Le Monde fait les yeux doux à la publicité

2012 avait vu la naissance des cahiers thématiques et de Le magazine du Monde le supplément du vendredi clairement conçu pour recevoir le maximum de publicités de luxe destinées aux CSP+. Le quotidien du soir renforce son image publicitaire en remodelant son offre de fin de semaine.

Les lecteurs du journal daté samedi/dimanche avaient déjà droit depuis novembre 2015 à quatre pages consacrées à la géopolitique. Le nouveau supplément intitulé L’Époque veut « raconter de manière légère dans le ton, ludique dans la forme mais rigoureuse dans le fond les petits changements et les grandes mutations de nos vie quotidiennes ». Analyse du premier numéro daté 13/14 mars 2016.

Le premier dossier « pour vivre heureux vivons cryptés » surfe sur les nouvelles technologies qui permettent aux couples de s’espionner mutuellement. Bien renseigné et bien écrit, le papier n’en reste pas moins un publi-reportage – maintenant on dit native advertising et non publicité déguisée – pour les applications (payantes ou gratuites) permettant de crypter et pour les téléphones destinés aux entreprises ou aux particuliers permettant de se cacher un peu des grandes oreilles et des grands yeux indiscrets. Avec mention (publicitaire ?) d’une application de sites de rencontres que l’on ne peut désactiver sans bloquer la précieuse géolocalisation.

La rubrique Loisirs vante les jeux d’évasion présents dans 240 salles de jeux qui proposent 168 énigmes différentes. Il vous en coûtera autour de 25 euros mais attention si vous avez moins de 12 ans vous ne serez pas admis.

La page 6 est consacrée à la « détente », comprenez la détente boboïsante et rémunératrice (pour le gourou). Vous aurez le choix entre la sophrologie, l’hypnose et même la « méditation de la pleine conscience » avec à chaque fois l’adresse d’un gentil site qui vous mènera à un gentil organisme qui lui même vous indiquera un gentil gourou… qui facture. On peut penser que la régie publicitaire du Monde y trouve son compte.

Mais au fond ce vide habillé de postmodernité ne vaut que par la dernière page, celle qui justifie tout le reste. Une publicité pleine page couleur pour le maroquinier Céline. Vous avez vu la dernière page ? C’est bien suffisant.