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[Dossier] Le Grand Journal ou Goebbels à Beverly Hills

23 septembre 2014

Temps de lecture : 17 minutes
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[Dossier] Le Grand Journal ou Goebbels à Beverly Hills

L’Ojim a visionné et analysé pour vous les deux premières semaines de la saison de cette émission quotidienne qui est aussi l’émission phare de la chaîne cryptée. Un modèle de propagande dernière génération.

Il y a quelques mois, nous évo­quions le cas Canal, les dif­fi­cultés que ren­con­trait actuelle­ment la chaîne, ses orig­ines et ses évo­lu­tions, lesquelles avaient fini par aboutir à un mélange inquié­tant de déri­sion et de fanatisme. Le vision­nage atten­tif de son émis­sion-vit­rine en cette ren­trée médi­a­tique allait être l’occasion de détailler les procédés très par­ti­c­uliers que celle-ci emploie et qui lui per­me­t­tent d’assener une espèce de matraquage idéologique indo­lore et pour­tant per­ma­nent. Le temps de la pro­pa­gande « à la papa » telle qu’usitée par Goebbels ou Staline est bien défini­tive­ment révolu. Plus de slo­gans man­i­festes, plus de foi affir­mée avec éclat, plus de mytholo­gie en toc orchestrée de manière pom­peuse, plus de dén­i­gre­ment lit­téral du déviant. Non, au Grand Jour­nal, on est mod­ernes, on fait dans le bour­rage de crâne high-tech, on for­mate tout en finesse, on agresse à la Sun Tzu (le grand stratège chi­nois), c’est-à-dire sys­té­ma­tique­ment par un biais indi­rect. On est pour­tant bel et bien en présence d’une véri­ta­ble machine de guerre idéologique, très con­stru­ite, très offen­sive, bien que peut-être de moins en moins effi­cace…

Rap­pelons que cette émis­sion, qui prit la suite de Nulle part ailleurs, avait d’abord était élaborée afin de répon­dre au prob­lème que posait la créa­tion, par la gauche au pou­voir, d’une chaîne cryp­tée inac­ces­si­ble aux pau­vres, en pro­posant au moins quelques pro­grammes en clair. Cette néces­sité avait alors été trans­for­mée en moyen de racol­er des CSP+, cœur de cible de la chaîne, et attir­er ain­si de nou­veaux abon­nés. Qu’en est-il donc du Grand Jour­nal au début de la sai­son 2014–2015, alors que la chaîne a subi de nom­breuses attaques et qu’elle a, l’année dernière, rap­pelé Antoine de Caunes, fig­ure de l’antique Nulle part ailleurs, pour ten­ter de renouer avec son souf­fle orig­inel en le met­tant à la tête de son pro­gramme phare ?

Le règne des chroniqueurs

Ce qui frappe d’emblée lorsqu’on observe le mon­tage général, la mise en scène et les gim­micks de l’émission, c’est à quel point les chroniqueurs qui y par­ticipent sont ici « star­i­fiés ». Bien sûr, ce phénomène tient à une ten­dance générale qui s’est dévelop­pée au cours des vingt dernières années, mais il atteint dans le Grand Jour­nal un degré incom­pa­ra­ble. Le générique est tou­jours précédé d’un sketch met­tant en scène cer­tains des chroniqueurs. Avant cha­cune des par­ties qui com­posent le pro­gramme, ce n’est pas l’invité ou le thème qui est intro­duit, mais les vis­ages et les noms de ces héros qui se suc­cè­dent dans un mon­tage élo­quent et une image idéale. Enfin, régulière­ment, ceux-ci sont inté­grés comme fig­ures dans les dif­férents sketchs, dans les vidéos par­o­diques, dans les scènes des Guig­nols. Ce qui pro­duit deux effets con­comi­tants : pre­mière­ment, traités sur le même plan que les poli­tiques, les sportifs ou les artistes célèbres, ils y gag­nent un statut sym­bol­ique com­pa­ra­ble. Deux­ième­ment, cela par­ticipe à fonder un fac­teur déter­mi­nant du dis­cours implicite : l’esprit de con­nivence. On peut égale­ment remar­quer que ces « stars » à la place des « stars » sem­blent toutes – hormis le dis­gra­cieux Jean-Michel Aphatie -, issus d’un cast­ing pho­to dras­tique. Que l’on préfère pass­er à l’écran des gens au physique avenant est tout à fait com­préhen­si­ble, mais encore une fois, par son côté sys­té­ma­tique, le Grand Jour­nal atteint sur ce point un niveau objec­tive­ment car­i­cat­ur­al. Et ce, tou­jours pour la même rai­son : faire des chroniqueurs les vraies vedettes, les vecteurs essen­tiels du désir et de l’identification, à la place des invités. Quant à ces derniers, en rai­son de la brièveté des séquences, de leur enchaîne­ment tam­bour bat­tant, de la mul­ti­plic­ité des chroniqueurs qui les entourent et s’en nour­ris­sent comme pré­texte à leurs gags, ils en ressor­tent, à quelques excep­tions près, à l’état de sim­ple car­bu­rant d’une machine qui ne fab­rique que sa pro­pre gloire.

