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Le journalisme en Italie : un tour d’horizon

11 décembre 2013

Temps de lecture : 10 minutes
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Le journalisme en Italie : un tour d’horizon

Dossier. Les journaux italiens sont peu lus, subventionnés, et soumis aux pressions des milieux économiques. Et ce, malgré une longue et vieille histoire…

Selon la dernière recen­sion, datant du 30 juin 2011, dif­fusée par l’Ordre Nation­al des Jour­nal­istes, (Odg), on compte, en Ital­ie, 27 618 jour­nal­istes pro­fes­sion­nels, 71 598 jour­nal­istes « à temps par­tiel ou exerçant égale­ment une autre pro­fes­sion », 1 662 sta­giaires, plus 445 jour­nal­istes inscrits sur des « listes spé­ciales » (notam­ment les jour­nal­istes étrangers accrédités), ce qui représente un total de 101 323 per­son­nes. La loi ital­i­enne prévoit en effet que tous les jour­nal­istes soient inscrits à un tableau pro­fes­sion­nel et regroupés au sein d’un organ­isme pub­lic, l’Odg, qui a — ou est sen­sé avoir — une mis­sion de vig­i­lance, de con­trôle et de tutelle sur cette arma­da d’in­scrits. L’in­scrip­tion au tableau des pro­fes­sion­nels est dépen­dante d’un exa­m­en d’É­tat qui peut être soutenu par quiconque a tra­vail­lé au moins 18 mois, sous con­trat, dans une rédac­tion. L’ex­a­m­en prévoit deux épreuves, une écrite et une orale. Les jour­nal­istes non pro­fes­sion­nels peu­vent égale­ment s’in­scrire après avoir pub­liés un cer­tain nom­bre d’ar­ti­cles.

Moins de 14 000 euros par an

Sur ces cent mille jour­nal­istes, nom­breux sont ceux qui vont grossir les rangs d’un véri­ta­ble pro­lé­tari­at cul­turel. Le jour­nal­isme est en effet un des secteurs pro­fes­sion­nels les plus pré­carisés où les pra­tiques de sous-paiement sont courantes. En décem­bre 2012, la Cham­bre des députés a approu­vé une loi sur la « rétri­bu­tion équitable » des « jour­nal­istes free­lance » et des « col­lab­o­ra­teurs autonomes », mais celle-ci n’a pas encore abouti à des résul­tats con­crets et beau­coup de jour­naux locaux, mais aus­si nationaux, con­tin­u­ent à utilis­er des col­lab­o­ra­teurs payés 10 ou 5 euros, voir par­fois même 2 ou 3 euros, le feuil­let. Selon une étude datant de 2010, les jour­nal­istes pro­fes­sion­nels « à temps plein » gag­nent en moyenne env­i­ron 40 000 euros par an, mais, selon la Fédéra­tion de la presse nationale Ital­i­enne, le syn­di­cat unique des jour­nal­istes, 4 700 jour­nal­istes pro­fes­sion­nels gag­nent moins de 14 000 euros l’an­née. D’après les don­nées de l’Inp­gi, la mutuelle de prévoy­ance du secteur, il appa­raît que, jusqu’à l’âge de 35 ans, les jour­nal­istes perçoivent des rétri­bu­tions moyennes de l’or­dre de 31 000 euros annuels, alors que dans la tranche 36–60 ans, ces rétri­bu­tions atteignent un peu plus de 43 000 euros.

Une vieille histoire

Le jour­nal­isme ital­ien a une très vieille his­toire. Le quo­ti­di­en le plus ancien d’I­tal­ie est la Gazette de Parme, fondée le 19 avril 1735. Par­mi les prin­ci­paux quo­ti­di­ens aujour­d’hui encore présents dans les kiosques, le plus ancien est La Stam­pa, fondée à Turin le 9 févri­er 1867 sous le nom de Gazette Pié­mon­taise. À peine plus jeune est le Cor­riere del­la Sera, fondé le 5 mars 1876 à Milan. Beau­coup plus récents par con­tre sont les deux autres prin­ci­paux quo­ti­di­ens : La Repub­bli­ca et Il Gior­nale, deux jour­naux plus engagés poli­tique­ment, le pre­mier à gauche, le sec­ond à droite, nés tous deux dans les années 1970, créa­tion de deux grands noms du jour­nal­isme ital­ien : Euge­nio Scal­fari et Indro Mon­tanel­li.

