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<span class="dquo">«</span> Le Pen alliée de la Pologne pour démonter l’UE » : le mensonge d’un journal polonais

23 mars 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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« Le Pen alliée de la Pologne pour démonter l’UE » : le mensonge d’un journal polonais

Le « très sérieux » quotidien national polonais Rzeczpospolita n’a pas hésité à inventer un bobard pour discréditer le parti au pouvoir. Que fait le désintox de Libé ?

« C’est une offre que Jarosław Kaczyńs­ki n’aurait sans doute pas voulu enten­dre. Mais l’image d’une Pologne qui cherche à affaib­lir l’Union européenne est aujourd’hui si répan­due à l’Ouest que Marine Le Pen, can­di­date à la prési­dence de la République française, pro­pose au leader du PiS une alliance pour démon­ter la Com­mu­nauté européenne si elle gagne les élec­tions en mai ».

Voici com­ment débu­tait en Une l’article « Le Pen alliée de la Pologne » pub­lié le lun­di 13 mars par le quo­ti­di­en nation­al polon­ais Rzecz­pospoli­ta. Dans la ver­sion en ligne du même texte, aujourd’hui mod­i­fiée, la propo­si­tion de Marine Le Pen de tra­vailler avec le Polon­ais Jarosław Kaczyńs­ki au « démon­tage » de l’UE fig­u­rait sous forme de cita­tion dans le cha­peau de l’article : « ‘Si je gagne, j’entreprendrai une col­lab­o­ra­tion avec Kaczyński pour le démon­tage de l’Union européenne’, dit à Rzecz­pospoli­ta la leader du Front nation­al ». Même chose pour le cha­peau de l’article inté­gral fig­u­rant à la page 8 de la ver­sion papi­er du 13 mars, qu’il n’était évidem­ment pas pos­si­ble de chang­er a pos­te­ri­ori.

Une « info » reprise par les médias

C’était après le som­met des 9 et 10 mars à Brux­elles, quand le pre­mier min­istre polon­ais Bea­ta Szy­dło avait été mise en minorité à 27 con­tre 1 dans son oppo­si­tion à la recon­duc­tion de Don­ald Tusk à la prési­dence du Con­seil européen pour cause d’ingérences ès qual­ité répétées dans les affaires intérieures de son pays. Cette phrase imputée à Marine Le Pen par l’auteur de l’article Jędrzej Bielec­ki n’a en fait jamais été pronon­cée, pas plus que le mot « démon­tage » ou « démon­ter ».

Et pour­tant, elle a été reprise en Pologne par tous les médias hos­tiles au par­ti con­ser­va­teur Droit et Jus­tice (PiS) et l’opération avait claire­ment pour but de mon­tr­er aux Polon­ais, très majori­taire­ment favor­ables à l’appartenance de leur pays à l’UE, que le PiS allait faire sor­tir la Pologne de l’UE. Le jour­nal­iste de Rzecz­pospoli­ta se référait à une con­férence de presse tenue par Marine Le Pen le 8 mars dernier à son siège de cam­pagne en présence de jour­nal­istes européens. Mal­heureuse­ment pour lui, la réponse de Mme Le Pen à sa ques­tion sur l’éventualité d’une alliance avec le Polon­ais Jarosław Kaczyńs­ki et le hon­grois Vik­tor Orbán avait été enreg­istrée par une jour­nal­iste du site con­ser­va­teur wPolityce.pl égale­ment présente et ce site a mis en ligne cet enreg­istrement dans l’après-midi du même jour.

De la pure propagande

Et voici donc ce qu’a dit Marine Le Pen : « Si demain je suis prési­dente de la République française, je pense que je pour­rai avoir un débat avec M. Orbán sur ce qui nous appa­raît inad­mis­si­ble, insup­port­able dans la manière dont l’Union européenne agit aujourd’hui, et c’est pareil pour M. Kaczyńs­ki. On ne sera pas d’accord sur tout, très cer­taine­ment, et c’est la lib­erté et la sou­veraineté de chaque pays que de défendre aus­si ses pro­pres intérêts. Ils peu­vent être com­muns sur cer­tains sujets et ils peu­vent aus­si être diver­gents. C’est la base de la poli­tique inter­na­tionale. »

Entre-temps, le leader du PiS Jarosław Kaczyńs­ki avait cru bon de pré­cis­er aux jour­nal­istes qui l’interrogeaient sur les pro­pos fausse­ment prêtés à Mme Le Pen qu’il avait autant en com­mun avec Marine Le Pen qu’avec Vladimir Pou­tine, et aus­si de rap­pel­er que toutes les sug­ges­tions de l’opposition selon lesquelles le PiS souhait­erait un Polex­it ou un déman­tèle­ment de l’UE étaient pure pro­pa­gande.

Pourquoi Rzecz­pospoli­ta qui a en Pologne et à l’étranger la répu­ta­tion d’un jour­nal sérieux se prête-t-il donc à une telle pro­pa­gande anti-PiS en créant une fausse nou­velle de cette nature, un de ces fameux fake news dont les médias main­stream accusent régulière­ment les médias alter­nat­ifs ? Pour com­pren­dre ses moti­va­tions, il faut remon­ter à l’année 2011 quand Don­ald Tusk était pre­mier min­istre de la Pologne. Mécon­tent des cri­tiques de ce pres­tigieux jour­nal à l’encontre de l’action de son gou­verne­ment, en par­ti­c­uli­er en ce qui con­cer­nait sa ges­tion de l’enquête sur la cat­a­stro­phe de Smolen­sk où le prési­dent Lech Kaczyńs­ki avait per­du la vie en avril 2010, le gou­verne­ment de Don­ald Tusk était par­venu à con­train­dre le pro­prié­taire bri­tan­nique du jour­nal à lui ven­dre ses parts pour ensuite les céder à bon compte à un homme d’affaires ami (Voir l’article Quand Don­ald Tusk, « prési­dent de l’Europe », muse­lait la presse d’opposition pour les détails de cette opéra­tion). Même dans l’opposition, ce jour­nal reste donc aujourd’hui ami des libéraux de la Plate­forme civique (PO) dont est issu Don­ald Tusk et enne­mi du PiS. Ceci n’empêche pas les libéraux et leurs sou­tiens à Brux­elles (dont Don­ald Tusk) d’accuser aujourd’hui le PiS de ne pas respecter la lib­erté des médias…

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