Une propagande VIPiste

Si c’est l’équipe du Grand Jour­nal qui est star­i­fiée, c’est donc que c’est à elle et à son « esprit » que le téléspec­ta­teur est con­vié à adhér­er, et non directe­ment à des invités qui, en pro­posant divers­es visions du monde, pour­raient du moins entretenir un pan­el d’opinions un rien démoc­ra­tique. Il ne s’agit pas de s’identifier à un peu­ple entier mythi­fié et au dic­ta­teur cen­sé l’incarner, mais à une caste, une caste de jour­nal­istes branchés et télégéniques, la « hype » friquée et bien-pen­sante, vis-à-vis de laque­lle le CSP+ visé par le pro­gramme peut davan­tage se sen­tir à portée que le téléspec­ta­teur de TF1. Il s’agirait « d’en être ». D’où la cul­ture per­ma­nente de cet esprit de con­nivence qui tranche avec les codes tra­di­tion­nels de dis­tance objec­tive. D’où la règle de l’implicite qui pré­vaut tou­jours en matière idéologique, et non l’exposition claire des par­tis pris pos­si­bles. C’est en effet tou­jours l’implicite qui car­ac­térise une aris­to­cratie : seuls ceux qui y appar­ti­en­nent sont ini­tiés à ses rites, on n’expose pas ceux-ci au vul­gaire. Para­doxe typ­ique de la gauche mit­ter­ran­di­enne et de sa télé par excel­lence : on se présente comme de gauche, et même à la gauche de Hol­lande, mais l’ouvrier de chez Renault peut tou­jours atten­dre pour capter les sous-enten­dus ; le pau­vre paysan ne sera représen­té que par les séquences de L’Amour est dans le pré red­if­fusées dans le zap­ping pour faire s’esclaffer les beaux goss­es médi­a­tiques ; la femme de ménage com­prend d’instinct qu’elle n’aura jamais la moin­dre chance d’être inté­grée par­mi les « élus » casseurs de ringards. Sauf que, comme au Grand Jour­nal, on ne pense pas, mais on déconne dans l’entre soi pail­leté, on n’a pas l’occasion de s’arrêter sur ce genre de con­tra­dic­tions.

Le cas Polony

Pas­sons à présent à la con­sti­tu­tion de cette équipe. Il n’y a pas grand chose à dire sur Antoine de Caunes, ani­ma­teur assez trans­par­ent, si ce n’est qu’il est physique­ment très présentable et qu’il apporte la cau­tion des heures de gloire de Nulle part ailleurs, cen­sée donc régénér­er un pro­gramme à bout de souf­fle. L’introduction en cette ren­trée de Nat­acha Polony, anci­enne chroniqueuse du talk show de Lau­rent Ruquier, con­court à la même ten­ta­tive de réno­va­tion du Grand Jour­nal. Il est fort pos­si­ble que les cri­tiques touchant au ron­ron autosat­is­fait de l’émission aient poussé les pro­duc­teurs à inté­gr­er un zeste de « diver­sité » et de débat en la per­son­ne de Polony. Dans l’émission de Ruquier, On n’est pas couché, les chroniqueurs béné­fi­cient égale­ment d’une place de pre­mier ordre, mais l’effet d’équipe n’y a pas sa place, puisqu’il s’agit d’un tan­dem et, jusqu’alors, d’un tan­dem gauche / droite pro­duisant plus de dis­corde que de con­nivence. Une dis­corde qui avait atteint des niveaux assez out­rageux entre Nat­acha Polony et Aymer­ic Caron. L’avantage était la pos­si­bil­ité d’ouvrir le débat, un débat qui, en règle générale, peut en effet se tenir étant don­née la durée sig­ni­fica­tive accordée aux échanges. Qu’allait donc don­ner l’introduction de Polony, intel­lectuelle « de droite » (enfin, de gauche chevène­men­tiste, mais pas­sons…), dans le sérail des bobos tri­om­phants ? Eh bien, au début : rien. Et ensuite : pas grand chose. Au début, rien, l’intello rouquine est digérée par la machine, on la fait, dès le 1er sep­tem­bre, par­ticiper à des sketchs et on lui con­sacre le même jour une par­o­die de la bande annonce du film Lucy de Luc Besson. Quoiqu’érudite et sérieuse, elle est une décon­neuse branchée et star­i­fiée comme les autres. Surtout, elle est très dis­crète et peine à trou­ver ses mar­ques lors des pre­mières émis­sions. À par­tir du 4 sep­tem­bre, notam­ment face à Eric Ciot­ti revenant d’Irak, la polémiste com­mence de s’affirmer enfin. Elle pose de bonnes ques­tions. Reste que le for­mat du débat ouvrant le talk show ne per­met ni d’y répon­dre vrai­ment, ni de dévelop­per une analyse. Ce que Chris­tiane Taubi­ra (le 10 sep­tem­bre) sait par­faite­ment, qui botte en touche dès que Polony évoque son traite­ment de la délin­quance, expli­quant qu’il faudrait pour cela le cadre d’une autre émis­sion… Les ques­tions de Polony peu­vent donc bien fuser, moins con­formistes, plus per­ti­nentes ou plus dérangeantes certes que celles des autres, elles res­teront let­tres mortes et avalées dans le flux d’une émis­sion qui pré­tend ouvrir des débats sans laiss­er à per­son­ne le temps de s’expliquer.