Actuelle­ment, La Repub­bli­ca et le Cor­riere del­la Ser­ra se dis­putent le titre du quo­ti­di­en le plus lu. Selon les don­nées ren­dues publiques par Ads (Accer­ta­men­ti Dif­fu­sione Stam­pa), l’as­so­ci­a­tion de dis­tri­b­u­tion de la presse transalpine, La Repub­bli­ca, avec plus de 313 000 exem­plaires ven­dus quo­ti­di­en­nement, précé­dait, en juil­let 2013, le Cor­riere del­la Sera avec 303 900 exem­plaires jour­naliers. La troisième place est occupée par La Stam­pa avec 185 000 exem­plaires ven­dus. Les posi­tions suiv­antes revi­en­nent au Mes­sagero, avec 140 000 exem­plaires, au QN Resto del Car­li­no (123 000), et à Il Sole 24 Ore (122 000). Ce pal­marès ne tient pas compte des quo­ti­di­ens sportifs, tou­jours très lus en Ital­ie.

L’ab­sence de représen­ta­tion poli­tique au Par­lement, la crise économique et les coupes faites dans les finance­ments publics ont peu à peu exclu des kiosques tous les jour­naux faisant référence, d’une façon ou d’une autre, aux idées rad­i­cales, de quelque bord que ce soit. Sur le front gauche, le quo­ti­di­en Lib­er­azione a sus­pendu sa pub­li­ca­tion en for­mat papi­er le 20 jan­vi­er 2012 et parait désor­mais exclu­sive­ment sur inter­net. L’autre jour­nal com­mu­niste, Il Man­i­festo, résiste encore pour le moment, mais con­nait de lourds prob­lèmes économiques qui en ren­dent l’avenir incer­tain. À droite, Il Sec­o­lo d’I­talia, quo­ti­di­en du Mou­ve­ment Social Ital­ien, puis d’Al­liance nationale, et enfin de la mou­vance du Pdl provenant du monde néo­fas­ciste, a aus­si été con­traint d’a­ban­don­ner le papi­er pour se con­sacr­er unique­ment à une édi­tion web.

La Repub­bli­ca et le Cor­riere, de leur côté, font référence à deux blocs soci­aux et poli­tiques bien défi­nis : le pre­mier s’adresse aux « class­es moyennes éduquées » c’est-à-dire, dans le lan­gage poli­tique­ment cor­rect actuel, à la bour­geoisie cul­tivée de gauche, le sec­ond a un ton plus « libéral-con­ser­va­teur », mod­éré, et moins porté au jour­nal­isme pure­ment mil­i­tant. Si La Repub­bli­ca est organique­ment liée au cen­tre-gauche ital­ien — son patron, De Benedet­to, se van­tant d’être la « carte numéro un du PD » (Par­ti Démoc­ra­tique, équiv­a­lent du Par­ti Social­iste français), le Cor­riere n’est quant à lui pas offi­cielle­ment ni sys­té­ma­tique­ment aligné sur le cen­tre-droit. À l’oc­ca­sion des élec­tions de 2006, par exem­ple, son directeur, Pao­lo Mieli a pris un engage­ment explicite en faveur du can­di­dat du cen­tre-gauche.

Une presse subventionnée

Un autre des aspects con­tro­ver­sés du jour­nal­isme ital­ien est le fait de repos­er large­ment sur les caiss­es de l’É­tat via les con­tri­bu­tions publiques à l’in­dus­trie du livre. On cal­cule que, de 1990 à aujour­d’hui, les jour­naux ital­iens ont reçu env­i­ron 850 mil­lions d’eu­ros de con­tri­bu­tions publiques. En 2011, l’É­tat a dépen­sé env­i­ron 80 mil­lions d’eu­ros en fonds pour l’in­dus­trie du livre. Près de 40 mil­lions de moins qu’en 2010. La con­tri­bu­tion directe pour l’an prochain est quant à elle estimée à 67 mil­lions d’eu­ros. Sur le site du gou­verne­ment ital­ien, sont con­sulta­bles dans le détail les finance­ments dis­tribués jusqu’à 2011. On peut ain­si appren­dre que le quo­ti­di­en com­mu­niste Il Man­i­festo est financé publique­ment à hau­teur de 2 598 362,85 euros, le jour­nal con­ser­va­teur Il Foglio touche pour sa part 2 251 696,55 euros, tan­dis que le très catholique Avvenir béné­fi­cie lui de 3 796 672,83 euros d’aides. On peut égale­ment remar­quer les 691 110,82 euros perçu par Il Roman­is­to, jour­nal dédié aux sup­por­t­eurs de l’équipe de foot­ball de la cap­i­tale. On pour­ra aus­si s’é­ton­ner des mon­tants très impor­tants des­tinés aux jour­naux locaux comme la Voce di Romagna (1 587 723,78 euros) ou le Quo­tid­i­ano di Sicil­ia (1 420 055,25 euros). Mais le plus insen­sé sem­ble être les sommes des­tinées aux jour­naux pour les rési­dents ital­iens à l’é­tranger : l’É­tat dépense en effet 1 948 145,56 euros pour Amer­i­ca Oggi cen­sé informer les ita­lo-améri­cains à tra­vers l’Amérique ou 1 266 106,40 euros pour le Cor­riere Canadese des­tiné aux Ital­iens du Cana­da. On se con­sole, au moins, en notant que Bud­dis­mo e Soci­eta n’a perçu que 21 141,50 euros et que Italia Orni­to­log­i­ca ne coûte au con­tribuable que 27 783,87 euros.

