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Un « observatoire de la désinformation » avant 2027 ? Les lanceurs d’alerte se mobilisent contre les Sénateurs

16 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Le rap­port séna­to­r­i­al sur les « zones gris­es de l’information » a provo­qué une vive lev­ée de boucliers numériques. Le jour­nal­iste Paul Sugy et le lanceur d’alerte Pierre Sautarel voient dans le con­cept d’« ingérences intérieures » une ten­ta­tive de musel­er les opin­ions dis­si­dentes et les mobil­i­sa­tions sur les réseaux soci­aux avant 2027. Décryptage d’un rap­port de force qui pour­rait s’intensifier.

« Le macro­nisme est obsédé par la régu­la­tion de l’information ! », fustigeait ce 16 juil­let Paul Sugy. Le jour­nal­iste du Figaro dénonçait sur CNews le rap­port séna­to­r­i­al sur les « zones gris­es de l’information », présen­té la semaine précé­dente par Lau­rent Lafon (Union cen­triste), Agnès Evren (LR) et Sylvie Robert (PS).

Une intense mobil­i­sa­tion numérique dénonce le con­cept d’« ingérences intérieures », forgé par Lau­rent Lafon lors de la con­férence de presse. Une expres­sion qui a mis le feu aux poudres.

L’Observatoire de la désinformation, une indépendance de façade

En pointe du com­bat, le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fon­da­teur du site Fdes­ouche. « Par­ler d’ingérence intérieure dans une démoc­ra­tie est extrême­ment grave », préve­nait-il le 13 juil­let, avant d’a­jouter : « Cela revient à présen­ter des citoyens, des médias ou des par­tis français comme une men­ace dès lors qu’ils influ­en­cent forte­ment l’opinion. » Bref, n’importe quelle mobil­i­sa­tion sur les réseaux soci­aux pour­rait se voir label­lisée de la sorte.

Au cœur de la tor­nade : la propo­si­tion de créer un Obser­va­toire de la dés­in­for­ma­tion avant la prési­den­tielle 2027, tra­duc­tion de ce désir de lutte con­tre les manip­u­la­tions internes. Les rap­por­teurs envis­agent en effet de con­fi­er un tel tra­vail à des chercheurs et à des asso­ci­a­tions, les jugeant indépen­dants. Ces derniers pour­raient ensuite saisir l’Arcom, pour exiger des plate­formes de réduire la vis­i­bil­ité de cer­tains util­isa­teurs, par manip­u­la­tion algorithmique.

L’État profond médiatique en action

Paul Sugy a révélé le 15 juil­let que Lau­rent Lafon envis­ageait de con­fi­er cette mis­sion à la Fon­da­tion Descartes, déjà très engagée dans la lutte con­tre les fake news. Tou­jours selon Sugy, ce think tank compte par­mi ses dirigeants un ancien directeur et une ex-chroniqueuse du Monde, et peut s’ap­puy­er sur les « Décodeurs » du Monde pour tri­er les sources d’in­fo fiables ou non. Autre révéla­tion : la Fon­da­tion pré­pare déjà, pour sep­tem­bre, le lance­ment d’une plate­forme de veille sur les pub­li­ca­tions virales. Il ne lui man­querait plus que l’aval du pouvoir.

« Le rap­port pré­tend pro­téger la démoc­ra­tie con­tre l’ingérence, or il est lui-même une ingérence », a martelé Sautarel, soulig­nant le raison­nement « par­faite­ment cir­cu­laire » des par­lemen­taires : « les plate­formes et les insti­tu­tions qui récla­ment davan­tage de régu­la­tion finan­cent les organ­ismes qui pro­duisent les études jus­ti­fi­ant cette même régulation. »

Pierre Sautarel souligne aus­si l’« écosys­tème » dans lequel gravite le séna­teur Lau­rent Lafon, au moins depuis févri­er 2022 et un col­loque organ­isé… par la même Fon­da­tion Descartes. Un écosys­tème où l’on croise Rudy Reich­stadt (du site Con­spir­a­cy Watch), mais aus­si l’Arcom et l’Agence France Presse.

15 mil­liards de vues pour les tweets complotistes ?

Dans la même veine, un autre lanceur d’alerte, JBG, s’est attaqué aux chiffres avancés par les Séna­teurs : « 15 mil­liards de vues pour les fake news et les tweets com­plo­tistes ces 5 dernières années ». En réal­ité, il s’ag­it d’une approx­i­ma­tion évo­quée en avril devant la com­mis­sion par le jour­nal­iste Thomas Huchon, qui est le fils de Jean-Paul Huchon et égale­ment engagé con­tre la « désinformation ».

Par­mi les poli­tiques, Marine Le Pen, Éric Zem­mour et David Lis­nard ont dénon­cé le rap­port. L’exé­cu­tif est quant à lui timide­ment mon­té au créneau pour le défendre : « Il faut qu’il y ait un équili­bre entre la lib­erté d’expression et la lutte con­tre les fauss­es nou­velles », a plaidé sur CNews le 16 juil­let Jean-Didi­er Bergé, ex-député LR et min­istre délégué auprès du min­istre de l’Intérieur.

Reste que la mobil­i­sa­tion numérique a pro­duit des effets : le 15 juil­let, Agnès Evren se désol­i­dari­sait publique­ment de Lau­rent Lafon, écar­tant tout désir de « police de la pen­sée » pour lut­ter con­tre les « ingérences intérieures ».

« Vous n’avez pas lu le rap­port que vous avez coécrit ? » lui a rétorqué Sautarel, rel­e­vant dans le texte un chapitre entier con­sacré aux manip­u­la­tions internes. Vis­i­ble­ment, la fureur n’est pas près de faib­lir. Lau­rent Lafon est quant à lui resté silen­cieux sur X. Il avait toute­fois annon­cé le dépôt d’une propo­si­tion de loi à la fin de l’été.

Édouard Chan­ot

Voir aus­si : Plate­formes, IA et créa­teurs de con­tenu : les séna­teurs veu­lent domes­ti­quer l’information avant 2027

 

 

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