Le cas Aphatie

Dans cette pre­mière par­tie du pro­gramme où se tien­nent en général deux dis­cus­sions avec un invité puis des jour­nal­istes ou témoins sur un thème poli­tique ou soci­ologique, Jean-Michel Aphatie est le pen­dant de Polony. Le vieux jour­nal­iste basque est une car­i­ca­ture out­ran­cière de la suff­i­sance, telle qu’acquise à trem­per depuis des décen­nies dans la vase de la Pen­sée Unique qui a inondé tous les grands médias. Le 2 sep­tem­bre, face à Nico­las Dupont-Aig­nan venu témoign­er du mou­ve­ment de grève des maires refu­sant la réforme des rythmes sco­laires, Aphatie, après lui avoir reproché de chercher le spec­tac­u­laire pour se faire de la pro­mo­tion, lui affirme tout bon­nement : « C’est pour votre bien que je dis ça. Ça peut vous servir. » Le 12 sep­tem­bre, face à Axel Kahn qui revient d’explorer la « France périphérique », alors que l’invité expose com­ment le développe­ment de ces ter­ri­toires oubliés n’implique pas for­cé­ment une aug­men­ta­tion des dépens­es publiques, Aphatie rétorque, caté­gorique : « Bah… Sans dépens­es publiques, c’est impos­si­ble. » On ne saura pas pourquoi. Mais vis­i­ble­ment, Aphatie maîtrise mieux tous les sujets pos­si­bles que ses invités aux­quels il ne laisse de toute manière que très peu de temps pour répon­dre. Fig­ure de vieux sage recad­rant tout le monde au milieu de la décon­nade et assenant sans la moin­dre gêne ses vérités toutes faites, Aphatie ne rechigne pas pour autant à l’autocélébration et à la clowner­ie qui sont la mar­que de la mai­son. Ain­si, le 8 sep­tem­bre, l’émission s’ouvrira sur une scène par­ti­c­ulière­ment grotesque : le chroniqueur, affublé d’un cha­peau pointu et devant une bougie, chante : « Joyeux anniver­saire à moi… » À un tel stade d’autosatisfaction, il faut croire que l’idée qu’on puisse se ren­dre ridicule n’a sim­ple­ment plus la pos­si­bil­ité de jamais sur­gir.

La tyrannie du montage

Entre les quelques ques­tions de Polony aux­quelles on n’a pas le temps de répon­dre et les asser­tions péremp­toires d’Aphatie, l’invité est égale­ment sys­té­ma­tique­ment coupé par des extraits vidéos, des tableaux de sta­tis­tiques, voire par un sketch. Le por­trait à l’écran de l’invité est en out­re titré d’un adjec­tif cen­sé résumer d’emblée ce qu’on est cen­sé penser de sa per­son­ne. Le tout sur une durée de moins d’une dizaine de min­utes entière­ment maîtrisée par les organ­isa­teurs du plateau. Dans un tel con­texte, il est évi­dent que l’invité a peu de chance d’incarner autre chose que la mar­i­on­nette qu’on a décidé qu’il incar­n­erait avant que ne s’animent les vraies mar­i­on­nettes des Guig­nols de l’info… Le procédé est totale­ment déloy­al et con­traire à la con­sti­tu­tion du moin­dre débat. D’abord, dif­fuser des extraits vidéo, sélec­tion­nés, coupés, mon­tés hors de leur con­texte et les assen­er à un invité som­mé de se jus­ti­fi­er (encore une fois, sans dis­pos­er du temps pour cela) et pris totale­ment au dépourvu représente une méth­ode pour le moins mal­hon­nête. Ensuite, les sketchs de Sébastien Thoen répon­dent égale­ment à un procédé pour le moins per­vers. Celui-ci va inter­roger des gens dans la rue soit sur le mode de la blague soit sur celui du témoignage brut. Il place donc le sujet du débat sous le signe de la déri­sion, ou col­porte des réac­tions cen­sées avoir le poids du réel. Sauf qu’on peut évidem­ment mon­ter les extraits qu’on a sélec­tion­nés et ceux-ci n’ont bien enten­du aucune valeur objec­tive. Mais présen­tés de cette manière, ils se trou­vent lestés d’un effet de réel totale­ment fac­tice et com­mi­na­toire. Idem en ce qui con­cerne les chiffres que Jean-Michel Aphatie fait bru­tale­ment sur­gir sur un écran au cours de la dis­cus­sion, qu’il s’agisse de sondages ou de sta­tis­tiques. Ceux-ci pro­duisent immé­di­ate­ment un effet de vérité objec­tive et indis­cutable, alors qu’on sait bien que les chiffres doivent au con­traire être manip­ulés avec beau­coup de pré­cau­tions et mis en per­spec­tive, sans quoi on peut bien leur faire dire à peu près tout et n’importe quoi. Mais prenons un exem­ple par­ti­c­ulière­ment élo­quent, lors du pas­sage de Nico­las Dupont-Aig­nan sur le plateau du Grand Jour­nal, le 2 sep­tem­bre.