103 exemplaires pour 1000 habitants

Une étude du 2011 du « Reuters Insti­tute for the study of jour­nal­ism » de l’u­ni­ver­sité d’Ox­ford a ain­si mon­tré que l’É­tat ital­ien dépense en moyenne 15 euros par an et par habi­tant pour soutenir les jour­naux. Com­par­a­tive­ment, la Fin­lande est le pays qui accorde le plus de fonds publics à la presse, 59 euros annuel par habi­tant, suiv­ent la France (20 euros), l’I­tal­ie, puis la Grande-Bre­tagne (12 euros), l’Alle­magne (6 euros) et les États-Unis (2 euros). Dans ce classe­ment l’I­tal­ie est donc troisième, mais ces aides n’ont qu’un retour dérisoire en ter­mes de nou­veaux lecteurs. Car l’I­tal­ie est à la dernière place du classe­ment du nom­bre de jour­naux ven­dus pour 1000 per­son­nes avec 103 exem­plaires. En Fin­lande, on en compte 483, 152 en France, 283 en Alle­magne, 307 au Roy­aume-Uni et 200 aux États-Unis. Au-delà de l’év­i­dente dém­a­gogie qui pré­vaut sou­vent sur le sujet, le finance­ment pub­lic a cepen­dant un avan­tage non nég­lige­able : il per­met de garan­tir un min­i­mum de plu­ral­isme des idées et une cer­taine diver­si­fi­ca­tion de la cul­ture, deux aspects qui ne peu­vent pas être lais­sés aux seules forces du marché. Les exem­ples ci-dessus mon­trent, cepen­dant, que ce n’est pas tant le finance­ment lui-même, mais la manière dont il est organ­isé et répar­ti, qui soulève des ques­tions. Ain­si de cer­tains titres his­toriques extrême­ment brumeux, que per­son­ne ne con­naît, ou de jour­naux qui trait­ent de sujets périphériques et qui con­tin­u­ent de recevoir des sub­ven­tions de l’État, par­fois impor­tantes, en tout cas sou­vent dis­pro­por­tion­nées.

Quelle indépendance ?

À quels intérêts obéis­sent les prin­ci­paux patrons de presse ital­iens ? En Ital­ie, la fig­ure, typ­ique­ment anglo-sax­onne, de l’édi­teur « pur », c’est-à-dire de l’en­tre­pre­neur qui opère exclu­sive­ment dans l’in­dus­trie du livre, n’ex­iste pas. Tous les patrons des jour­naux ont d’autres activ­ités économiques. Ain­si, La Repub­bli­ca appar­tient au groupe « L’E­spres­so », c’est-à-dire au très con­tro­ver­sé Car­lo De Benedet­to. Le Cor­riere, quant à lui, fait par­tie du groupe « RCS », pro­priété des prin­ci­paux opéra­teurs financiers, ban­caires et indus­triels ital­iens. Le Mes­sagero et toute une série de jour­naux locaux sont affil­iés au groupe « Cal­t­a­girone », du nom d’une fameuse famille de con­struc­teurs immo­biliers (un des lob­bys les plus impor­tants en Ital­ie). Fiat de son côté est pro­prié­taire de la Stam­pa tan­dis que Con­find­us­tria, l’as­so­ci­a­tion des indus­triels, pos­sède Il Sole 24 Ore. Il Gior­nale, quant à lui, est comme on le sait, la pro­priété de la famille Berlus­coni.

