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Protéger les ados… en identifiant les adultes : les députés adoptent la majorité numérique

22 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Le Par­lement a défini­tive­ment inter­dit les réseaux soci­aux aux moins de 15 ans. Der­rière une mesure de pro­tec­tion con­sen­suelle se pro­file pour­tant une ques­tion plus embar­ras­sante : pour recon­naître les ado­les­cents, les plate­formes devront con­trôler l’âge de tous les util­isa­teurs, au risque d’installer durable­ment l’identification en ligne.

Emmanuel Macron tient sa « majorité numérique ». Le principe paraît dif­fi­cile­ment con­testable : lim­iter l’exposition des ado­les­cents à des plate­formes conçues pour retenir leur atten­tion. Mais la méth­ode trans­forme une inter­dic­tion ciblée en mécan­isme de con­trôle poten­tielle­ment général… Pour l’heure, la mise en œuvre va être un véri­ta­ble casse-tête pour l’exécutif.

Un vote massif, une application encore floue

Le 21 juil­let, le Sénat a donc adop­té le texte par 243 voix con­tre deux, puis l’Assemblée nationale par 279 voix con­tre 81. Les nou­veaux comptes seront con­cernés dès le 1ᵉʳ sep­tem­bre, les plate­formes dis­poseront de qua­tre mois sup­plé­men­taires pour traiter les comptes exis­tants, jusqu’au 1ᵉʳ jan­vi­er 2027. La loi inter­dit aus­si le télé­phone portable au lycée, sous réserve d’exceptions.

Emmanuel Macron a salué une « avancée majeure ». Le min­istre du Numérique, Anne Le Hénanff, a cepen­dant résumé la portée du dis­posi­tif : « Nous allons, nous Français, tous devoir prou­ver notre âge pen­dant qua­tre mois. » Les modal­ités ne fig­urent pas pré­cisé­ment dans la loi : les plate­formes devront pro­pos­er leurs solu­tions, avec France Iden­tité, Doca­poste ou l’outil européen par­mi les pistes évoquées.

Le RN rattrapé par sa base numérique

Le Rassem­ble­ment nation­al a soutenu le texte dès sa pre­mière lec­ture, aux côtés du bloc cen­tral et d’une par­tie de la gauche. En com­mis­sion mixte par­i­taire, l’accord a de nou­veau réu­ni les élus, « du RN au bloc cen­tral ». Les députés de La France insoumise l’ont com­bat­tu, tan­dis que les social­istes ont annon­cé une sai­sine du Con­seil constitutionnel.

Ce sou­tien du RN a sus­cité une con­tes­ta­tion dans une par­tie de son écosys­tème numérique.

Le compte Aurea souligne ain­si la con­comi­tance entre la mise en appli­ca­tion de la mesure et les échéances élec­torales de 2027.

Vent debout con­tre cette réforme, le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fon­da­teur de Fdes­ouche, a accusé le par­ti d’avoir béné­fi­cié du tra­vail mil­i­tant réal­isé en ligne avant de « planter » ceux qui l’avaient porté : « Le RN a prof­ité à fond du boulot idéologique fait sur les réseaux. » Il a égale­ment iro­nisé : « Ce sera plus dif­fi­cile de poster sur les réseaux soci­aux que d’entrer en France sans papier. »

Ironie du sort, le par­ti a indiqué le jour du vote que son site avait été hacké ain­si que le compte X de Marine Le Pen. Plus générale­ment, cette affaire ramène une nou­velle fois à la com­pé­tence du con­trôle qui pour­rait pos­er prob­lème avec les mul­ti­ples fuites de don­nées dont sont vic­times les insti­tu­tions français­es, notam­ment la télévi­sion publique.

Protéger les mineurs ou contrôler les adultes ?

C’est le cœur de la cri­tique for­mulée par La Quad­ra­ture du Net dès le mois de mai dernier. L’association estime que, « sous cou­vert de pro­tec­tion des mineurs », le texte imposera à toute per­son­ne souhai­tant accéder à ces plate­formes de prou­ver son âge et frag­ilis­era le droit à l’anonymat.

Une attes­ta­tion cryp­tographique peut éviter de trans­met­tre directe­ment l’identité à la plate­forme, elle sup­pose néan­moins qu’un tiers ait préal­able­ment véri­fié l’âge, sou­vent à par­tir d’un doc­u­ment offi­ciel ou d’une iden­tité numérique. La Quad­ra­ture con­teste donc la promesse de « dou­ble anony­mat », qui garan­ti­rait surtout une sépa­ra­tion théorique entre la plate­forme et le prestataire chargé du contrôle.

Le prob­lème n’est donc pas de sous­traire les enfants aux mécan­ismes addic­tifs de Tik­Tok, Insta­gram ou Snapchat. Il est de bâtir une infra­struc­ture applic­a­ble à toute la pop­u­la­tion. Une restric­tion pro­tec­trice pour­rait ain­si créer le précé­dent tech­nique d’une iden­ti­fi­ca­tion préal­able avant de s’exprimer en ligne.

Olivi­er Frèrejacques

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