Dupont-Aignant : lynchage orchestré

Parce qu’il est représen­tant d’une droite gaulliste clas­sique, Dupont-Aig­nan est d’emblée con­sid­éré comme un enne­mi poli­tique par les décon­neurs de l’émission qui demeurent très sérieux en matière de rec­ti­tude idéologique. Le 2 sep­tem­bre, il est invité au sujet de la polémique autour de la réforme des rythmes sco­laires, suite au cade­nas­sage des écoles par des maires refu­sant d’appliquer cette réforme. Il est prob­a­ble que l’essentiel des téléspec­ta­teurs dans ces échanges con­fus, rapi­des, lap­idaires qui accu­lent totale­ment un Dupont-Aig­nan débor­dé, ne retien­dra que l’adjectif qui souligne son por­trait en let­tres cap­i­tales dès le début du « débat » : « LE PROVOCATEUR ». On aurait pu écrire : « le rebelle », « l’insoumis », « le fron­deur », mais toutes ces épithètes ont, à gauche, une réso­nance pos­i­tive. On choisit donc de l’étiqueter sim­ple « provo­ca­teur », exposant d’ailleurs dans un pre­mier temps com­ment cette provo­ca­tion est une provo­ca­tion con­tre la République. « Le principe répub­li­cain, c’est d’appliquer la loi », déclare Aphatie, plus méprisant que jamais. Donc d’expulser Léonar­da ? a‑t-on envie de lui répli­quer. Même Nat­acha Polony y va de son soupçon d’anti-républicanisme. Dupont-Aig­nan tente de revendi­quer le sim­ple droit de grève. La rhé­torique est archi-clas­sique. À gauche, quand on désobéit : on résiste au fas­cisme. À droite quand on désobéit : on assas­sine la République, et donc on con­court au fas­cisme. À gauche, quand on obéit, c’est parce qu’on est attaché à la République. À droite, quand on obéit c’est par esprit de col­lab­o­ra­tion. Il n’y a rien d’autre à com­pren­dre. S’ajoute à cette pre­mière pseu­do-démon­stra­tion, un sketch de Sébastien Thoen qui donne la parole à des enfants, lesquels ne com­pren­nent pas pourquoi ils ne peu­vent pas aller à l’école. Le procédé est totale­ment grotesque. Pourquoi ne pas con­vi­er des élèves de CM2 à s’exprimer sur le plateau dans ce cas ? Enfin, dernière par­tie de la démon­stra­tion, Aphatie fait défil­er plusieurs extraits qui tendraient à prou­ver que Dupont-Aig­nan a tou­jours fait dans la provo­ca­tion et dans le spec­tac­u­laire au cours de sa car­rière poli­tique. Sauf que col­lecter des extraits vidéo sur une longue car­rière poli­tique, puis les rassem­bler per­met évidem­ment d’illustrer n’importe quoi. On aurait tout aus­si bien pu démon­tr­er que l’homme avait tou­jours été dépres­sif ou opti­miste, grincheux ou lyrique, ama­teur de thé ou de café. Surtout, dans une démoc­ra­tie médi­a­tique comme la nôtre, quel homme poli­tique ne verse pas dans le spec­tac­u­laire ? Mélen­chon, invité le 11 sep­tem­bre, ne sera jamais accusé d’un tel vice, alors qu’il s’y vautre en per­ma­nence (il allait quelques jours plus tard s’afficher avec Jérôme Kerviel à la fête de l’Humanité). En tout cas, la démon­stra­tion est achevée : Dupont-Aig­nan n’est qu’un vul­gaire provo­ca­teur, sa provo­ca­tion a des relents plus ou moins fas­cistes, et ne sert en défini­tive que son car­riérisme poli­tique. Hormis ce lyn­chage par­faite­ment orchestré, on ne retien­dra aucun échange véri­ta­ble sur la ques­tion de fond : celle de la réforme des rythmes sco­laires…