Tout ceci lim­ite évidem­ment large­ment l’indépen­dance poli­tique des jour­naux ital­iens. De plus, au-delà du con­di­tion­nement des édi­teurs, les jour­nal­istes ital­iens sont égale­ment en proie à une cor­rup­tion dif­fuse au niveau indi­vidu­el. Enri­co Men­tana, ancien directeur du Tg5 et directeur actuel du Jour­nal télévisé de la 7, un des vis­ages les plus con­nus de la télé ital­i­enne, a notam­ment expliqué ce phénomène : « Le chef des rela­tions extérieures d’Al­i­talia et le chef du bureau presse de la Fiat étaient de véri­ta­bles saints cour­tisés par toutes les rédac­tions ital­i­ennes au milieu des années 80. Du Man­i­festo à Il Gior­nale. Rai­son de cet ent­hou­si­asme ? Le prêt de voitures gra­tu­ites et l’ob­ten­tion de bil­lets d’avions à très bas prix voir totale­ment offerts. Il était ain­si fréquent pour les jour­nal­istes de mode de se déplac­er gra­tu­ite­ment d’un lieu de défilé à un autre, tan­dis que les spé­cial­istes des ques­tions médi­cales, de leur côté, se voy­aient “offrir” des séjours à tra­vers le monde par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique sous pré­texte d’as­sis­ter à un col­loque sur le Sida ou la grippe espag­nole… Tout cela sans que les instances pro­fes­sion­nelles ou les autorités ne fassent de rap­pel net et exhorte les jour­nal­istes à n’ac­cepter aucun “cadeau”. »

Une caste intouchable

Cet aspect n’est pas en con­tra­dic­tion avec ce qui a été dit précédem­ment à pro­pos du pro­lé­tari­at de l’information. On peut con­sid­ér­er qu’en Ital­ie il y a en fait un jour­nal­isme à deux vitesses. Au-dessus de la grande masse des jour­nal­istes payés une mis­ère, qui s’échinent à un tra­vail obscur et mal con­sid­éré, il existe une vraie caste béné­fi­ciant de nom­breux priv­ilèges et, de fait, intouch­able. A ceux-là, le sen­ti­ment de toute-puis­sance joue de temps en temps des mau­vais tours. Il suf­fit de rap­pel­er ce qui s’est passé en marge du mas­sacre de Brin­disi, le 19 mai 2012, lorsque dans cette ville des Pouilles, un homme souf­frant de ten­dances para­noïaques a placé une bombe devant une école, tuant une étu­di­ante de 16 ans et en blessant neuf autres. Par­mi les pre­miers reporters à se ren­dre sur les lieux, il y eut San­dro Ruo­to­lo, un des noms les plus con­nus du jour­nal­isme ital­ien pour avoir été le prin­ci­pal envoyé spé­cial des émis­sions de Michele San­toro, le présen­ta­teur le plus pop­u­laire du pays. En suiv­ant les enquê­teurs, le jour­nal­iste s’est lais­sé aller à toute une série d’indiscrétions sur inter­net au moment où l’identité du respon­s­able était encore incon­nue. Sur Twit­ter, Ruo­to­lo a notam­ment écrit: « Le nom de famille serait Stra­da. Le sus­pect s’appellerait Clau­dio ». Et d’autres détails : « Quarti­er pop­u­laire. Lui aurait une main hand­i­capée. Il vit avec son frère et une dame. Au dernier étage d’un immeu­ble. Bâti­ment HLM ». Et pour finir, une pho­to de l’immeuble où habitait le pré­sumé assas­sin est postée sur le réseau social… Las, les enquê­teurs annon­cèrent finale­ment que la bombe avait été placée par une toute autre per­son­ne… Un des jour­nal­istes ital­iens les plus recon­nus avait donc dif­fusé prénom, nom de famille et pho­to de l’habitation d’un inno­cent, le pointant du doigt comme

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un crim­inel et un tueur d’adolescents ! Le plus éton­nant est qu’un an et demi après les faits, aucune mesure n’a été prise con­tre Ruo­to­lo par l’autorité judi­ci­aire ou par l’Ordre des jour­nal­istes…

