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Ingérences, réseaux sociaux, Arcom : l’été du grand verrouillage informationnel

3 août 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Pro­jet con­tre les ingérences, obser­va­toire de la dés­in­for­ma­tion, con­trôle d’âge, blocage de con­tenus et sur­veil­lance des mes­sageries, expul­sion de Xenia Fedoro­va : avant 2027, l’extrême-centre promet de pro­téger les citoyens. Leur addi­tion des­sine pour­tant un espace infor­ma­tion­nel tou­jours plus étroite­ment encadré.

Vous n’arrivez plus à suiv­re ? L’Ojim fait le point. En quelques semaines, le bloc cen­tral a mul­ti­plié les ini­tia­tives con­tre les influ­ences étrangères, les dis­cours haineux ou l’exposition des enfants. Le point com­mun de toutes ces mesures : la lim­i­ta­tion de la lib­erté d’expression sous cou­vert de la pro­tec­tion d’une caté­gorie de personnes.

Des ingérences étrangères…

Déposé au Sénat le 22 juil­let en procé­dure accélérée, le pro­jet du min­istre de l’in­térieur Lau­rent Nuñez doit créer un référé per­me­t­tant de retir­er des con­tenus « man­i­feste­ment inex­acts ou trompeurs » por­tant grave­ment atteinte aux intérêts fon­da­men­taux de la nation. Il étend le référé élec­toral à tous les scruti­ns et triple les peines, jusqu’à six ans lorsqu’un intérêt étranger est servi. Une com­mis­sion dirigée par des hauts fonc­tion­naires du Con­seil d’État et pour­ra aus­si alert­er publique­ment can­di­dats et électeurs.

… aux « ingérences intérieures »

La for­mule du député cen­triste Lau­rent Lafon du 9 juil­let dernier a sus­cité une vive lev­ée de boucliers. C’est sûr, elle amal­game l’opposition numérique nationale à des attaques infor­ma­tion­nelles d’États hos­tiles. L’arsenal répond déjà à de réelles opéra­tions de désta­bil­i­sa­tion, mais ce rap­port séna­to­r­i­al sur les « zones gris­es de l’information » élar­git le regard aux « manip­u­la­tions internes ». La propo­si­tion d’un « Obser­va­toire de la dés­in­for­ma­tion » ont nour­ri la crainte d’une « bureau­cratie de la vérité ».

Réseaux sociaux : protéger les enfants, contrôler les adultes

La « majorité numérique » votée le 21 juil­let inter­dit les réseaux soci­aux aux moins de 15 ans. Pour l’appliquer, les plate­formes devront con­trôler l’âge de leurs util­isa­teurs. Emmanuel Macron a récem­ment inter­na­tion­al­isé sa cam­pagne : il a salué le 24 juil­let le pro­jet viet­namien d’interdire aux moins de 16 ans de pub­li­er ou com­menter par un ent­hou­si­aste « Thanks for join­ing the move­ment », félic­i­tant ain­si un régime pas franche­ment aligné sur les « valeurs » européennes.

La note de com­mu­nauté sur le réseau social est éclairante à ce pro­pos : « Le Viet­nam musèle les médias, empris­onne les opposants poli­tiques et pra­tique la tor­ture à leur encontre. »

Chat Control : l’enjeu du scan des échanges

À Brux­elles, la même rhé­torique pro­tec­trice accom­pa­gne « Chat Con­trol ». Le Con­seil a rétabli jusqu’en avril 2028 la déro­ga­tion per­me­t­tant un « scan » des mes­sageries pour détecter les con­tenus pédocrim­inels. Les com­mu­ni­ca­tions chiffrées de bout en bout sont exclues de cette mesure tem­po­raire, mais le cadre per­ma­nent reste négo­cié. L’objectif est légitime… En revanche, l’ac­cou­tu­mance au scan des échanges est moins légitime.

