa­tions gra­tu­ites du maire de Givors. Sans sur­prise, dans les 24 heures, une autre rédac­tion régionale, BFM Lyon, pub­li­ait un sujet encore moins pré­cau­tion­neux qui, citant Le Pro­grès comme source, met­tait directe­ment à l’index l’élu Fab­rice Riva, der­rière le cour­ri­er raciste sup­posé­ment reçu par le maire de Givors. Et ce, bien enten­du, sans tenir compte de l’alerte lancée entre-temps sur les réseaux soci­aux par le prin­ci­pal intéressé, quant au traite­ment approx­i­matif et irre­spon­s­able du sujet par Le Pro­grès.

Un maire coutumier des accusations de racisme dénuées de tout fondement

Une rapi­de recherche sur les dif­férents acteurs impliqués dans les faits aurait pour­tant per­mis aux jour­nal­istes du Pro­grès d’avoir quelques doutes sur le bien­fondé et le sérieux des accu­sa­tions de haine et de racisme portées par Mohamed Boud­jella­ba alors que, il y a moins d’un mois, l’actualité a déjà été mar­quée par le cas d’un maire ayant inven­té des let­tres de men­aces imag­i­naires et même des agres­sions le visant.

Au-delà de la vidéo inté­grale du con­seil munic­i­pal du 1er décem­bre qui révèle, chez Fab­rice Riva, un calme et une sérénité remar­quables face au déchaîne­ment de haine, de mépris et de con­de­scen­dance de ses adver­saires d’extrême-gauche ne maîtrisant vis­i­ble­ment pas les sujets sur lesquels ils s’expriment, il appa­rait que non seule­ment cet élu divers droite n’a jamais été sur­pris à tenir le moin­dre pro­pos haineux et encore moins raciste mais qu’il est même, à Givors, le seul élu à s’opposer à ce type de com­porte­ment, ce qui sus­cite pré­cisé­ment l’aversion du maire d’extrême-gauche et de ses par­ti­sans. En effet, depuis le début du sec­ond man­dat de Mohamed Boud­jella­ba, le pre­mier ayant duré un peu plus d’un an jusqu’à l’invalidation de son élec­tion du fait des fraudes mas­sives organ­isées par ses par­ti­sans, Fab­rice Riva n’a eu de cesse d’encourager le maire à lever le pied sur sa poli­tique mémorielle mono­ma­ni­aque ayant pour effet d’attiser la haine de la France par l’apologie con­tin­uelle du mou­ve­ment raciste et crim­inel que fut le FLN.

Par ailleurs, les jour­nal­istes du Pro­grès auraient dû être inter­pelés par le fait que Mohamed Boud­jella­ba est cou­tu­mi­er des accu­sa­tions gra­tu­ites de racisme, ne reposant sur rien, con­tre ses adver­saires poli­tiques. Ain­si, dans un arti­cle du Pro­grès pub­lié au lende­main de son élec­tion, en 2020, il pré­tend que c’est parce qu’il s’appelle Mohamed qu’il n’a pas été désigné comme chef de sec­tion du par­ti social­iste, quand il y était adhérent. Dans le même esprit, lors de l’entre-deux tours de l’élection munic­i­pale de 2020, alors que des négo­ci­a­tions achop­pent avec un autre can­di­dat tête de liste avec lequel il envis­ageait une fusion de liste, Lau­rent Decourselle, il affirme sur les réseaux soci­aux, en pleine cam­pagne élec­torale, que c’est égale­ment parce qu’il s’appelle Mohamed que Lau­rent Decourselle a refusé une fusion en le lais­sant tête de liste. À un inter­naute qui lui demande si son con­cur­rent a vrai­ment déclaré cela, Mohamed Boud­jella­ba avoue que non, tout en indi­quant qu’il ne voit pas d’autre expli­ca­tion plau­si­ble, avouant ain­si involon­taire­ment que son accu­sa­tion de racisme relève de l’affabulation.

Le Progrès relaie sans précaution des accusations non fondées, une mise en danger ?

S’il n’est pas rare qu’un jour­nal­iste se livre à un tra­vail approx­i­matif et peu véri­fié, surtout si le con­tenu de son papi­er con­firme ses biais idéologiques, dans le cas présent, la grav­ité des effets pro­duits par la légèreté de traite­ment du sujet est réelle, et la com­para­i­son avec le proces­sus ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty ne sem­ble pas abu­sive. Givors est en effet une ville gan­grenée par une insécu­rité que le maire de Givors, en refu­sant d’armer sa police munic­i­pale, l’empêchant ain­si de pou­voir assur­er de nuit sa mis­sion de tran­quil­lité publique, ne con­tribue pas à endiguer. Par ailleurs, le cli­mat de men­aces et d’intimidations, par le maire sur les élus d’opposition est tel que l’opposant Fab­rice Riva a tenu à le soulign­er lors du con­seil munic­i­pal du 1er décem­bre, en indi­quant que Mohamed Boud­jella­ba avait per­son­nelle­ment appelé ses deux col­is­tières mem­bres du groupe divers droite Givors Fière pour les intimider. L’une d’entre elles ayant adressé, suite à cet appel d’intimidation, un cour­ri­er au maire pour démis­sion­ner du groupe d’opposition, sans livr­er la moin­dre expli­ca­tion sur ce retrait en séance publique. Par ailleurs, dans cette ville qui a con­nu ces dernières années plusieurs inci­dents impli­quant l’usage d’armes à feu, l’opposant Fab­rice Riva pré­ci­sait, lors du même con­seil munic­i­pal, qu’il avait dû démé­nag­er sa famille de la ville suite à des men­aces, une agres­sion en bande organ­isée, et un mitrail­lage sur ses ani­maux domes­tiques. Une ambiance qui devrait en effet inciter les jour­nal­istes du Pro­grès à réfléchir un min­i­mum avant de relay­er des accu­sa­tions gra­tu­ites et infondées, fussent-elles pronon­cées par un maire, surtout lorsque ce maire est con­nu pour avoir traité de « bâtard » un autre élu d’opposition en plein con­seil munic­i­pal et pour s’être récem­ment livré à une bagarre de rue con­tre un de ses admin­istrés

Claude Chol­let, directeur de la pub­li­ca­tion de l’’Observatoire du jour­nal­isme (Ojim) a été con­vo­qué par la Police Judi­ci­aire le 9 novem­bre à la suite d’une plainte du même Pro­grès de Lyon. L’affaire est évo­quée ici. Vous pou­vez nous aider à nous défendre et à con­tin­uer à vous informer sur ceux qui vous infor­ment par un don, défis­cal­isé à hau­teur de 66%.

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