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Élisabeth Quin

Entre élitisme et conformisme

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 17/07/2015

Son sourire malicieux, sa chevelure poivre et sel et son regard perçant légèrement asiatique hantent les plateaux de télévision depuis près de 20 ans. À mille lieues des standards conventionnels de la présentatrice télé, « La Quin », comme on l’appelle sur Paris Première, s’est imposée dans le PAF sur le créneau de l’élitisme intellectuel et de l’exigence culturelle. Un positionnement que ses détracteurs jugent souvent « snob » et « prétentieux » mais qui lui assure une indéniable spécificité dans un contexte professionnel où triomphent le « trash » et la téléréalité. Une spécificité qui, cependant, peine à dépasser le cadre bien pensant délimité par « Libération » et les « Cahiers du cinéma ».

Parcours professionnel

Élis­a­beth Quin, née en mars 1963 à Paris, débute sa car­rière sur Ça bouge dans ma tête, une radio FM asso­cia­tive créée par SOS Racisme en 1986 et qui devien­dra Oui FM. Élis­a­beth Quin rejoint ensuite Radio Nova où elle prend en charge l’ouverture d’antenne le matin. On la retrou­ve ensuite sur RTL où elle peut exprimer sa pas­sion pour le ciné­ma au tra­vers d’une émis­sion de cri­tique de films. Le 7ème art devien­dra dès lors le fil rouge de sa car­rière jour­nal­is­tique.

Mul­ti­cartes et boulim­ique de tra­vail, elle par­ticipe à deux émis­sions ciné­matographiques et cul­turelles pro­posées par le ser­vice pub­lic, « Rap­petout » sur France 3, et « Comme au ciné­ma » sur France 2. Forte de cette expéri­ence, elle est embauchée par la chaîne Paris Pre­mière au sein de laque­lle elle par­ticipe aux émis­sions « Rive Droite/Rive Gauche », ani­mée par Thier­ry Ardis­son, « Courts par­ti­c­uliers », « Ça bal­ance à Paris » et « CinéQuin », devenant ain­si une des fig­ures phares de la chaîne. Par­al­lèle­ment, elle est édi­to­ri­al­iste mode à Madame Figaro et pub­lie plusieurs ouvrages. De manière plus anec­do­tique, elle par­ticipe à divers pro­jets ciné­matographiques.

Elle présente actuelle­ment, depuis jan­vi­er 2012, du lun­di au ven­dre­di à 20h05 sur Arte, l’émission de com­men­taires de l’actualité « 28 min­utes », qui pré­tend apporter un « éclairage orig­i­nal et icon­o­claste» sur les ques­tions poli­tiques, économiques et sociales. Une pro­fes­sion de foi qui pour­ra laiss­er scep­tiques nom­bre de spec­ta­teurs tant l’angle d’analyse, s’il est par­fois plus appro­fon­di que sur les autres chaînes, reste étroite­ment « poli­tique­ment cor­rect », ne relayant qua­si-exclu­sive­ment que les points de vue de la gauche socié­tale. En sep­tem­bre 2013, l’émission, dont les audi­ences aug­mentent (env­i­ron 300 000 téléspec­ta­teurs chaque soir) mal­gré un horaire très con­cur­ren­tiel , voit sa for­mule remaniée, gag­nant 12 min­utes d’antenne et trai­tant davan­tage de sujets avec des chroniqueurs per­ma­nents et moins d’interventions d’experts et de sci­en­tifiques.

Parcours militant

Élis­a­beth Quin est très engagée dans le mil­i­tan­tisme pro-gay et les­bi­en. Elle a notam­ment été, en 2011, prési­dente du jury de la Queer palm, « le prix lgbt, queer et décalé du fes­ti­val de cannes ». La Queer Palm réu­nit un jury de jour­nal­istes et d’organisateurs de fes­ti­vals de ciné­ma LGBT qui récom­pense un film pour ses qual­ités artis­tiques et son traite­ment des ques­tions gay, les­bi­enne, bi ou trans ou son traite­ment décalé des « ques­tions de genre ». En 2011 Élis­a­beth Quin était entourée de Marie Col­mant (Canal+) et de Gérard Lefort (Libéra­tion), des jour­nal­istes Thomas Abelt­shauser (Män­ner, Winq, Van­i­ty Fair, Die Welt) et Rober­to Schi­nar­di (Pride, Gay.it, Il Man­i­festo) ain­si que des organ­isa­teurs de fes­ti­vals Fred Arends (Fes­ti­val Pink Screens/Bruxelles) et Esther Cuénot (Fes­ti­val Cinémarges/Bordeaux).