Taubira, Mélenchon : ceux qui triomphent

A con­trario, quelques invités poli­tiques, exclu­sive­ment de gauche, ressor­tent tri­om­phaux de l’expérience. Ce furent Taubi­ra et Mélen­chon lors de ces deux pre­mières semaines. Cela tient autant du fait qu’ils béné­fi­cient d’un traite­ment de faveur que de leur pro­pre tal­ent en de sem­blables cir­con­stances. Traite­ment de faveur : Taubi­ra est annon­cée par cette phrase de de Caunes : « Rare en télévi­sion, ce soir, elle a accep­té l’invitation du Grand Jour­nal. » Pour une fois, c’est donc l’invitée qui est mise à l’honneur et accueil­lie avec grat­i­tude. Ensuite, Taubi­ra, comme Mélen­chon, béné­ficieront d’un temps d’antenne supérieur aux autres invités poli­tiques, comme si on ne se décidait pas à les quit­ter et que l’on désir­ait leur avis sur tout, Taubi­ra par­venant même à se faire réin­viter en direct pour une autre émis­sion. Mais l’autre point impor­tant, c’est égale­ment que ces deux invités sont de véri­ta­bles bêtes médi­a­tiques et qu’ils désamor­cent tous les pièges que nous avons décrits plus haut afin de con­serv­er la maîtrise de l’entretien ; et ils les désamor­cent sans doute pour les avoir étudiés en amont. Ain­si, après un extrait de Mar­tine Aubry suite auquel on demande à Chris­tiane Taubi­ra de réa­gir, celle-ci réplique : « Je suis éton­née de la tran­si­tion… » met­tant en relief la per­ver­sité du procédé du mon­tage sauvage d’extraits en cours de débat. Comme Aphatie coupe la min­istre, celle-ci rétorque, offen­sive : « Je peux finir une phrase ? » et force les chroniqueurs à lui laiss­er le loisir de s’expliquer. Mélen­chon, lui, obser­vant son por­trait qui le mon­tre gri­maçant avec le titre : « ANTISYSTÈME », fait remar­quer : « Elle n’est vrai­ment pas belle, la pho­to ! », révélant encore la déloy­auté de ces rac­cour­cis car­i­cat­u­raux. À son sujet, d’ailleurs, le sketch réal­isé par Sébastien Thoen sera pour une fois par­faite­ment com­plaisant. En effet, le comique demande des sig­na­tures de sou­tien au prési­dent du Front de Gauche dans le quarti­er hup­pé du XVIe arrondisse­ment. C’est la bour­geoisie du XVIe qui est la vraie cible du sketch, que l’on tente de ridi­culis­er et non l’invité lui-même. Cette bour­geoisie représente une autre cible rit­uelle de Canal+ (avec le peu­ple ringard de province), non tant par esprit anti-bour­geois puisqu’en vérité, si la nou­velle bour­geoisie branchée et médi­a­tique de gauche ne perd jamais une occa­sion de tacler la vieille bour­geoisie de droite, c’est sim­ple­ment en rai­son d’une rival­ité obses­sion­nelle.

La bouillie commune

En dehors de ces cas extrêmes, on pour­ra remar­quer la presta­tion tout à fait cor­recte d’Eric Ciot­ti le 4 sep­tem­bre, évo­quant la sit­u­a­tion en Irak et par­venant à for­muler un pro­pos sans être en per­ma­nence inter­rompu. Sur le même sujet ‑l’intervention con­tre l’État Islamique‑, le 12 sep­tem­bre, les invités parvi­en­nent égale­ment à dévelop­per à peu près leurs aperçus. Quand le thème est dif­fi­cile et que l’invité en a une con­nais­sance par­ti­c­ulière que ne peu­vent partager les chroniqueurs, le brouil­lage manip­u­la­toire du dis­cours est moins effec­tif et, faute de débat, on peut au moins enten­dre une analyse rapi­de­ment ébauchée. Sinon, la grande majorité des invités appar­tient à l’aile gauche du par­lement : Stéphane Le Foll, Bernard Poignant, Julien Dray, Jean-Marie Le Guen, et bien sûr Mélen­chon et Taubi­ra. La plu­part du temps, seule une bouil­lie con­fuse sur­nage de ces échanges truf­fés des lieux com­muns du poli­tique­ment cor­rect. De toute manière, l’important ici, ce ne sont pas les idées, c’est le sketch. Lorsque les sujets sont déli­cats, ils sont en général éludés d’un slo­gan con­venu. Le cas Meh­di Nem­mouche, par exem­ple, qui soulève tout de même beau­coup d’inquiétudes sur l’intégration et la rad­i­cal­i­sa­tion de l’Islam en Europe, est résolu par le terme : « PSYCHOPATHE », accolé à son por­trait. Ain­si peut-on bien s’enfoncer dans le crâne qu’un cas clin­ique mar­gin­al n’est le symp­tôme de rien en ce qui con­cerne la sit­u­a­tion de l’Islam en France. Néan­moins, le mau­vais accueil de la société française vis-à-vis de ces pop­u­la­tions immi­grées sera tout de même pointé du doigt. En somme, ce ne sont pas les dérives de l’Islam fana­tique qui sont crim­inelles, mais les Français de souche qui, par leur méchanceté, les ren­dent inélucta­bles.

