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Nice-Matin sera-t-il vraiment vendu à GXP capital ?

27 février 2014

Temps de lecture : 3 minutes
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Nice-Matin sera-t-il vraiment vendu à GXP capital ?

Temps de lecture : 3 minutes

La cession de 80% du groupe Nice-Matin (Groupe Hersant média-GHM) au fonds d’investissement suisse GXP capital, prévue en principe hier, 26 février, a été repoussée d’un mois.

Offi­cielle­ment pour des raisons tech­niques. “Toutes les claus­es sus­pen­sives sur ce deal ont été lev­ées, hormis la ques­tion sur le finance­ment de 20 mil­lions d’eu­ros”, assure une source proche du dossier. “Les autori­sa­tions en matière de trans­ferts de fonds, a for­tiori en prove­nance de Suisse, sont régies par une lég­is­la­tion de plus en plus tatil­lonne”, pour­suit le même con­tact. Côté syn­di­cat, on par­le de “sim­ple retard” et on affiche égale­ment une sérénité de cir­con­stance sur la final­i­sa­tion de l’opéra­tion. L’an­nonce du report, effec­tuée lun­di 24 févri­er par Jean Icart, le por­teur du pro­jet, et Gilles Périn, le représen­tant de GXP cap­i­tal, relance pour­tant les con­jec­tures sur la réal­i­sa­tion con­crète de la trans­ac­tion. Pour deux raisons.

En pre­mier lieu, le droit français de la presse inter­dit en principe à un investis­seur non com­mu­nau­taire d’ac­quérir plus de 20% d’un jour­nal hexag­o­nal. Là où le Belge Rossel a pu racheter en 2004 La Voix du Nord, puis, en 2012, Le Cour­ri­er picard et le pôle Cham­pagne-Ardennes du groupe Her­sant médias (L’U­nion), le Suisse risque de se cass­er les dents sur la lég­is­la­tion française. L’autre inter­ro­ga­tion majeure dans ce dossier réside dans la nature même de GXP cap­i­tal et dans la prove­nance des fonds qu’il gère. Dirigé depuis juil­let 2013 par Haris Thalis Papadopou­los, la société ne brille pas par sa trans­parence. Les seules indi­ca­tions con­nues sont ses domaines d’ac­tiv­ité : l’hôtel­lerie de luxe et le yacht­ing. Démé­nagé, dans la foulée de ce change­ment de gou­ver­nance, de Genève à Baar, dans le mini par­adis fis­cal de Zoug, GXP cap­i­tal ne pub­lie aucun chiffre financier. Il n’emploie pas de salariés. Dif­fi­cile dans ces con­di­tions de con­naître l’o­rig­ine des 20 mil­lions d’eu­ros des­tinés à sauver Nice-Matin du dépôt de bilan. Un autre épisode des aven­tures français­es de GXP ne pousse guère à l’op­ti­misme. Depuis 2011, The Alpine col­lec­tion, une fil­iale du fonds, tente d’ériger dans la sta­tion de mon­tagne d’Au­ron, située à moins de 100 kilo­mètres de Nice, un com­plexe hôte­lier 5 étoiles. Trois ans après, le pro­jet bap­tisé “Transalpina”, d’un mon­tant de 70 mil­lions d’eu­ros env­i­ron, n’est tou­jours pas sor­ti de terre…

Au-delà des ques­tions tech­niques et juridiques, il se mur­mure sur la prom­e­nade des Anglais qu’une autre rai­son, de nature poli­tique, aurait brusque­ment freiné le proces­sus de vente. Jean Icart, ex indus­triel local et munic­i­pal divers droite à Nice, est un opposant notoire du maire UMP, Chris­t­ian Estrosi. Il devait même se présen­ter con­tre lui aux prochaines élec­tions, s’il ne s’é­tait pas engagé dans le dossier de reprise de Nice-Matin. Estrosi, grâce à ce report du clos­ing jusqu’à fin mars, n’au­ra pas à subir les piques du quo­ti­di­en pen­dant la cam­pagne. Sa réélec­tion, déjà prob­a­ble, est désor­mais assurée. Loin de ces cal­culs éventuels, le groupe Nice-Matin pense lui surtout à garder la tête hors de l’eau (six mil­lions de pertes en 2013). Son action­naire actuel, GHM, a assuré que les salaires seraient payés jusqu’à fin avril.

Crédit pho­to : trois-tetes via Flickr (cc)