La presse dans le périmètre

Le pro­jet de loi « de cohé­sion répub­li­caine par la lutte con­tre le racisme et l’antisémitisme », porté par Aurore Bergé, a été présen­té en Con­seil des min­istres le 9 juil­let 2026. Il s’agit d’un texte de 10 arti­cles, dis­tinct de la propo­si­tion de loi Yadan (retirée en avril 2026 après de fortes cri­tiques). Il vise à ren­forcer la respon­s­abil­ité pénale des per­son­nes morales et les out­ils de pour­suite con­tre le racisme et l’antisémitisme, tout en élar­gis­sant cer­taines mesures au-delà de l’antisémitisme seul.

C’est une réforme des dél­its de presse, prévoy­ant le blocage ou le déréférence­ment des con­tenus illicites. Le Con­seil d’État a même écarté cer­taines dis­po­si­tions ini­tiales, esti­mant qu’elles risquaient de porter une atteinte « dis­pro­por­tion­née » à la lib­erté d’expression.

L’examen par­lemen­taire est prévu pour octo­bre à l’Assemblée.

L’Arcom veut contrôler les créateurs de contenu

Le 28 juil­let, le prési­dent de l’Arcom, Mar­tin Ajdari, révélait sur Sud Radio vouloir « un regard nou­veau sur le rôle des créa­teurs de con­tenu ».

Alors que la prési­den­tielle 2027 se pré­pare, l’autorité audio­vi­suelle envis­age de « regarder ceux qui ont la plus grande influ­ence », pour leur impos­er les règles d’équilibre et de mod­éra­tion dans le traite­ment de la campagne.

CNews dans le viseur

Le lende­main, le gen­darme de l’audiovisuel infligeait une amende de 200 000 euros à CNews pour des pro­pos jugés dis­crim­i­nants d’Erik Teg­n­er sur l’immigration, six semaines après une mise en demeure pour des émis­sions trop « uni­vo­ques ». Cette déci­sion mar­quait déjà une… ingérence inédite dans la ligne édi­to­ri­ale d’un média privé.

Le média de Vin­cent Bol­loré a accu­mulé 63 sanc­tions depuis 2017, pour un total de 830 000 euros. L’Ojim a dévoilé dans deux études exclu­sives la par­tial­ité de l’Arcom à l’égard de LCI, France Info et BFM TV, moins visées que CNews.

Une par­tial­ité que l’autorité veut désor­mais appli­quer aux créa­teurs de con­tenu ? Une nou­velle mis­sion par­lemen­taire devrait plaider dès sep­tem­bre pour élargir ses prérog­a­tives : La députée écol­o­giste Sophie Tail­lé-Polian, corap­por­teure, regret­tait en juin dernier que l’autorité s’était « longtemps restreinte à une con­cep­tion pas­sive de son rôle de régu­la­tion » et que « la loi devrait lui impos­er d’agir de manière positive ».

L’expulsion de Xenia Fedorova

Anci­enne direc­trice de RT France, Xenia Fedoro­va a été visée depuis le print­emps par une intense cam­pagne médi­a­tique. Elle a reçu le 29 juil­let 2026 un arrêté d’expulsion du ter­ri­toire français. Les autorités lui reprochent de relay­er sur CNews la « pro­pa­gande du Krem­lin » et de con­stituer une « men­ace par­ti­c­ulière­ment grave pour l’ordre pub­lic ». Selon l’arrêté, son com­porte­ment porte atteinte aux intérêts fon­da­men­taux de l’État. La chroniqueuse, présente en France depuis 2017, inter­ve­nait régulière­ment dans la presse du groupe Bol­loré. Assignée à rési­dence, elle doit point­er quo­ti­di­en­nement au com­mis­sari­at et ne peut plus tra­vailler. Son titre de séjour a été retiré de fac­to et ses avoirs ont été gelés. Son avo­cat a immé­di­ate­ment for­mé un recours, dénonçant une atteinte à la lib­erté d’expression.

Olivi­er Frèrejaques

Voir aus­si : Expul­sion de Xenia Fedoro­va : rideau de fer sur le pluralisme

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