Rissouli et la chasse aux fachos

Par­mi les (trop) nom­breuses rubriques qui émail­lent cette pre­mière par­tie, on trou­ve celle de Karim Ris­souli, telle­ment anec­do­tique qu’on se demande bien ce qu’elle est cen­sée nous appren­dre. Une suite de flash info sans la moin­dre cohérence con­stitue en général son inter­ven­tion. Cepen­dant, le 9 sep­tem­bre, le chroniqueur donne dans le scoop inédit. On nous mon­tre des images d’une réu­nion sur le parvis de la mairie de Calais, où une foule est échauf­fée par un ex mil­i­tant du FN, Yvan Benedet­ti. La pop­u­la­tion de Calais, exas­pérée par le nou­veau camp de réfugiés instal­lé chez elle, est encour­agée par Benedet­ti à s’organiser et, Ris­souli force un peu le pro­pos, à for­mer des mil­ices. Le chroniqueur, en bon adju­vant de la police de la pen­sée, en appelle à une con­damna­tion judi­ci­aire des déc­la­ra­tions du tri­bun. Le tatouage d’une croix gam­mée dans le cou d’un des hommes assis­tant au dis­cours est zoomée pour faire s’effarer le téléspec­ta­teur. Encore une fois, on manip­ule sans ver­gogne. Qu’il y ait un skin­head à Calais et que celui-ci ait eu envie de se ren­dre à ce genre de réu­nion n’est symp­to­ma­tique de pas grand chose, et sûre­ment pas de ce que laisse enten­dre le chroniqueur : que l’assemblée serait un regroupe­ment de nos­tal­giques du IIIème Reich… Ten­ant son « affaire », Ris­souli revient le lende­main avec des images des migrants, mon­trant la mis­ère qui est la leur et com­ment les asso­ci­a­tions qui s’en occu­pent sont totale­ment débor­dées. Que ceux-ci soient égale­ment des délin­quants qui enfreignent la loi française et qu’ils se livrent à de nom­breuses dépré­da­tions dans la ville de pas­sage qu’est pour eux Calais n’est bien sûr jamais men­tion­né. La pop­u­la­tion calaisi­enne elle-même n’est jamais inter­rogée ou prise en compte. Non, vu des stu­dios parisiens et de la hype de Canal, le prob­lème est d’une sim­plic­ité déroutante : les méchants fachos d’un côté et les gen­tils migrants de l’autre. Et la seule ques­tion à se pos­er revient à se deman­der pourquoi l’État n’enferme pas les pre­miers et ne nour­rit pas les sec­onds.

L’esthétique du zapping

Dans cette pre­mière par­tie, Augustin Trape­nard assure la cau­tion cul­turelle « dure ». Le 11 sep­tem­bre, de Caunes l’introduit en pré­ten­dant que se vul­garise à Paris l’expression « se faire trape­nardis­er », pour pour­suiv­re l’autocélébration per­ma­nente que l’émission se rend à elle-même. Bien, mais pour ce qui est de haute cul­ture, Trape­nard ne relaiera durant ces semaines de ren­trée lit­téraire que les romans qui font le « buzz », lesquels sont rarement promis à une quel­conque postérité. Le 2 sep­tem­bre, le « cri­tique lit­téraire » nous append que Frédéric Beigbed­er bous­culerait les codes du roman… On peut certes appréci­er les pro­duc­tions du plus mondain des romanciers français, mais affirmer, après Joyce, Proust ou Céline, que Beigbed­er bous­culerait les codes du roman relève tout de même de la bêtise la plus man­i­feste. Enfin, cette pre­mière par­tie du Grand Jour­nal s’achève dans le « Zap­ping », métaphore de tout ce qui précède. Le rythme est trop rapi­de pour le moin­dre début de réflex­ion, mais cette vitesse générale est un moyen de pro­pa­gande sub­lim­i­nale. Au lieu de martel­er sans cesse le même slo­gan, on fait tout défil­er dans une con­fu­sion et un rel­a­tivisme déli­rants, en orches­trant néan­moins les choses de manière à ce que ne sur­nage au delà de l’agression du flux, qu’une vision extra­or­di­naire­ment sim­pliste et autori­taire des choses. Dans le zap­ping, trois types d’extraits domi­nent la sélec­tion. 1) Des extraits de doc­u­men­taires sérieux qui, en quelques sec­on­des, ne nous appren­nent rien, mais instil­lent l’idée que les mon­teurs auraient une véri­ta­ble con­science poli­tique. 2) Des extraits d’émissions de téléréal­ité ou de jeux télévisés pour ménagères, lais­sant enten­dre que chez Canal, on n’est pas des ploucs et qu’on peut donc se gauss­er libre­ment de ces derniers. 3) Des extraits du Grand Jour­nal de la veille, induisant le fait que l’émission est donc la référence ultime dans le domaine médi­a­tique. En out­re, la même tech­nique de mon­tage sélec­tif per­met d’inclure des témoignages uni­latéraux qui, sur chaque sujet, offrent sys­té­ma­tique­ment le même fil­tre idéologique lim­ité. Par exem­ple, le 1er sep­tem­bre, on dif­fusera les images d’un peu­ple ukrainien révul­sé par Pou­tine. En aucun cas les argu­ments des par­ti­sans, pour­tant nom­breux, du prési­dent russe. Lequel sera juste après présen­té dans Les Guig­nols sous les espèces d’un con­quérant impa­vide. Voilà com­ment fonc­tionne le bour­rage de crâne du Grand Jour­nal : sans avoir l’air d’y touch­er et sans se don­ner les moyens d’aucun débat véri­ta­ble et con­struc­tif, on divulgue en per­ma­nence, sur le ton de la décon­nade, une idéolo­gie ultra­for­matée qui passe comme un code implicite d’appartenance à une élite VIP autocélébrée tout en faisant fan­tas­mer au spec­ta­teur le bon­heur de s’y iden­ti­fi­er.