La sentence des dix commandements

Un cer­tain nom­bre de jour­nal­istes ital­iens pense ain­si pou­voir dire n’importe quoi impuné­ment. En réal­ité, les lim­ites du droit d’information ont été rat­i­fiées par une sen­tence de la Cour de Cas­sa­tion du 18 octo­bre 1984, enseignée dans les écoles de jour­nal­isme en tant que « sen­tence des dix com­man­de­ments », parce que, juste­ment, on con­sid­ère qu’elle résume tout ce qu’il y a à savoir sur ce qu’on peut ou on ne peut pas dire. Pour la Cour de Cas­sa­tion, le jour­nal­iste doit tou­jours se référ­er à ces trois principes : « util­ité sociale de l’information », « vérité des faits exposés » et « forme ‘civile’ de l’exposition des faits ». La Cour va même au-delà, en détail­lant explicite­ment ce que le jour­nal­iste ne peut pas faire. Il ne peut, par exem­ple, énon­cer une vérité incom­plète ou utilis­er une forme expres­sive por­tant préju­dice à la dig­nité des per­son­nes. C’est-à-dire, il ne peut sous-enten­dre des accu­sa­tions sans les for­muler de façon explicite (« sous-enten­du savant »), il ne peut opér­er des « rap­proche­ments qui pour­raient influ­encer », en citant dans un arti­cle des faits non liés à la nou­velle prin­ci­pale mais en faisant com­pren­dre tout de même l’existence, au fond, d’un lien ; il ne peut pas non plus recourir à un « ton exagéré­ment scan­dal­isé et indigné ». Ceux qui lisent quo­ti­di­en­nement les jour­naux ital­iens peu­vent cepen­dant très bien se ren­dre compte com­ment ces règles sont chaque jour joyeuse­ment et large­ment piét­inées. Pra­tique­ment tous les com­porte­ments que la Court de Cas­sa­tion invite à ne pas pra­ti­quer sont présents dans les colonnes des grands quo­ti­di­ens nationaux et régionaux, notam­ment quand il s’ag­it de traiter d’in­for­ma­tions con­cer­nant les milieux poli­tiques dits « rad­i­caux », qu’ils soient de gauche ou de droite.

Quand les journalistes s’attaquent à plus puissants qu’eux…

Une telle toute-puis­sance trou­ve de fait sa seule lim­ite dans la con­fronta­tion avec un lob­by plus puis­sant encore. Comme par exem­ple celui des mag­is­trats, qui en Ital­ie ont un immense pou­voir. Si l’on se penche sur les (rares) cas de jour­nal­istes ital­iens qui ont fini en prison ou qui ont risqué d’y aller, on note que c’est générale­ment à la suite d’af­fron­te­ments avec des mag­is­trats. Le dernier exem­ple est celui du directeur du Gior­nale, Alessan­dro Sal­lusti, con­damné à un an et deux mois de prison et à 5000 euros d’amende, pour diffama­tion par voie de presse, après avoir pub­lié dans son quo­ti­di­en une (fausse) nou­velle à pro­pos d’un juge de Turin qui aurait con­traint une jeune fille à avorter. Le Prési­dent de la République lui-même est inter­venu pour com­muer la peine, jugée trop lourde, en sim­ple amende. Mais dans le passé, par­mi les rares jour­nal­istes à avoir eu de sérieux ennuis, on se sou­vient aus­si de Vin­cen­zo Sparagna et de Val­ter Vecel­lio, de la revue satirique Il Male, con­damnés à deux ans et demi d’en­fer­me­ment à cause du texte d’une vignette sur la mag­i­s­tra­ture écrit en 1979. Ou bien Lino Jan­nuzzi, con­damné à deux ans et cinq mois de prison à cause d’articles con­sid­érés comme diffam­a­toires envers les mag­is­trats du cas Tor­to­ra (un présen­ta­teur de la télévi­sion ital­i­enne très con­nu, qui a fini en prison pour traf­ic de drogue avant d’être finale­ment acquit­té après une longue odyssée juridique). Il faut aus­si citer Gio­van­ni­no Guareschi, l’au­teur de « Don Camil­lo », con­damné en 1950 pour out­rage au Prési­dent de la République Lui­gi Ein­au­di et en 1954 pour diffama­tion de l’ex Pre­mier Min­istre Alcide De Gasperi. Guareschi a dû purg­er 409 jours de prison. Comme on peut le voir, les jour­nal­istes qui ont de véri­ta­bles ennuis sont ceux qui gênent plus puis­sants qu’eux. Mais pour le citoyen ital­ien lamb­da, les jour­nal­istes restent essen­tielle­ment asso­ciés à une caste toute-puis­sante, priv­ilégiée et capricieuse.

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