Ses sym­pa­thies et engage­ments mar­qués à gauche ne l’empêchent pas d’être nom­mée, en 2009 chargée de mis­sion pour les indus­tries de haute cou­ture et du prêt-à-porter par Chris­t­ian Estrosi, alors min­istre de l’Industrie de Nico­las Sarkozy.

En 2013, à l’occasion du débat sur le « mariage pour tous », le député de la Drôme, Hervé Mari­ton, farouche opposant au pro­jet de loi a saisi le CSA con­tre Eliz­a­beth Quin, esti­mant avoir été attiré dans un véri­ta­ble « guet-apens » lors d’une édi­tion de l’émission « 28 min­utes ».

Vie privée

Enfant adop­tée, elle a adop­té à son tour une petite cam­bodgi­en­ne (qui porte le prénom de Thav­ery auquel elle a ajouté un prénom irlandais, Oona, « prénom de la petite-fille d’André Bre­ton et de la dernière femme de Char­lie Chap­lin ») et con­sacré un livre à l’adoption Tu n’es pas la fille de ta mère, paru chez Gras­set en 2004. Selon un arti­cle de Libéra­tion, « elle dit que son motif n’était ni la stéril­ité, ni la han­tise des rela­tions hétéro­sex­uelles, ni une con­vic­tion idéologique, ni le désir d’élever un enfant toute seule, ni même finale­ment, un dégoût de la grossesse. À sa grande sur­prise, sa volon­té “de ne pas [se] repro­duire” lui attire des insultes, “surtout de la part des hommes, pré­cise-t-elle, comme si je les pri­vais per­son­nelle­ment de quelque chose en me pri­vant de cette expéri­ence”. Elle s’est demandé si elle était un “mon­stre” : “Au Cam­bodge, des enfants de 5 ans men­di­ent, avec un nour­ris­son accroché à leurs bras. Est-ce que c’est une atroc­ité de préfér­er qu’ils soient éduqués ?” »

Elle a été mar­iée avec le scé­nar­iste et réal­isa­teur Lau­rent Chouchan.

Sa nébuleuse

Renaud Dély, Nadia Daam, Julian Gomez. Vin­cent Meslet.

Publications et filmographie

Romans et ouvrages
  • La Peau dure, Gras­set, 2002.
  • Tu n’es pas la fille de ta mère, Gras­set, 2004.
  • Pierre dans le loup (avec Thomas Peri­no), Seuil jeunesse, 2006.
  • Bel de nuit, Ger­ald Nan­ty (coécrit avec Ger­ald Nan­ty), Gras­set, 2007 (biogra­phie du “prince de la nuit parisi­enne” Ger­ald Nan­ty mort en 2010).
  • Cannes. Ils & elles ont fait le fes­ti­val (avec Noël Sim­so­lo), Cahiers du ciné­ma, 2007.
  • Pré­face à 501 réal­isa­teurs, sous la direc­tion de Steven Jay Schnei­der, Omnibus, 2009.
  • Dreams are my Real­i­ty, cat­a­logue d’exposition, col­lec­tif, Fon­da­tion Ate­lier de Sèvres, 2005.
  • Le Livre des van­ités (avec Isabelle d’Hauteville et Olivi­er Canaveso), édi­tions Regard, 2008.
  • Karl Lager­feld, par­cours de tra­vail, cat­a­logue d’exposition, col­lec­tif, Mai­son européenne de la pho­togra­phie, 2010.
  • C’est la vie ! Van­ités de Pom­péi à Damien Hirst, col­lec­tif, Flam­mar­i­on, 2010.
Cinéma
  • Fais-Moi rêver (2002) de Jacky Katu
  • Elle cri­tique tout (2004) d’Alain Riou
  • Tous les hommes sont des romans (2007) d’Alain Riou et Renan Pol­lès
  • Ça se soigne ? (2008) de Lau­rent Chouchan

Ils ont dit

« On voulait quelqu’un de légitime, pas encore mar­qué par une chaîne de télé, le “mou­ton à cinq pattes” en quelque sorte. Son nom a fait l’unanimité », Vin­cent Meslet, directeur édi­to­r­i­al d’Arte France à pro­pos du choix d’Élisabeth Quin pour présen­ter l’émission « 28 min­utes ».