Batterie de sketch

La suite de l’émission, au cen­tre de laque­lle s’insinuent Les Guig­nols de l’info, mar­i­on­nettes mythiques qui en sont comme la per­le au milieu de l’huître, ne déroule presque plus qu’une inter­minable suc­ces­sion de sketchs brefs, de gags mitrail­lés jusqu’à épuise­ment par une armée d’adulescents. Rire et chan­sons ver­sion bobo n’offre plus que mille vari­a­tions sur le même ton. Les Guig­nols con­sacrent l’essentiel de leur énergie dans le Hol­lande bash­ing. Cet acharne­ment pour­rait paraître étrange de la part d’une émis­sion si mar­quée à gauche, pour­tant la gauche dont on se réclame ici est une espèce d’utopie immac­ulée, un trail­er pour le meilleur des mon­des qui n’a d’autre fonc­tion que d’être exhibé sur l’écran de son portable dernier cri. L’engagement poli­tique se résume dans le fait de porter un tee-shirt Che Gue­vara en se ren­dant à sa soirée privée. Quant à l’analyse générale du monde telle que divul­guée par les Guig­nols, elle est d’une sim­plic­ité red­outable. En Amérique : des dic­ta­teurs san­guinaires. En Russie : des dic­ta­teurs san­guinaires. Au Moyen-Ori­ent : des dic­ta­teurs san­guinaires. En France : un inca­pable, Hol­lande, qui laisse Valls faire le tra­vail, mais Valls, c’est déjà Sarkozy, Sarkozy, c’est plus ou moins Marine Le Pen, Marine, elle n’est jamais présen­tée sans son père, Jean-Marie, qui lui est tou­jours Hitler… En somme, le monde est peu­plé d’ignobles fas­cistes. Heureuse­ment, des stu­dios de Canal+, on résiste avec humour et on empoche les béné­fices financiers, moraux et nar­cis­siques qui en résul­tent.

Éternelle adulescence

C’est donc une vision du monde d’ados niaise­ment idéal­istes, binaires, irre­spon­s­ables, igno­rants et nar­cis­siques, mais forts en vannes et munis d’un compte en banque d’adultes par­venus qui imprègne tout le pro­gramme. Apogée soix­an­tu­itarde. Dans la sec­onde par­tie, domi­nent la sous-cul­ture améri­caine, le sport, et les per­for­mances des jeunes stars du Net recrutées par Canal. On se demande à ce moment-là si l’émission ne s’adresse pas en fait exclu­sive­ment à un pub­lic à peine pub­ère. La fameuse « miss météo » du Grand Jour­nal, cette année la jolie Raphaëlle Dupire, ne passera pas le 8 sep­tem­bre, ne se sen­tant pas à la « hau­teur » de sa mis­sion. Elle sera donc relayée ensuite par Ali­son et Poulpe. Cette séquence est égale­ment symp­to­ma­tique. Sous pré­texte de mépris­er la météo, info beauf par excel­lence, et au lieu de se con­tenter de ne pas la présen­ter, l’émission pro­pose de la tourn­er en déri­sion à tra­vers le sketch d’un jeune man­nequin qui incar­ne peu ou prou une bim­bo de l’époque de Stéphane Col­laro avec moins de poitrine et davan­tage d’esprit. Hormis la séquence du Gorafi, le ven­dre­di, les comiques du Web repérés par l’équipe du Grand Jour­nal ne don­nent pas grand chose dans un tel con­texte et dévelop­pent le même humour ultra stéréo­typé qui se lim­ite à une suc­ces­sion mécanique de vannes d’une phrase. On a beau chang­er les têtes, Ali­son, Poulpe, Jérôme Niels, la très médiocre Nora Hamza­oui, il sem­ble que se pour­suive sans inter­rup­tion la même et unique litanie qui finit par assom­mer d’ennui le téléspec­ta­teur ayant passé la ving­taine.

