À l’origine d’une pétition visant à écarter C8 et CNews de la TNT, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian devient corapporteure d’une mission de l’Assemblée nationale chargée d’évaluer l’Arcom et son contrôle du pluralisme. L’élue a d’ores et déjà souligné l’intention d’armer l’autorité administrative face aux médias de Vincent Bolloré.
Sophie Taillé-Polian examinera le fonctionnement de l’Arcom, une autorité qu’elle presse depuis plusieurs années d’intervenir plus fermement contre certains médias. Annoncée le 24 juin, la mission « Arcom : nouveaux usages, nouveaux enjeux », créée par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée, s’annonce déjà hautement polémique.
La cause semble déjà entendue : viser CNews
« Ce travail permettra une étude approfondie et objective des missions et résultats de l’autorité régulatrice de l’audiovisuel, notamment en matière de pluralisme », annonce sobrement le communiqué de l’élue… avant néanmoins d’ajouter que le Conseil d’État en 2024 avait « rappelé » que « le pluralisme doit être apprécié à travers la diversité des points de vue, dans l’ensemble des programmes ». C’est cette décision qui a été au fondement de la mise en demeure de CNews le 15 juin dernier, permettant à l’Arcom d’entrer de plain-pied dans l’appréciation de la ligne éditoriale d’une chaîne privée.
🔴Désignée co-rapporteure de la mission d’information “ARCOM : nouveaux usages, nouveaux enjeux”
Ce travail permettra une étude approfondie et objective des missions et résultats de l’autorité régulatrice de l’audiovisuel, notamment en matière de pluralisme.
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— Sophie Taillé-Polian (@STaillePolian) June 24, 2026
Pire : la députée estime d’ores et déjà que « l’Arcom s’est longtemps restreinte à une conception passive de son rôle de régulation » et que « la loi devrait lui imposer d’agir de manière positive pour défendre le pluralisme face à l’offensive médiatique du milliardaire Bolloré ». Appliquera-t-elle ses principes à tous les médias ?
L’Arcom au centre de la bataille médiatique
Le pluralisme commencera peut-être par la manière dont elle entendra ses contradicteurs. Sur X, on ironise avec moins de précautions : « C’est comme demander à un pyromane de rédiger le rapport sur la sécurité incendie. « Conflit d’intérêts niveau max ».
Sophie Taillé-Polian, la députée de gauche radicale a lancé une pétition pour fermer C8 et CNews il y a 2 ans, est maintenant nommée pour « évaluer » l’ @Arcom_fr sur le pluralisme 😂
C’est comme demander à un pyromane de rédiger le rapport sur la sécurité incendie.
Conflit… pic.twitter.com/QhXRvLjN6N
— Rafael Sereti (@RafaelSereti) June 26, 2026
Pas de doute, la mission s’ouvre alors les médias sont devenus un champ de bataille à part entière : commission sur les fréquences TNT, rapport Alloncle sur l’audiovisuel public, controverses autour de France Télévisions et de Radio France. Sophie Taillé-Polian avait qualifié l’adoption du rapport Alloncle de « nouvelle marche dans le trumpisme à la française ». La voici désormais chargée de produire un travail « apaisé et honnête » sur l’Arcom.
Une mission à deux, après un vote politique
La mission, par ailleurs, ne compte en réalité que deux membres. Sophie Taillé-Polian la conduira avec Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie apparentée au groupe Droite républicaine et rattachée aux Républicains.
Cette dernière était l’unique candidate au titre de la majorité. Pour le siège réservé à l’opposition, Sophie Taillé-Polian affrontait Philippe Ballard, député RN et ancien journaliste, qui revendique près de quarante années de métier. Le scrutin secret du 24 juin a donné 20 voix à la militante « Génération.s », le parti fondé par Benoît Hamon à la gauche du PS, contre 11 à son concurrent. La composition affiche donc un équilibre gauche-droite, mais laisse le RN, particulièrement critique envers l’Arcom, hors du tandem.
Une « militante du pluralisme » très orientée
Sophie Taillé-Polian n’arrive pas sans convictions. Son parcours militant débute en 1992 à l’UNEF-ID, organisation étudiante alors étroitement liée aux réseaux socialistes et aux propositions assez proches des partis d’extrême gauche. Elle adhère ensuite au Parti socialiste, qu’elle quitte en 2018 pour rejoindre Génération.s, dont elle deviendra coordinatrice nationale pendant près de deux ans. Sénatrice du Val-de-Marne de 2017 à 2022, elle siège socialiste puis dans le groupe écologiste et social.
En février 2024, elle avait lancé avec Latifa Oulkhouir, ancienne dirigeante du Bondy Blog, une pétition contre le renouvellement des fréquences de C8 et de CNews. Le texte accusait les deux chaînes de ne respecter ni le « pluralisme » ni la « qualité de l’information ».
Après l’éviction de C8 de la TNT en décembre 2024, l’élue avait salué une « première victoire contre l’empire Bolloré », tout en regrettant que CNews conserve sa fréquence. Elle a aussi poussé, avec d’autres, à réclamer une limitation du traitement des faits divers pour masquer un réel parfois un peu dérangeant.
Olivier Frèrejacques
Voir aussi : CNews fermée avant 2027 ? L’Arcom, bourreau de la liberté d’expression