« De toute évi­dence, 28 min­utes se cherche. Trou­vera-t-elle son équili­bre ou con­tin­uera-t-elle d’osciller entre des édi­tions con­va­in­cantes et d’autres qui le seront moins ? Dans tous les cas, elle fait déjà enten­dre une petite musique agréable et pas si fréquente sur les plateaux télé : celle de la col­li­sion bien­veil­lante des savoirs, des cul­tures et des opin­ions », Sophie Bour­dais, Téléra­ma, 17 jan­vi­er 2012.

« Femme aux tenues ves­ti­men­taires sou­vent improb­a­bles, cheveux plus sel que poivre, regard en coin asi­a­tique, Élis­a­beth Quin réu­nit à elle seule tant de qual­ités qu’on pour­rait s’étonner, qu’aucune chaîne jusque là (vingt ans de télévi­sion tout de même!) ne lui ai offert une émis­sion. Sans doute n’avait-elle pas le look assez glam­our pour les patrons de la Une, la Deux, la Trois, Canal+ ou M6 », San­drine Cohen, Huff­in­g­ton Post, 31 octo­bre 2013.

Elle a dit

« L’adoption, ce n’est pas trou­ver un orphe­lin pour combler un désir d’enfant, c’est trou­ver une famille à un enfant », Tu n’es pas la fille de ta mère, Édi­tions Gras­set.

« C’est for­mi­da­ble « Le Grand jour­nal », c’est une sorte de grand bar­num où ce qui compte, au final, ce n’est pas la parole, ce n’est pas ce que vont dire les gens, ce qui compte c’est la gueule de la fille qui vient d’Hollywood, ce que porte machin, la vanne plus ou moins réus­si que va faire Macenet, c’est for­mi­da­ble mais c’est le show… », Medi­as­phère, 12 jan­vi­er 2012

« Les émis­sions ont peur du vide et du sérieux. C’est grotesque mais symp­to­ma­tique de ce qu’on vit dans cette société. Je crois que les gens n’ont pas besoin qu’on leur bal­ance de l’information sys­té­ma­tique­ment agré­men­tée de comique avec cotil­lons ou blagues grass­es en plateau, “l’infotainment” comme on dit », Le Monde, 5 décem­bre 2012.

« Qu’est-ce qui vous arrive ? Est-ce que les ventes s’effondrent à ce point-là pour que vous en arriv­iez à faire des Unes un peu misog­y­nes ? Vous ne trou­vez pas que vous réac­tivez des clichés et des stéréo­types sur la femme harpie qui empoi­sonne l’homme ? », à Christophe Bar­bi­er à pro­pos de la une de L’Express sur « Hol­lande, ces femmes qui lui gâchent la vie ».

« La télé n’est pas un lieu de décryptage savant, con­traire­ment à la presse. Il faut que ce soit rapi­de, sen­suel dans la forme, et ça doit inven­ter un lan­gage qui n’est pas celui de la glose » Paris Match, 10 jan­vi­er 2014

« Quand on reçoit des pisse-froid, des emmerdeurs, des gens de mau­vaise foi, il faut de l’impertinence, voire de l’irrévérence. «28 min­utes» est arrivé à point nom­mé, parce qu’il n’était plus pos­si­ble à la télé de par­ler ciné­ma – ma spé­cial­ité – sans tomber dans la pro­mo », Paris Match, 10 jan­vi­er 2014

« Je ne con­somme pas la télévi­sion sur un plan per­son­nel. J’ai le min­i­mum de chaînes à dis­po­si­tion. Ça ne m’intéresse pas du tout. […] Parce que la vie est ailleurs. Entre les livres que je lis, les pièces de théâtre ou les expos que je vais voir, ma fille que j’élève, le ciné­ma que je con­tin­ue à suiv­re, et la vie, aimer, vivre, manger, jouir, voy­ager, la télévi­sion est réduite à la por­tion con­grue. » Toute­latélé, 21 mai 2014.

Crédit pho­to : arte.tv (DR)

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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