Kultur Kampf

Hormis ce robi­net à vannes, donc, la « cul­ture », c’est soit la rubrique « pop cul­ture » de Mathilde Ser­rell qui égraine des nou­velles dans la même super­fi­cial­ité alerte qui fonde le rythme de l’émission, soit des invités qui peu­vent certes être Ora-ïto et Daniel Buren (9 sep­tem­bre), pour faire dans l’épate-bobo, Houelle­becq avec Délépine et Kervern, qui s’en sor­tent en effet plutôt bien, à l’instar de Benoît Poelvo­orde. Mais plus générale­ment, on tombe sur Luc Besson pour le navet block­buster Lucy, Cameron Diaz pour le navet block­buster Sex­tape, Char­lotte le Bon et Helen Mir­ren pour le navet bien-pen­sant Les Recettes du bon­heur… En soi, pourquoi pas ? Sim­ple­ment, si on pré­tend mépris­er le plouc à longueur de temps, encore faudrait-il avoir les moyens cul­turels de se le per­me­t­tre. On aura égale­ment le nageur Flo­rent Man­au­dou et les stars de la ren­trée lit­téraire Frédéric Beigbed­er et Emmanuel Car­rère. Mais surtout, le 10 sep­tem­bre, un grand moment de com­mu­nion autour de Djamel Deb­bouze et de Mélis­sa Theuri­au, incar­nant à eux deux le sum­mum artis­tique, humain et moral tel que peut le rêver la clique du Grand Jour­nal. Il est comique, elle est jour­nal­iste de gauche ; elle est belle, il est d’origine maghrébine ; ils sont un cou­ple mixte et un cou­ple qui tra­vaille ensem­ble et, en l’occurrence, elle vient de réalis­er un doc­u­men­taire pour Canal+ à la gloire de l’improvisation théâ­trale (et donc de Djamel Deb­bouze dont ce fut la voie d’avènement). Béat­i­tude et extase. Per­son­ne, à ce moment-là, ne se per­me­t­trait la moin­dre déri­sion. On baigne dans le sacré. Mais égale­ment dans l’idéologie. Car der­rière le film, le cou­ple cherche à impos­er l’improvisation théâ­trale aux pro­grammes sco­laires… Laque­lle pos­sède en effet mille ver­tus. Mais pose égale­ment mille prob­lèmes qu’il eût été oppor­tun de soulever. Plutôt que la langue de Racine, l’inhibition de l’étude et l’intégration de l’héritage, on val­orise ain­si le « viens comme tu es », « par­le comme tu peux », et « dis­pense-toi des mod­èles ». Étant don­née la dégra­da­tion actuelle de la trans­mis­sion, on peut penser qu’il serait bon d’actionner d’autres leviers que celui-ci pour relever le niveau général. On peut aus­si penser que Djamel Deb­bouze ne représente pas for­cé­ment non plus le mod­èle absolu à don­ner en exem­ple aux jeunes Français comme s’il s’agissait d’une ver­sion XXIème siè­cle de l’ « Hon­nête homme » pas­calien du XVI­Ième.

Goebbels à Beverly Hills

Si dans les régimes total­i­taires clas­siques, la pro­pa­gande adop­tait la forme d’un cer­tain lyrisme pater­nal­iste à l’attention d’un peu­ple mas­si­fié et infan­til­isé, la pro­pa­gande divul­guée en per­ma­nence par le Grand Jour­nal adopte celle de la déconne adules­cente à l’attention d’une masse atom­isée à laque­lle on pro­pose le fan­tasme de rejoin­dre un car­ré VIP. Quant à ce car­ré VIP, cette élite autocélébrée et décérébrée, elle ressem­ble moins à une aris­to­cratie qu’à une bande de lycéens « pop­u­laires » dans une série améri­caine. Lorsque cette élite du fond du bus se penche du côté droit, elle voit des fachos ; du côté gauche, elle voit des ringards. Elle méprise autant le petit peu­ple des loosers que les ban­des rivales en classe à Louis le Grand. Sa vacuité pail­letée n’a d’égale que sa morgue. Et elle sévit du lun­di au ven­dre­di dès 19h10. En clair, sur Canal+.

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